03-06-2012 06:00 - Agriculture : Sahara média prend l’avis du ministère et des agriculteurs sur la « crise » des engrais.

Agriculture : Sahara média prend l’avis du ministère et des agriculteurs sur la « crise » des engrais.

La présente campagne agricole a connu un manque cruel en engrais et partant un mécontentement généralisé au niveau des agriculteurs qui ont accusé le ministère du Développement rural de négligence lui faisant porter du coup la responsabilité d’un très probable échec de cette saison 2011 – 2012.

Ainsi, les agriculteurs au niveau du Trarza considère que c’est le retard dans l’envoi des engrais qui constitue la principale cause de l’échec de la présente campagne agricole, du fait que la plupart d’entre eux n’ont pas reçu la deuxième dotation. Pire, certains affirment même ne pas avoir reçu la première !

De son côté, le ministère du Développement rural a affirmé, par la voix du Conseiller chargé de la Communication, Sidi Ould Ahmed Maouloud, que l’Etat « a fourni tous les efforts qu’i l faut pour que la présente campagne agricole réussisse ».

Il a cependant reconnu, dans une déclaration à Sahara média, que le ministère reconnait qu’il y a effectivement un manque cruel dans l’importation des engrais pour cette année mais que cela est dû à plusieurs facteurs dont :

- L’augmentation considérable dans la superficie des terres mises en valeur au cours de la campagne hivernale, qui sont passé de 19.926 hectares, en 2012, à 20345 hectares en 2011 et alors que la moyenne au cours de la dernière décennie était seulement de 14.075 hectares.

- Le développement considérable dans les campagnes de contre-saison, les parcelles mises en valeur ayant passées d’une moyenne de 3461 hectares, au cours de la dernière décennie (2000-2009) à 5000 hectares, en 2011 et plus de 12000 hectares au cours de la présente campagne. Loin des prévisions qui tablaient seulement sur 7000 hectares.

- La restructuration de la commission des marchés, avec la création de commissions sectorielles, ce qui a augmenté le temps des consultations, en plus du retard pris par le fournisseur pour la livraison des produits prévue initialement le 03/05/2012.

Le conseiller du ministre a ajouté que le département a pris toutes les mesures nécessaires, comme par exemple, l’achat de 700 tonnes d’engrais et sa distribution en concertation avec les agriculteurs, la livraison dans les plus brefs délais de 1200 tonnes supplémentaires et l’envoi sur le terrain d’une commission technique chargée d’évaluer la situation.

Ould Ahmed Maouloud a ensuite indiqué que les agriculteurs eux-mêmes « contribuent au déficit constaté en engrais en tentant de tromper les services gouvernementaux par la livraison de fausses informations sur les superficies mises en valeur et ce pour obtenir des quantités plus importantes des engrais subventionnés et pour les utiliser à d’autres ».

Accusations de part et d’autre

Pour le président de l’Association pour le développement et la diversification agricole, Yahya Ould Beybe, il a déclaré que la campagne rizicole actuelle « est au bord de la catastrophe à cause du manque d’engrais », précisant que les agriculteurs ont lancé des appels de détresse montrant l’ampleur des dégâts qu’ils risquent de supporter cette année si rien n’est fait à temps.

Il a ajouté que le wali du Trarza a transféré leurs doléances au ministère du Développement rural, dans une correspondance portant le numéro 77 du 21 mars 2012, « mais qui est restée sans réponse », selon son expression. Il a poursuivi en disant : « le fait de laisser les mauritaniens importer ce qu’ils consomment à coût de milliards d’ouguiyas, de subventionner des agriculteurs thaïs et occidentaux au moment où les terres de la chamama estimées à 136.000 hectares ne sont exploitées qu’au 1/6, relève de l’irresponsabilité ».

Il a indiqué que l’Association a porté plainte contre le ministère du Développement rural et lui réclame 11.929.190.000 UM comme dommages et intérêts pour le préjudice subi « suite au manque de livraison des engrais nécessaires à la campagne agricole ». Il a révélé que le tribunal du Trarza a accordé un délai de 10 jours au ministère du Développement rural pour répondre aux revendications des agriculteurs.

De son côté, Ebety Ould Abdou, propriétaire de la parcelle numéro 36, et membre de la deuxième vague de diplômés chômeurs financés par l’Etat, a indiqué que « les récoltes ont beaucoup pâti de la non livraison des engrais en temps opportun ». Il a affirmé que le ministère a été averti « au moment qu’il faut du manque d’engrais dans les magasins de la Sonimex et qu’il avait le temps nécessaire pour en importer de n’importe quel coin du monde ». Il a ajouté ; « nous ne nions pas que l’agriculture est subventionnée mais c’est le cas partout et c’est pourquoi nous demandons à notre gouvernement de redoubler pour réaliser l’autosuffisance alimentaire».

En ce qui concerne la lutte contre les oiseaux granivores, Ould Abdou a indiqué que l’avion qui a été dépêché par le gouvernement pour cette mission « ne suffit pas pour couvrir les 25.000 hectares mis en valeur de Keur Macène, au Trarza, à Boghé, dans la wilaya du Brakna », ajoutant que les voitures utilisées à cet effet « manquent d’efficacité ».

Quant à Mohamed Ould Guewad, investisseur privé dans la zone de « Gweïra », entre Rosso et Keur Macène, il a déclaré : « nous ne sommes pas des fonctionnaires et n’avons pris aucun crédit avec l’Etat ; notre sort dépend des récoltes que nous allons réalisées. Partant de cela, nous avons contracté des dettes auprès d’hommes d’affaires pour pouvoir importer les engrais à partir du Sénégal ». Il a ajouté : « Nos champs n’ont pas de problèmes mais leurs récoltes sont hypothéquées aux hommes d’affaires qui nous réclament le prix de l’engrais. Seuls ceux qui n’ont pas pu trouver de crédits auprès des hommes d’affaires courent de grands risques ».

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Commentaires (1)

  • cccom (H) 03/06/2012 09:41 X

    La crise de l’agriculture n’est pas conjoncturelle, uniquement causée par la question des engrais, elle, est structurelle provoquée par les flambée des coûts de facteurs de production qui ont rendu le compte d’exploitation du producteur supérieur au prix du riz importé dans un marché ouvert.

    Les agriculteurs doivent plutôt intenter , par action récursoire, un procès contre la Banque Mondiale qui a imposé à l’Etat ( profitant de son endettement et de la carence de sa technocratie) un Programme qui a assuré durant 24 ans et assurera la ruine des agriculteurs et l’appauvrissement des populations de Mauritanie…..

    La restructuration du Ministère du développement Rural que le GBSCO ( Cadres chercheurs universitaires) reclamée en janvier dernier sans suite lors de l’atelier sur la Caravane millionnaire de riz et aliments de bétail organisé à la Chambre de l’Agriculture et du Commerce) peut ramener le Kg de riz à 70% moins cher que la concurrence internationale et donc rendre inutile la fuite en avant de la prise en charge par l’Etat des agriculteurs diplômés ou non du fleuve..

    Cheikhany Ould Sidina . gbsco86@yahoo.fr