09-10-2012 00:18 - Accaparement des terres dans le continent africain :

Accaparement des terres dans le continent africain :

Dans son rapport, Oxfam pointe du doigt la Banque Mondiale.

Une étude réalisée conjointement par l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), l’Institut international pour l’Environnement et le Développement (IIED) et le Fond international de Développement agricole (FIDA), indique que depuis 2004, les « allocations confirmées de terres » représentent près de 2,5 millions d’hectares dans cinq pays africains, à savoir l’Ethiopie, le Ghana, Madagascar, le Mali et le Soudan.

« Pour la seule année 2009, il y a eu 32 millions d’accords financiers sur notre continent. Ce qui représente une superficie plus vaste que le territoire du Ghana », révèle la même étude.

Selon l’ONG internationale Oxfam, au cours de la dernière décennie, des terres ayant la superficie du Cameroun ou du Kenya ont été vendues à des investisseurs étrangers. Ce sont là près de 700 contrats d’achat de terre, représentant 50 millions d’hectares de terre africaine.

Dans son nouveau rapport intitulé « Notre terre, notre vie », Oxfam signale que plus de 60 % des investissements étrangers dans des terres agricoles, réalisés entre 2000 et 2010, ont eu lieu dans des pays en développement gravement touchés par le problème de la faim.

Ces contrats mettent potentiellement en péril, les moyens de subsistance de 80 millions de petits exploitants, des agriculteurs et des pasteurs du continent, qui contribuent pour 30% du PIB de l’Afrique et pour 40% à ses exportations. Du Sénégal à la Zambie, les petits producteurs dont un grand nombre sont des femmes, ont perdu leurs foyers et les terres sur lesquelles elles comptaient pour survivre. Comparée aux autres continents, l’Afrique est particulièrement visée par l’acquisition des terres. Les contrats connus représentent 5% des terres agricoles africaines.

Ce rapport est publié alors qu’Oxfam intensifie sa campagne contre l’accaparement des terres, lequel viole les droits des plus démunis. Oxfam préconise d’accroître les investissements dans l’agriculture, notamment dans les petites exploitations agricoles.

Toutefois, la ruée sans précédent sur les terres n’a pas été soumise à une réglementation ou un contrôle suffisant pour prévenir l’accaparement des terres. Des personnes vivant dans la pauvreté continuent donc d’être expulsées, souvent avec violence, sans consultation préalable ni dédommagement. Beaucoup perdent leur foyer et leurs terres. Laissées dans le dénuement le plus complet, elles n’ont plus accès à la terre qui leur permettait de se nourrir et de gagner leur vie.

Le responsable du département panafricain Justice Economique d’Oxfam, Lamine Ndiaye affirme : « qu’avec l’accroissement des prix des denrées alimentaires, pour la troisième fois en quatre ans, l’intérêt pour la terre pourrait s’accroitre avec les tentatives des pays riches de sécuriser leur approvisionnement en vivre alors que les investisseurs croient que la terre est une option intéressante pour des investissements à long terme. Nous sommes préoccupés parce qu’une autre vague d’accaparement pourrait intervenir à moins qu’il y ai une meilleure protection pour les populations pauvres ».

Selon les calculs d’Oxfam, les transactions foncières ont triplé lors de la crise des prix alimentaires en 2008 et 2009, la terre étant de plus en plus considérée comme un investissement rentable. Face à l’envolée des prix alimentaires mondiaux qui semble se poursuivre, des mesures urgentes sont nécessaires pour désamorcer la menace d’une nouvelle vague d’accaparement de terres.

Selon Oxfam, il faudrait que les états membres de l’union Africaine agissent vigoureusement pour geler toute acquisition de terres de plus de 200 hectares, pour au moins une année, afin de permettre d’entreprendre des études d’impact. L’organisation interpelle la Banque Mondiale, en tant qu’investisseur influent dans les contrats fonciers, à appliquer un gel temporaire de ses investissements dans les terres agricoles, le temps de revoir ses conseils aux pays en développement, et œuvrer à la définition de normes pour les investisseurs pour mettre en place des mesures plus rigoureuses pour prévenir l’accaparement des terres.

Pour Irungu Houghton, le directeur du Programme Panafricain d’Oxfam, « Le monde connaît une ruée effrénée sur les terres qui expose des populations pauvres à la faim, à la violence et au risque de vivre le reste de leur vie dans la pauvreté. La Banque Mondiale est la mieux placée pour éviter que ce phénomène ne devienne l’un des plus grands scandales du XXIe siècle, et elle doit agir maintenant ».

Et Mr Houghton de continuer : « Le parlement panafricain a donné son feu vert pour adopter un moratoire sur l’accaparement des terres jusqu’à ce que les impacts sociaux, environnementaux et économiques soient mieux compris. Les états membres de l’Union Africaine devraient s’engager et agir maintenant. Des actions coordonnées, donneront plus rapidement des résultats ».

Pour Oxfam, la question est urgente, car l’accaparement des terres dans le monde rural en Afrique est aggravé par les lois statutaires et coutumières, qui peuvent être interprétées avec beaucoup de flexibilité lorsque les investisseurs ont le soutien des élites locales ou des décideurs politiques gouvernementaux. Et les accords fonciers exacerbent davantage les questions liées aux droits des femmes à la terre en Afrique.

L’ONG internationale interpelle urgemment les amis de l’Afrique à faire pression sur la Banque Mondiale, en tant que conseillère sur les contrats fonciers et investisseurs dans le foncier à empêcher tout accaparement de terres jusqu’à ce que de meilleures politiques de protection soient en place pour décourager les acquisitions de terres dommageables.

Oxfam mène campagne contre l’accaparement des terres dans le cadre de sa campagne Cultivons qui vise à assurer un avenir où tout le monde peut manger à sa faim.

Synthèse, Moussa Diop


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Commentaires (1)

  • antipervers (H) 09/10/2012 08:15 X

    Quel est la différence entre un million d'hectares "vendus" par le ghana au qatar dédiés à la culture du riz pour l'approvisionnement de celui-ci et un million d'hectars qui reste propriété du costa rica, et orientés vers la monoculture d'exportation de la banane dédié au marché euro-américain?

    je n'ai jamais pu comprendre la différence. quelqu'un peut t-il nous éclairer sur la subtilité?