25-08-2013 10:39 - 'Face cachée des quartiers': les cris de désespoir d’une trentaine de femmes à Riyad [PhotoReportage]
Quelque part à PK9, sur la route qui mène vers Dar-El Beiza, une vaste cour d’où s’élèvent des senteurs désagréables attire l’attention. Ici, une trentaine de femmes y ont presque élu domicile. Leur vie se résume à trois choses : écailler, transformer et conserver des tonnes de poissons qu’elles écouleront sur les marchés de Nouakchott et ceux de l’intérieur du pays.
Parmi elles, on retrouve Fatou Lô, la cinquantaine. Cette femme au teint noir explique qu’elle a plus d’une vingtaine d’années de métier, celui de vider et d’écailler le poisson. "Ici, on ne sait pas dormir sous nos lauriers, malgré toutes les difficultés auxquelles nous faisons face tous les jours", avance cette femme.
Il y’a une semaine, ces femmes ont été invités à quitter une maison qu’elles avaient loué à 30.000 UM. En effet, le propriétaire de cette maison avait décidé unilatéralement de placer la barre de la location à 40.000 UM. Une augmentation que déclineront les femmes préférant plutôt quitter les lieux que de verser 10.000 UM, en ces temps durs.
"Nous ne comptons que sur nos bras pour vivre. Nous avons des enfants, louons des maisons, assurons la dépense quotidienne et notre transport pour acheminer le poisson de plus en plus cher de la mer d’ici. Il était hors de question de se soumettre au diktat du propriétaire de maison", assène sèchement Fatou Lô.
A l’arrivée, les femmes ont trouvé une maison trois fois plus grande qui fait leur affaire, à seulement 30.000 UM. Ces femmes qui écaillent le poisson n’ont pas souvent bonne presse notamment auprès des pouvoirs publics. En 2008, au nom de la protection de l’environnement côtier, elles ont été contraintes de quitter les lieux occupaient depuis deux décennies, pas très loin du Port artisanal de Nouakchott.
Elles regarderont d’un œil impuissant la démolition de leurs installations. Tout leur investissement tombera à l’eau. Elles affirment n’avoir même pas reçu d’indemnités. Aujourd’hui, désespérées, elles interpellent Mohamed Ould Abdel Aziz, en rappelant qu’elles participent à l’économie nationale et à la résorption de l’emploi en Mauritanie.
Peut-être, dans vos plats de "thiébou-djeune" de demain, vous y retrouvez les poissons qu’elles ont transformés. Et, aujourd’hui, peu à peu, ces dizaines de femmes commencent à retrouver la tranquillité. Mais, pour combien de temps encore face à des propriétaires de maison de plus en plus voraces ? D’où leur appel aux pouvoirs publics de leur créer une place où elles pourront mener en toute quiétude leurs activités.
Babacar Baye Ndiaye
