15-07-2012 17:35 - Scandale 'Emel 2012' : Les révélations continuent.

Scandale 'Emel 2012' : Les révélations continuent.

Le scandale " Emel 2012', au niveau d’Aleg, capitale du Brakna, prend une autre tournure, avec l’audition par le juge d’instruction des plus hautes autorités de la région (Wali et Hakem) ainsi que les révélations faites par les maires des communes d’Aleg (l’adjoint qui était chargé du suivi de cette opération), de Cheggar, Aghchorguit, Boudida et Diolwar.

Tout semble indiquer qu’il s’agit d’une vaste filière de détournement des produits d’Emel 2012, destinés à l’allégement des souffrances des citoyens, mais qui auraient servi, plutôt, à " engraisser " des commerçants et des responsables de l’administration.

Le scandale " Emel 2012, au niveau d’Aleg, capitale du Brakna, est en trrain d’ébranler l’échiquier politique, et soco-économique du pays. Des documents révélés au grand public par le site Alakhbar donnent l’ampleur du scandale avec l’augmentation exponentielle des personnes mises en cause.

Les autorités semblent décidées à tirer au clair les fils enchevêtrés d’une affaire qui dépasse de loin la saisie d’un camion d’aliments de bétail en train d’être vidé, de nuit, pour être revendu, au double de sa valeur marchande, par des commerçants véreux.

L’entrée en lice, dans le cadre de l’enquête, du wali, du hakem et des maires de la moughataa d’Aleg donne au scandale une tournure administrative suivie de près par les autorités centrales mais aussi par l’opinion publique nationale qui a là une occasion en or pour savoir si la lutte contre la gabegie a vraiment un sens dans un pays où le " tieb-tieb " (les affaires louches) est la plus ordinaire des activités.

De l’escroquerie au détournement des deniers publics

Les déclarations faites par les maires des différentes communes de la moughataa sont plus ou moins compromettantes pour le hakem d’Aleg. Tout indique que ce dernier aurait cherché à " maîtriser " l’opération en son amont (l’établissement des listes des bénéficiaires), en faisant recours à des gardes mais aussi en signifiant aux maires qu’ils ont peu de chose à faire dans l’identification des éleveurs de leurs communes.

La preuve d’une telle orientation, révèle le site Alakhbar, est la non reconnaissance de tous les maires des listes établies par le hakem et détenues aujourd’hui par le juge d’instruction. Ce sont ces listes et non celles paraphées par les maires qui auraient servi de " tableau de bord " (de distribution) au chef de centre du CSA (Commissariat à la Sécurité Alimentaire) et à l’inspecteur de l’Elevage. Pour tirer au clair cette imbrication des rôles et des parts de responsabilité, l’avis du wali du Brakna, Aboubecrine Ould Khourou, entendu le 09 juillet dernier par le juge d’instruction, compte beaucoup.

La caractéristique principale de ce vaudeville, c’est que tout le monde semble détenir un bout de vérité. Les différents protagonistes du scandale seraient connus maintenant à tous les niveaux et la seule difficulté, pour les enquêteurs, est de pouvoir déceler qui dit vrai, à partir de la confrontation des déclarations mais aussi de situations équivoques où l’on trouve des membres de l’administration, des maires, des commerçants, des vrais-faux éleveurs, des gardes, des intermédiaires (samsaras) et des charretiers.

Le linge sale se lave entre…accusés

Alakhbar, qui dit disposer de documents de première main dans cette affaire, rapporte ce qu’il dit être les déclarations du " chargé des affaires " de la mairie d’Aghchorguitt, Hamada Ould Cheikh Ould Lemrabott indiquant que sa commune a bénéficié de 246 tonnes d’aliments de bétail. Une dotation conséquente par rapport à la commune d’Aleg dont le maire adjoint, Blal Ould M’bareck, déclare n’avoir reçu que 46 tonnes !

Le maire d’Aghchorguitt a cependant rejeté toute responsabilité dans cette affaire, reconnaissant n’avoir visité aucune localité de sa commune ou établi aucune liste, étant plutôt occupé par sa mahadra, comme il dit. Il reste qu’il n’a pas donné de précisions sur ceux qui se sont occupés de cette tâche cruciale, qui pourrait déterminer la part de responsabilité de chacun, ni sur qui a pris sur lui de désigner la commission chargée d’établir la liste des bénéficiaires !

Il a reconnu cependant avoir avalisé ces listes, comme l’a fait la commission, soulignant au passage que deux localités (Jeddah et Bagdad) avaient été rayées de la liste. Deux localités habitées exclusivement par des Haratines, ce qui peut rendre suspecte leur mise à l’écart inexpliquée par le maire d’Aghchorguit ! Ould Lemrabott aurait déclaré avoir soumis ses propres listes à l’ancien Hakem, qui les a rejetées, et reconnu à son successeur une plus grande compréhension dans le traitement d’une opération dont la complexité - et les intérêts en jeu - sont révélés actuellement par le scandale d’Emel 2012 d’Aleg.

A propos de l’établissement des listes et de qui en est responsable, Ould Lemrabott aurait montré du doigt l’inspecteur de l’Elevage qui remettrait de son côté les registres, ajoutant qu’il n’a reçu de lui qu’un seul et sur intervention de son collègue de Djolwar, Cheibany Ould Beyatt. Il accuse ainsi cet inspecteur de gérer les registres selon son bon vouloir et le hakem de déclarer " ne rien pouvoir faire ".

De son côté, le maire de Cheggar, Moctar Ould Isselmou, déclare que sa commune est la moins concernée par l’opération " Emel 2012 ". La liste présentée par le juge d’instruction au maire de Cheggar, et censée contenir les noms des bénéficiaires de la distribution d’aliments de bétail, lui serait inconnue, à part un seul nom !

Elle aurait comme bizarrerie de ne contenir que des prénoms, sans noms de familles ! La question posée également est de savoir si l’escroquerie est du fait des autorités responsables de l’opération ou de citoyens qui ont voulu se faire passer pour des éleveurs, bénéficier de " bons " et revendre les produits à des commerçants réalisant, du coup, des bénéfices conséquents et rapides.

MOMS


Commentaires : 1
Lus : 1736

Postez un commentaire

Charte des commentaires

A lire avant de commenter! Quelques dispositions pour rendre les débats passionnants sur Cridem :

Commentez pour enrichir : Le but des commentaires est d'instaurer des échanges enrichissants à partir des articles publiés sur Cridem.

Respectez vos interlocuteurs : Pour assurer des débats de qualité, un maître-mot: le respect des participants. Donnez à chacun le droit d'être en désaccord avec vous. Appuyez vos réponses sur des faits et des arguments, non sur des invectives.

Contenus illicites : Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes ou antisémites, diffamatoires ou injurieux, divulguant des informations relatives à la vie privée d'une personne, utilisant des oeuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).

Cridem se réserve le droit de ne pas valider tout commentaire susceptible de contrevenir à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, promotionnel ou grossier. Merci pour votre participation à Cridem!

Les commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité.

Identification

Pour poster un commentaire il faut être membre .

Si vous avez déjà un accès membre .
Veuillez vous identifier sur la page d'accueil en haut à droite dans la partie IDENTIFICATION ou bien Cliquez ICI .

Vous n'êtes pas membre . Vous pouvez vous enregistrer gratuitement en Cliquant ICI .

En étant membre vous accèderez à TOUS les espaces de CRIDEM sans aucune restriction .

Commentaires (1)

  • ouldsidialy (H) 15/07/2012 21:05 X

    La presse mauritanienne se fait l’écho depuis quelques jours des dysfonctionnements du plan EMEL2012. Non sans un certain esprit sahélien, riche en amnésies et omissions sélectives ; mais aussi de dénonciations partisane de « bonne guéguerre » politicienne.

    Par delà les clivages, il n’en demeure pas moins que depuis 1976 des opportunités de retour d’expérience, s’offrent périodiquement à l’administration Mauritanienne, pour réévaluer l’aide alimentaire dont elle a la responsabilité.

    Durant la guerre du Sahara, les caisses publiques vides, ont occasionnées des difficultés d’approvisionnement et des spéculations commerciales. Les premières boutiques « témoins » furent implantées dans tout le pays par la Sonimex. Ce fût un fiasco, tant les détournements et malversations furent efficaces. La période, d’avant le dépôt de bilan financier et ajustement structurel de 1986, connut aussi ses boutiques dites des structures d’éducation des masses.

    Dans les années 2000, le plans d’urgence de 2003, puis ceux de motifs plus factices, des catastrophes dites d’inondations ( Atar , Tintane etc.. ) ; ont été autant d’occasions non saisies de réévaluation de l’aide sociale.

    Depuis 2 ans, face à la cherté des aliments de bases, sont arrivés les plans solidarité 2011 puis 2012. Ce dernier est doublé d’un plan considérable d’aide aux éleveurs et agriculteurs, soumis à une sécheresse réelle et significative celle-là.

    La presse locale et les commentateurs semblent ne pas avoir appris ou ne pas vouloir apprendre du passé récent. Pragmatiquement, les égarements des plans sociaux doivent être reconnus pour ce qu’ils sont : une manifestation de la « NORMALITE » de gestion de l’aide sociale en Mauritanie.

    Si la préoccupation est de changer les choses, il importe moins de trouver des responsables, que d’instruire l’affaire EMEL 2012 (à Aleg et ailleurs) dans l’objectif d’un retour d’expérience qui permettent la refonte du système d’aide alimentaire. Ce parti pris, permettrait enfin de prendre la mesure des tares structurantes, jamais corrigées de l’aide alimentaire. En voici quatre lignes de force :

    1° Des choix de nature et de modalités de l’aide inappropriées, par construction !

    2° Des règlements et procédures administratifs qui se révèlent, à l’usage FAITS, sans le vouloir, pour favoriser l’évaporation de l’aide alimentaire.

    3° Une définition des critères de CONFIANCE, pour le choix des effecteurs de l’aide (Notabilités, élus, personnel administratif) qui s’appui sur les critères puériles et non mesurables telle la moralité et écarte la mise en jeu d’intérêts contrôlés, calibrés pour chaque catégorie d’intervenants.

    4° Un système d’aide sociale aux structures éparpillées, aux intervenants pléthorique, sans cohérence dans ses ciblage ou son pilotage.

    voici des éléments qui rendait en prévisible les déboires d’Emel2012 :

    -choix du blé (aliment à double usage) comme fourrage. La projection sur des sites sans animaux (cheptel déjà hors du territoire national à l’arrivée du blé).

    -Choix de distribution de fourrage en fonction des animaux détenus par les éleveurs, dans un pays où il n’y pas de registre des élevages.

    -Choix de création ex nihilo d’un second marché; dont le cout aurait été irréaliste et insupportable, s’il avait cherché à injecter des volumes concurrents au marché ordinaire, mais qui crée un réel effet d’aubaine pour ce dernier.

    -Choix dogmatique de ne pas impliquer officiellement les commerçants et le marché existant comme effecteur (et aussi responsable) de la distribution de l’aide.

    -Aveuglement en général, à ne pas voir que l’aide sociale est une économie comme une autre, avec ses exigences d’intéressements reconnus et de prise en considération de l’économie marchande environnante etc.

    PS : Parmi les lecteurs, il en est sûrement qui sont intéressé par les enseignements à tirer des erreurs conceptuelles qui sont faites dans leur pays, merci à ceux qui enrichiront la réflexion.