08-10-2012 19:01 - Accords de Pêche avec l’UE : Après l’euphorie de départ l’heure est à l’inquiétude.
Les 24 et 25 Septembre, Bruxelles a abrité un Conseil Pêche et Agriculture de l’Union européenne présidé par Sofoklis Aletratis ministre chypriote de l’agriculture des Ressources naturelles et de l’Environnement, en présence de la Commissaire en charge des affaires maritimes et des pêches Mme Maria Damanaki.
Un des points inscrits à l’ordre du jour de ce conseil à la demande de la délégation espagnole, un briefing de la commission à l’intention du conseil sur les accords de pêches qui venaient d’être signés avec la Mauritanie. A l’issue de ce Conseil aucune communication officielle n’a filtré, tout au plus on sait que la ratification de cet accord par le parlement européen n’est pas une bataille gagnée d’avance malgré les soutiens de la France et de la grande Bretagne.
En effet neufs pays avec comme chef de fil l’Espagne ont engagé un véritable forcing pour faire capoter l’accord. Coté mauritanien, l’ex colonel Cheikh Ould Ahmed « artisan » de l’accord, est passé de l’auto encensement à une vive inquiétude.
En effet, il apparaît que malgré les avantages tant vantés, les européens ont quand même glissé une disposition qui risque de transformer la victoire de Supercheikh en une véritable Berezina.
L’une des clauses du nouvel accord stipule qu’en cas de sous utilisation de l’accord l’une et l’autre des parties a le droit de le réviser voire de le dénoncer.
Conséquence, si les bateaux européens ne viennent pas en nombre suffisants pêcher en Mauritanie, Bruxelles pourrait ne pas délier les cordons de la bourse et la Mauritanie dirait adieu à la compensation financière. Ainsi donc par un entêtement excessif, Cheikh Ould Baya risquerait bien de faire perdre à la Mauritanie le bénéfice de certaines avancées réelles réalisées par le nouvel accord.
Il est indéniable (Ici au QDN nous avons toujours milité pour ça) que la mise en pratique des quotas plutôt que le TJB est plus juste et va plus dans l’intérêt de la Mauritanie. De même, l’interdiction de pêche du poulpe, l’augmentation du nombre de marins embarqués ainsi que le débarquement ( ou transbordement à la bouée 0) sont autant d’avancées qui plaident en faveur du nouvel accord.
Mais là ou l’accord devient carrément surréaliste c’est quand il délimite la zone de pêche au-delà des 20 milles marins, quand il ramène à 0 le taux des fausses pêches et surtout quand il livre tous les bateaux aux caprices de Sahel Bunkering qui a instauré un véritable racket ou piratage institutionnalisé des temps modernes dans toute la ZEE mauritanienne.
Concernant la zone de pêche, aucune étude scientifique n’est venue corroborer cette assertion que le poisson était abondant et techniquement « pêchable » dans cette zone. Cheikh s’appuie tout au plus sur les journaux de pêche qui sont, et c’est un secret de polichinelle, traficotés pour masquer les pêches illégales dans les eaux de nos voisins.
Pour ce qui est de la fausse pêche, au lieu de leur demander de la déclarer sur les journaux de pêche et de la donner aux autorités mauritaniennes le nouvel accord livre les bateaux pieds et poings liés aux inspecteurs de la DSPCN sur laquelle on sait que Cheikh continue à avoir la haute main.
Ainsi ils pourront à leur guise dresser les procès verbaux et amender qui bon leur semble. Enfin Sahel Bunkering, société privée soudano mauritanienne a obtenu dans des conditions douteuses le monopole (voir QDN du 16 Juillet 2012) pour 5 ans de l’avitaillement des navires dans les eaux territoriales mauritaniennes.
Alors que les prix étaient seulement de Las palmas plus 30 à 35 dollars Sahel Bunkering instaura aussitôt Las Palmas plus 40 dollars avant de décider souverainement de pratiquer Las palmas plus 70 dollars. Sur une quantité de 500 000 TM Sahel Bunkering gagne sans se fatiguer un peu moins de 20 millions de dollars.
Conséquence du nouvel accord, les armateurs considèrent qu’avec les conditions actuelles, la zone Mauritanie n’est plus aussi attractive, pour certain d’entre eux cela se traduirait par une perte sèche d’exploitation. C’est pour cette raison que certains d’entre eux envisagent maintenant d’aller vers d’autres zones alternatives où ils pourraient continuer à rentabiliser leurs investissements.
En Mauritanie devant ce danger potentiel, Cheikh commence à promettre monts et merveilles y compris des aménagements non officiels pour essayer de ramener les bateaux européens. Des armateurs et consignataires sont dépêchés partout en Europe pour essayer de casser le boycott qui se profile à l’horizon. Evidemment cette situation intervient en pleine crise européenne et l’Espagne qui est touché de plain fouet par un chômage endémique a du mal à digérer les contres coups de cet accord qui signifie ipso facto l’arrêt de plusieurs pêcheries.
Aux Iles Canaries l’inquiétude est palpable. Javier Garat le Secrétaire général de la puissante Confédération espagnole de pêche, CEPESCA juge le traité «décevant et pas du tout viable». Mais cotés mauritaniens les dégâts sont aussi importants. Dès le début du mois des milliers de marins ont été licenciés et désormais ils organisent des manifestations quotidiennes à Nouadhibou.
Pourtant cette situation aurait pu être évitée.
En Mars dernier, le Ministre des Pêches et de l’Economie Maritime, avait organisé une rencontre à Nouakchott à laquelle il avait convié tous les opérateurs nationaux et étrangers du sous secteur des pélagiques qui constitue l’essentiel de la pêche industrielle.
L’objectif de la réunion était de discuter des problèmes que rencontrent les opérateurs du sous secteur des pélagiques en Mauritanie.
Dans le discours qu’il a prononcé pour la circonstance le Ministre, a rappelé à titre comparatif, les réalisations du sous secteur pélagique durant les deux dernières années (2010 et 2011) à savoir respectivement 33 millions US$ et 50 millions US$pour 2600 et 2900 emplois nationaux.
A cours de cette réunion, le chef de la section pélagique à la FNP avait précisé que le plateau mauritanien est assez limité contrairement à celui du Maroc et que cette limitation affecte considérablement les captures de la flotte pélagique opérant dans la ZEEM du fait de la non adaptation des moyens de capture avec cette zone. Il a considéré que la mise en place de cette mesure (interdiction de pêche dans la zone inférieure à 20 miles), peut entraîner une chute des captures de 70 à 80 %, affectant considérablement la rentabilité des bateaux. Il proposait de reconsidérer la mesure pour seulement 12 miles.
En réponse le Ministre des Pêches avait précisé, que cette mesure ne serait arrêtée qu’après une étude réalisée par l’IMROP. Dans la foulée, le Directeur le l’IMROP, avait exprimé la disponibilité de son Institut à travailler sur les données des partenaires pour mettre à la disposition du Département des avis motivés sur cette question.
Pour ce qui concerne le taux de tolérance pélagique de 2%, les intervenants avaient rappelé que le taux appliqué était de 10% jusqu’à la signature de l’accord RIM-UE en 1995 et que ce taux est celui appliqué pour la pêche en Méditerranée et ailleurs dans d’autres pays. Il a soulevé les difficultés techniques d’application de ce taux et l’absence de lien avec la redevance payée pour l’attribution de licences pélagiques. Enfin il a souhaité que le taux soit ramené à 10% comme c’est le cas en Europe.
Un autre intervenant de la partie UE a indiqué que la plupart des bateaux utilisent la congélation verticale et que pour des raisons techniques (précision de balance, humidité,..), ce taux est difficilement applicable.
Enfin pour ce qui est du problème d’approvisionnement des navires par Sahel Bunkering, les intervenants avaient affirmé que les prix pratiqués par
Sahel Bunkering étaient exorbitants et que les augmentations intempestives affectent fortement la rentabilité des bateaux et inquiète les propriétaires sur l’avenir de leur activité.
Certains avaient aussi précisé que des échantillons ont été prélevés et ont confirmé la mauvaise qualité des produits. D’autres problèmes sur le poids et les délais de paiement très courts ont été aussi soulevés et ils ont souhaité que des autorisations soient accordées à d’autres sociétés d’approvisionnement pour faire jouer la concurrence en faveur des opérateurs.
Cependant certains experts sont circonspects et ne comprennent pas pourquoi les chinois ne sont pas soumis aux mêmes contraintes, de là à penser que tous ça n’est qu’un moyen de débarrasser justement les chinois de la concurrence européenne, il n’y a qu’un pas que beaucoup n’hésitent plus à franchir.
Ils sont nombreux à penser que les mauritaniens ont trop tiré sur la corde et avec les conditions actuelles les eaux mauritaniennes ne sont plus attractives pour les européens et que l’on retournera inéluctablement au piratage et à la pêche illégale. La Mauritanie aura beau multiplier les contrôles et la surveillance cela n’aboutira qu’à la multiplication de la corruption des services chargés de la surveillance maritime. En attendant Nouadhibou est devenue une véritable poudrière et les responsables ne semblent pas avoir une carte dans leur manche au cas ou.
Enquête à Nouakchott et Las palmas de MSS
