31-12-2012 14:28 - Pêche en Mauritanie : Cheikh Ould Baya engage un autre bras de fer !
Le secteur des pêches n’en finit pas de panser se plaies et de se relever de la politique hasardeuse mise en œuvre par Cheikh Ould Baya. Ould Baya, conseiller du ministre des pêche, malgré son départ à la retraite, continue à garder la haute main sur ce secteur.
Le ministère des pêches vient de frapper un grand coup par le biais d’une circulaire qui finira par enterrer définitivement ce qui reste du secteur. Ainsi selon cette décision prise ce 25 décembre, plus aucun consignataire ne pourra appartenir à deux des groupes classés par le ministère, C’est comme si le ministère du Commerce prenait une mesure pour dire que celui qui importe du sucre n’a plus le droit d’importer du riz !
Ensuite le nombre de navire par consignataire est fixé à 10 et il ne pourrait embarquer plus de deux cent marins mauritaniens !! Pourquoi cette mesure radicale et pourquoi maintenant ? Aucune explication n’a été fournie par le département qui n’a d’ailleurs consulté aucun des partenaires comme la fédération des pêches ou les syndicats de marins.
Ego et politique
Insensible au désarroi des trois ou quatre milles marins débarqués à Nouadhibou, ignorant ostensiblement le manque à gagner pour la Mauritanie de cet arrêt qui dure maintenant depuis cinq mois, le « vieux » colonel continue sa politique de fuite en avant au grand dam du secteur tout entier. Automatiquement la question qui vient à l’esprit est, pourquoi tout ça ? A quoi servent les meilleurs accords du monde si le résultat est le départ de toute la flotte ? Jusqu’à quand des questions d’ego vont-elles continuer à tenir lieu de politique. « Je suis puissant »
« Je peux casser tout le monde » « je peux appauvrir ou enrichir tel ou tel » « personne n’a le droit de me critiquer, surtout pas une presse à la solde de tel ou tel ». Bien entendu si Cheikh Ould Baya avait appliqué sa politique sans en avoir bénéficié à titre personnel, on n’y trouverait presque rien à redire. Mais l’homme affiche une richesse accumulée en un laps de temps très court qui n’a d’égal que l’arrogance dont il fait preuve à toute occasion. D’où la suspicion que tout ça est fait à desseins (Lihajetin wi Yaacoub).
Certes l'accord de partenariat dans le secteur de la pêche conclu entre l'UE et la Mauritanie qui a été reconduit sous son égide pour la période du 1er août 2012 au 31 juillet 2018 prévoit une contribution financière annuelle en baisse mais d’autres avantages qui s’ils étaient mis en application auraient apporté sans doute un plus au secteur des pêches en Mauritanie.
A titre d’exemple on peut citer l’instauration des quotas, l’interdiction de la pêche du poulpe, l’augmentation du nombre de marins mauritaniens et le débarquement des captures. Cet accord, le plus important du point de vue économique et financier que la Mauritanie signe avec n’importe quel état était jusqu’ici l’une des principales soupapes de notre économie nationale. Il vise non seulement à préserver la ressource mais à maximiser les retombées.
Mais la ressource était elle vraiment en danger ou sommes nous en face d’une politique qui vise surtout à « casser » les uns pour les remplacer par les autres.
En février de cette année une étude a été menée par l’expert français Eric Pannequin. Cette étude qui a duré deux fois un mois voulait évaluer scientifiquement la ressource halieutique mauritanienne. Selon le rapport établi par Eric Pannequin à l’issue de sa mission, les petits poissons pélagiques représentent 90% du potentiel halieutique de la Zone économique exclusive (ZEE) mauritanienne.
Les chinchards atteignent un niveau de capture annuel de 244 000 tonnes pour un potentiel disponible estimé à 528 000 tonnes (norme Biodyn). La sardine atteint une biomasse record de 7 millions de tonnes, et l’anchois un TAC (Total allowable catch) de 80 000 tonnes. Une valorisation de ces espèces peut être imaginée, indique le rapport. Enfin les maquereaux laissent apparaître un prélèvement de 170 000 tonnes pour un potentiel disponible de 327 000 tonnes (norme Biodyn).
Ces statistiques, souligne le rapport, font état d’un potentiel de captures encourageant et démontrent la nécessité d’investissements dans le secteur de la pêche pélagique, alors que la plupart des secteurs traditionnels sont en stagnation ou en régression.
Le petit poisson pélagique compte tenue de sa valeur très basse a souvent été présenté comme le parent pauvre des activités de pêche. Mais la raréfaction de la ressource dans certaines régions du monde incite les experts à considérer cette ressource en protéines comme désormais stratégique.
« La demande du marché est très soutenue en Afrique de l’Ouest et de l’Est. Des pays comme le Bénin, la Côte d’Ivoire, l’Egypte, le Gabon et le Nigéria sont une clientèle fidèle pour le produit congelé entier. A cet égard, la conserverie européenne n’est plus en mesure de traiter le poisson intégralement, compte tenu des coûts de main d’œuvre. »
Le développement du secteur pêche en Mauritanie peut avoir un impact économique certain si un partenariat réussi se met en place et accompagne l’émancipation nécessaire permettant l’exploitation des ressources maritimes qui demeurent abondantes, notamment dans le segment du poisson bleu.
Aussi la menace d’abandon des eaux mauritaniennes par les bateaux du pélagique pèsent comme une véritable épée de Damoclès suspendue sur les têtes des milliers de contrôleurs, officiers et marins embarqués à bord de ces navires pélagiques. Et plus grave contrairement à la poulpe qui ne bouge pas, le pélagique est un poisson migrateur, si on ne le capture pas en Mauritanie, il le sera au Sénégal ou au Maroc nos deux voisins immédiats. Alors pourquoi une politique « anti trust » ? Pourquoi vouloir morceler les grandes sociétés de consignations ? Allons-nous continuer à regarder le secteur caractérisé par la politique de l’improvisation et les coups de tête au lieu de la concertation et le dialogue avec les acteurs du secteur ?
B.C.
