13-01-2013 14:56 - Ministère des Pêches : Tsunamis de circulaires….
Quelle ne fut pas la surprise des consignataires du secteur de la pêche d’apprendre, le soir du 25 Décembre, que dans une circulaire (une de plus !) en date du même jour, le Ministère des Pêches a morcelé, brisé en sept menus morceaux ou groupes leur profession. Par le bon vouloir du Prince.
Nos consignataires se devaient tout de même de rester sur leurs gardes, tant le Département a une forte propension à foudroyer …. par des circulaires.
Le mois d’Août dernier, il en fit tomber une avalanche. De toutes les couleurs. Des vertes et des pas mûres. Des circulaires, bien ou mal inspirées, pertinentes ou malheureuses ?
Jugez-en vous mêmes. En moins de deux semaines, elles eurent pour effets magiques de vider la zone de pêche de dizaines de bateaux , de laisser sans emplois plus de trois mille marins , de détruire autant d’emplois indirects et de priver le Trésor Public, les établissements portuaires et les administrations liées au secteur de dizaines de millions de recettes en devises.
Une catastrophe naturelle aurait-elle fait plus ou aurait-elle fait moins pour la ville portuaire de Nouadhibou ?
Si la note vous parait salée, demandez aux Administrations concernées d’évaluer et de rendre publics les dommages et les manques à gagner, cinq mois à six après le passage de ce « Tsunami » de circulaires, sur nos côtes.
La circulaire historique du 25 Décembre
Dans le diagnostic du (ou des) décideur (s) du Ministère des pêches, ce n’est pas d’un manque d’activités, d’investissements ou de développement que le secteur souffre mais d’une sévère anémie de circulaires. C’est pourquoi chaque mois, ils ou (il) lui administrent sa dose de circulaires.
La dernière en date est celle du 25 Décembre. Mais avant de lire sa notice, manipulez-là avec précaution, parce que sous l’emballage du paquet-cadeau de Noel, vous avez- en dessous -une vraie bombe… à fragmentations.
Ladite circulaire dicte (ou édicte) les 7 groupes (consanguins ?) à l’un desquels le « damné » consignataire doit désormais appartenir et s’y tenir ; la barre du nombre de marins qu’il ne doit plus franchir (pas plus de 200) ; sa portion de gâteau ou de bateaux qu’i l ne doit plus dépasser (10 mais en fait pas plus de quatre étant donné la limitation de marins).
Il s’en est fallu de peu pour qu’elle ne recommande aux armateurs étrangers le bon consignataire à démarcher et le paria à éviter. Dans ce travail de démolition, plus aucun consignataire ne pourrait plus retrouver l’intégralité de ses partenaires et de leurs bateaux. Plus aucun armateur ne peut plus être sûr de travailler avec son ancien consignataire ou de ne pas être séparé de ses bateaux. Les uns et les autres pourraient bientôt se retrouver dans la position de l’âne de la fable qui, mourant de soif et de faim, ne savait plus lequel choisir, le seau d’eau ou la botte de foin.
Des obligations remplies
De bonne foi, on peut penser que la limitation du nombre de marins et du nombre de bateaux c’est pour éviter les risques sociaux liés à la gestion difficile des gens de mer ou parce que les consignataires ont failli à leurs obligations légales et réglementaires.
Justement, il n’en est rien ! Sommées (et assommées), du jour au lendemain, par les oukases du Ministère d’arrêter leurs activités, les principales sociétés du secteur ont liquidé, rubis sur l’ongle, les droits de leurs marins. Qui plus est, elles ont même consenti, sur l’insistance des pouvoirs publics, à payer des droits indus pour préserver le climat social. Pas un conflit social ne fut déploré malgré l’ampleur et la douleur de ces licenciements massifs et brusques.
Préalablement à la sortie des bateaux, les consignataires ont honoré leurs engagements auprès de toutes les administrations régionales concernées.
Donc, si risques, il peut avoir, c’est bien par l’introduction d’une flopée de nouveaux (ou tardivement) venus dans le secteur qui n’ont, ni expérience du métier, ni garanties financières.
La concurrence faussée
De même bonne foi, on peut estimer que l’éclatement en groupes et le plafonnement de l’activité procède du souci de donner des chances à d’autres. Mais qui les en a privés ? Ce n’est pas faute d’agréments qu’ils en sont privés, mais de partenaires. Et dans quelle économie sommes-nous ? La dirigiste de l’ère soviétique ou une économie de marché ? E t figurez-vous ce qu’on rationne. Pas un accès à la ressource, pas un service public mais un service privé ! C’est tout comme si on interdisait à un commerce de servir ou d’être attractif pour plus de dix clients.
C’est aussi comme si tout secteur on plafonnait l’expansion et le développement ! Vous ne pouvez pas grandir au-delà d’un certain seuil fixé par « Démolition Man » ! Les chantres du libéralisme doivent se retourner dans leurs tombes, de voir ainsi maltraitées la liberté de commerce et de la concurrence.
Le Ministère peut distribuer comme bon lui semble, et en quantités industrielles les agréments, mais qu’il ne fausse pas le jeu de la concurrence en limitant le nombre de clients qui veulent travailler avec une société dûment agréée.
Le chantage à l’agrément de consignation de pêche
Dans le propos de certains au Ministère, on agite à la figure du consignataire, l’agrément de pêche non comme un droit mais comme une faveur. Qu’on peut lui retirer à la moindre incartade. Non parce qu’il a failli à ses obligations légales ou réglementaires, mais parce qu’on le suspecte ou qu’on lui reproche de ne pas soutenir, à grande banderole déployée, la politique du Ministère. On peut imaginer tous les abus qui peuvent découler d’une telle logique. Tout comme on peut imaginer les conflits d’intérêts et les trafics sous le manteau ou la table qui pousseraient( et prospéreraient ) si le Ministère s’arrogeait le droit discrétionnaire de distribuer au tout-venant des agréments , sans des critères de transparence.
L’agrément est une condition nécessaire mais pas suffisante. Le partenaire étranger choisit, sur la base de la confiance et de la qualité du service, son représentant local. Le rôle du consignataire est un rôle d’interface entre les armateurs et les administrations et non de parti pris pour les uns et contre les autres.
Cherchez le mobile de la circulaire du 25 Décembre
La circulaire est curieusement muette sur l’exposé de ses motifs. Et on ne connaitra jamais assez ses mobiles réels.
Par contre, on ne connaît que trop bien l’identité de ses victimes : les principaux consignataires de la place qui voient leurs affaires et leurs relations, laborieusement construites sur des dizaines d’années, du jour au lendemain démantelées, désintégrées. Non parce qu’ils ont manqué à leurs obligations. Non parce que leurs clients ont exprimé le souhait de les quitter pour travailler avec d’autres. Mais seulement et seulement du fait du bon vouloir de l’Administration de leur secteur. Pourquoi veut-on casser ces hommes ou leurs affaires et que leur reproche-ton au juste ?
Où s’arrêtent les prérogatives d’un haut fonctionnaire et où commence son abus de pouvoir ?
Des menaces expresses furent proférées. Il est difficile de ne pas voir en la circulaire leur mise à exécution.
La technique du bouc émissaire étant vieille comme le monde, on ne peut s’empêcher de penser, qu’en ce jour mémorable du 25 Décembre 2012, on a voulu sacrifier sur l’autel du Ministère les principaux consignataires de la pêche pour absoudre les péchés et la gestion du Département.
A qui profitera ce coup prémédité contre les professionnels du secteur ? Sans doute, à une ribambelle de porteurs de nouveaux agréments dont l’appétit est beaucoup plus grand que l’expérience. Espérons que le Ministère saura garder ses distances vis-à -vis d’eux.
Mais quels qu’en soient les motifs dits ou non dits, la circulaire ne pourrait être l’arbre qui cache le triste constat que notre zone de pêche pélagique, naguère si attractive, est de nos jours un désert à l’mage de notre désert de sable. La seule différence est que notre désert de sables est abandonné par les touristes et les rallyes par la faute d’autrui alors que nos eaux sont abandonnées par la faute de notre propre politique.
L’absence de la flotte pélagique européenne
Cinq mois ou six après la signature de l’Accord avec l’U.E, force est de constater que les bateaux pélagiques européens ne sont pas encore de retour.
N’en déplaisent aux partisans de la vision manichéenne du tout en blanc ou tout en noir, (si l’on excepte la position singulière de l’armement espagnol sur les céphalopodes), les autres armateurs ne s’opposent pas à l’Accord de pêche. Ils ne contestent ni la contrepartie financière (y compris leur contribution sensiblement relevée) ni le taux d’embarquement des marins mauritaniens ni le débarquement gracieux de 2% de leur cargaison pour les populations nécessiteuses. . .
Bien entendu, ils demandent de discuter des modalités et non des principes de certaines de ces mesures dans les cadres ad hoc.
Reste la question épineuse de la zone de pêche. Avant et après la signature de l’Accord, les armateurs européens, ont exprimé leurs vives réserves sur l’impact de la nouvelle zone des pêches sur la rentabilité de leurs bateaux, se basant sur leurs statistiques de captures.
Pour eux en tant qu’exploitants, il ne s’agit ni plus ni moins que de s’assurer de ne pas tourner à perte. La décision du retour des bateaux appartient aux armateurs et non à la commission européenne, encore moins aux consignataires mauritaniens. Si nos négociateurs veulent optimiser les acquis de l’Accord de pêche, ils doivent rechercher le retour des bateaux et donc prendre en compte les préoccupations des armateurs.
Comment ? Par exemple, en acceptant des tests conjoints pour évaluer les impacts réels de la nouvelle zone des pêches sur la rentabilité des bateaux ? En s’engageant à des réaménagements si l’impact négatif est avéré ? Tout est affaire de tact et d’ouverture d’esprit pour trouver un accord gagnant-gagnant et non perdant- perdant.
L’absence de la flotte pélagique non européenne
Le Ministère, sans attendre de surmonter le différend avec les armateurs européens, a imposé en Août dernier les mêmes conditions à la flotte non européenne, sans accepter aucune période de transition. Ce qui a eu pour effet malheureux d’ajouter à l’absence de la flotte pélagique européenne celle de la flotte pélagique non européenne.
L’une des raisons avancées est qu’il fallait aligner les conditions de cette flotte sur celles convenues avec les Européens. D’abord, il n’échappe à personne que cette flotte ne bénéficie pas des mêmes conditions de subvention et de crédit. En souscrivant à cette clause, ne risquait-on pas de perdre d’une main, tout ou partie, de ce que l’on gagnait de l’autre ? Ensuite, même s’il fallait en venir à ces conditions, n’aurait-on pas pu respecter soit les périodes de préavis dans les conventions alors en vigueur soit une période de transition, dans l’attente du retour des bateaux européens ?
Les négociateurs européens seraient les premiers à comprendre la contrainte du respect des engagements en cours. Enfin, de l’avis même des experts du Ministère, les prélèvements sur les stocks pélagiques (globalement pris) sont encore largement en deçà du potentiel permissible. Donc, en se privant des bateaux pélagiques non européens, nous privons notre économie d’emplois et de recettes additionnels non négligeables, sur une ressource migratrice et renouvelable.
Ce que nous perdons, des pays voisins ou plus éloignés pourraient, en tout ou partie, le récupérer. Par quoi sera compensée la perte de cet apport ? Si tant est qu’il y a un déficit d’activités à combler, rechercher et démarcher les armateurs est du ressort des hommes d’affaires du secteur et non du Ministère ? Pourquoi le Ministère refuse-t-il obstinément d’associer la profession à la réflexion aux solutions possibles ?
Le refus de la concertation avec les professionnels du secteur
Les armateurs étrangers travaillant dans le secteur de la pêche pélagique dans notre pays, pour la plupart de nationalité européenne ou russe, sont des hommes d’affaires ou des industriels respectés et établis depuis de longue date dans leurs pays respectifs. Ils ont une vaste expérience de leur métier, non seulement chez eux mais aussi dans bon nombre d’autres pays.
Nos principales sociétés de consignation sont dirigées par des hommes d’affaires qui pratiquent leur métier depuis des dizaines d’années et qui, en plus de l’expérience, ont acquis la confiance de leurs partenaires étrangers. Ce qui est une base essentielle pour établir un partenariat privé solide, de nature à apporter à notre secteur le surcroît d’activités et d’investissements dont il a grand besoin.
Il est regrettable que les portes du Ministère soient closes à ce monde de professionnels dont les expériences et les initiatives diverses auraient pu être utiles au développement du secteur. Il est encore plus regrettable que, ces derniers temps, les mesures prises se font plutôt contre eux qu’avec eux. On ne peut que se poser la question : Que veut au juste le Ministère ? Avoir affaire à d’autres armateurs et d’autres consignataires ? Lesquels ? Et pourquoi ?
Pour une perspective plus positive
Le secteur de la pêche pélagique est à son plus bas niveau historique d’activités (presque zéro bateau) et d’emplois (près de 3 000 marins chômeurs). Si ce marasme devait se prolonger, nos ports de pêches et les autres activités et administrations annexes ou connexes au secteur s’en ressentiraient gravement.
Tout le monde a intérêt à la relance du secteur. Ses professionnels (armateurs et consignataires) qui sont les premiers à souffrir de son absence d’activités. L’Administration en charge qui sera jugée sur ses résultats : faire retrouver le chemin de l’emploi à des milliers de concitoyens et améliorer sensiblement la contribution du secteur au reste de l’économie nationale.
Les professionnels du secteur et le Département en charge se doivent de constituer un partenariat (dont le cadre et les méthodes de travail sont à définir) pour le développement de nos ressources pélagiques avec des objectifs précis. Cet objectif est beaucoup plus noble que le fait de rejeter la responsabilité et les blâmes les uns sur les autres.
BC
