05-01-2012 20:58 - Baypekha a parlé.

Baypekha a parlé.

Baypekha, c’est le surnom que se donne un armateur mauritanien qui est aujourd’hui président d’une fédération de pêche. Il partageait hier soir le studio de TVM avec deux individus qui pourraient être des officiels. Je n’en sais rien tellement la personnalité et le discours de Baypekha dominaient le reste.

Tout en assenant des vérités dérangeantes, Baypekha arborait l’air de «celui qui vient d’en haut», qui ne connait rien à la politique et qui n’a d’autre expérience que celle reçue sur le tas. C’est ce qui lui permettait d’élever la voix, d’accaparer la parole et de tenir des propos qui sont rarement tenus publiquement par les «bien-pensants».

Sa description de l’élite d’aujourd’hui est juste : l’homme accompli, bien rasé, bien coiffé, bien habillé de ses dix mètres de tissus (rien que pour son boubou, alors que quatre mètres auraient suffi), et qui donne ainsi l’air d’être bien dans sa peau, et qui s’étire à tout moment pour dire la fatigue qu’il endure alors qu’il ne fait rien que commenter les actions du gouvernement… «mais en quoi ça te regarde si celui-là a fait, ou celui-là a dit ?

Pourquoi ne pas t’occuper de produire pour nourrir ta famille, te nourrir toi-même, t’occuper à produire ce que tu consommes ?» Et de se lancer dans une véhémente diatribe contre cette élite qui se contente de regarder faire, de commenter ce qui est fait, de parler, de parler, de parler…

De manger, le moment venu et si l’occasion se présente, une salade importée, un riz importé, une orange importée, un blé importé, un pain dont tous les composants sont importés… de boire du lait importé, des jus importés… de s’habiller en tissus importés et même cousus ailleurs…

L’invite finale à se diriger vers la mer pour exploiter cette ressource dont on doit louer les bienfaits, mais que nous continuons à dédaigner. Il nous révèle que les chameliers n’ont jamais le mal de mer (?!). Il affirme que la mer peut nourrir toute la population. Mais cela demande des efforts et un changement profond de la mentalité.

Mais si pour ses interlocuteurs, la chose semble compliquée – surtout parce qu’ils se perdent dans des conjectures de fonctionnaires constipés -, pour lui il s’agit tout simplement de revaloriser le travail, de condamner la paresse, le parasitisme social, le vol…

L’occasion de rappeler que tant que la politique est une source de revenus, le travail et la production ne seront jamais promus au rang de vertus. Tant que l’on peut, par le truchement d’alliances et de clientélisme, avoir ce qu’on veut de marchés, de postes à pourvoir, de promotion professionnelle… la mentalité continuera à être ce qu’elle est : dédaigneuse du travail, de l’efficacité, de la compétence… Elle sera encore et encore celle de l’indignité, de la prédation, du faux et de l’usage du faux.

Si l’on peut rompre avec cette attitude qui veut que pour être «quelque chose dans la vie», il faut être «du bon côté», ce serait révolutionnaire pour notre mental. Pourquoi les hauts fonctionnaires se sentent-ils obligés d’appartenir au parti dit au pouvoir ? pourquoi ces hauts-fonctionnaires-là se comportent-ils comme s’ils n’étaient pas comptables de leurs actes ? pourquoi n’avons-nous jamais – ou très rarement – des sanctions pour fautes de gestion, pour fautes tout court ?

L’urgence est à la réhabilitation du sens du travail, de la créativité, de l’innovation, à la promotion de l’intelligence et de la compétence. Sans cela, les énormes investissements lancés à coup de milliards (on parle de centaines de milliards), les milliers d’emplois créés et pourvus, le dialogue politique et ce qu’il fonde en terme de contrat politique… sans le bannissement de la médiocrité et du clientélisme, tout cela ne servira à rien. Sauf à nous faire faire un pas de plus vers la déchéance.

Mohamed Fall Oumeir

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Commentaires (4)

  • leneutre (H) 06/01/2012 11:37 X

    Séduit on dirait par les découvertes primaires de By Pikha ? Le principe de diversité et du partage des activités productives selon les aptitudes relatives les les disponibilités et le niveau d’abnégation.

    Peut on reprocher aux parlementaires us de ne produire que des discours, à ould Oumere de ne produire que des articles (et de bons articles), à Sedoum de ne produire que des cassettes, à madamme et son amie de collecter et diffuser des aswgha qui me détendent bien beaucoup plus que la presse et la Télé étant plus proches de notre vie de tous les jours ? allons nous les obliger à produire le yay-boy. Non il faut la diversité des métiers et du savoir faire.

    Dans tous les pays que j’ai l’occasion de visiter, ils ne s’adonnent pas tous à la production du poisson et dieu qu’ils ont beaucoup de chômeurs (ingénieurs, financiers, informaticiens & autres).

    L’idée de bypikha est très primaires comme d’ailleurs toutes celles des invités de la TVM imagine que Hamden , au lieu de dire au président d’arrêter de boire et que ce n’est pas compatible avec ses responsabilités, il nous consigne de le respecter de lui maintenir notre allégeance.

    Mieux il demande au Oulemas de ne le déranger car il a une police qui va les arrêter.

  • ouldfadel (H) 06/01/2012 10:23 X

    Merci Oumer d'avoir repris ce sujet important, car moi aussi j'ai apprecié la sortie de Mr Beypakha.

    Le Minsitère des peches et celui de la formation professionnlle doivent travailler ensemble pour inserrer les jeunes chômeurs dans la peche arisanale.

    Aujourd'hui ce sont les senegalais seuls qui en tirent proft!

  • larou larou (H) 05/01/2012 23:58 X

    Baypekha, ce petit bout d’homme qui a fait de la prison, après avoir brulé une station d’essence de son parent, prétextant que l’incendie était naturel, Baypekha l’armateur qui n’a pas fait long feu des années 1980, bref,... devenant aujourd’hui un intermédiaire et un magouilleur sans égal en Mauritanie, Aghdhafna, Mr Le Ministre, ente vem…. Comme dit l’autre.

  • hathlele (H) 05/01/2012 21:30 X

    baypekha est un homme qui a forcé l'estime de tous ceux qui l'ont côtoyé ou entendu parlé de lui. De son collège d'atar, il a convaincu ses professeurs de visiter l'université inexistante de kseir tourchane. C'est un homme qui n'a jamais accepté de quémander pendant sa jeunesse. C'est un battant! Il s'est fait lui même.

    prof sidi ould bobba
    zoueratte