02-09-2013 13:56 - Plage des pêcheurs de Nouakchott: Instinct de survie !

Plage des pêcheurs de Nouakchott: Instinct de survie !

Mercredi, 28 août 2013, il est 19 heures. Sidelemine Ould Abeid rentre presque bredouille. Deux mini-poissons comme moisson. Il avance d’un pas hésitant. Une tempête sous le crâne.

Né en 1987 à M’Bout, il a atterri comme beaucoup d’autres jeunes de son âge dans la capitale Nouakchott. Ce voyage vers la grande ville, il l’avait fait avec sa maman dont il est aujourd’hui le seul soutien. Et c’est précisément à cause d’elle qu’il a pris l’habitude, faute d’opportunité de travail, de se rendre sur une crête au nord de la plage des pêcheurs pour «gagner sa vie».

«La pêche a été mauvaise aujourd’hui » confie-t-il jetant un regard plein d’amertume sur deux petits poissons qui meublent, avec son appât fait de morceaux de poulpe, le fond de ce qui lui tient de «sac».

Comment va-t-il faire aujourd’hui qu’il ne rapporte pas le strict nécessaire pour nourrir sa maman vivant sans moyen dans la périphérie de Nouakchott. «Il arrive que je fais mieux » explique-t-il, une canne à pêche en bandoulière, comme pour se dédouaner d’une situation sur laquelle d’ailleurs il n’a aucune emprise. Sidelemine est comme le tiers de la population que constituent les jeunes en âge de travailler en Mauritanie et qui n’ont aucune occupation sûre.

Malgré donc la croissance soutenue, l’une des plus grandes critiques portées à la politique rentière du gouvernement est qu’elle ne participe pas à résorber le chômage des jeunes. Ces derniers sont également souvent sans qualification alors que l’accès aux emplois dans le secteur des mines semble répondre à un favoritisme incontournable.

En effet, la majeure partie des recrutements au sein des nouvelles sociétés minières et dans les sociétés de sous-traitance ne déroge pas à cette règle. Des questions qui pourtant ne semblent pas effleurer l’esprit de Sidelemine Ould Abeid, préoccupé avant tout aujourd’hui par le souci de trouver «quelque chose» à rapporter au logis maternel. Il semble vivre dans une promiscuité totale.

«Des jours, il arrive que je pêche quelques poissons. J’en vends certains sur le marché. Je gagne en plus d’assurer le plat de maman, quelques sous qui me permettent d’acheter autre chose » confie Sidelemine Ould Abeid. Sans étude, et sans argent, Sidelemine affirme qu’il survit avec les moyens du bord.

«Moi, je pêche pour survivre et éviter de tomber dans les travers de l’oisiveté » renchérit le jeune homme. A la fleur de l’âge, il porte sur ses épaules d’énormes responsabilités. Et il veut croire encore pouvoir les assumer. Sa mine ne trompe pas.

Il est bien marqué par un travail toujours très dur et la concurrence des chalutiers superatlantiques qui écument les rivages du pays. Sidelemine gagnerait, dans les meilleurs des cas, moins d’un dollars par jour, s’il a l’opportunité de vendre son « surplus » de poissons.

Lui, ne comprend rien à la politique mais appelle les autorités à accorder « les mêmes chances à tous les enfants du pays». Sidelemine, en tout cas, veut bien croire à son étoile. « Demain, je reviendrai et si Dieu le veut, je pêcherai plus de poissons».. Optimisme béat ?

Fatalité intrinsèque des mauritaniens ? Le temps passe et Sidelemine, qui a d’autres chats à fouetter ce mercredi, prend congé en jetant le regard, une dernière fois, à l’horizon d’où proviennent les vagues de l’Océan qui s’écrasent sur la plage des pêcheurs.

Saura-t-il relever le défi, aura-t-il plus de chance le lendemain? A-t-il d’ailleurs le choix face aux responsabilités qui l’assaillent à son jeune âge? Tel Sisyphe, Sidelemine reprendra sans doute son «châtiment» pour revenir encore à la crête où il a élu domicile depuis des mois.

JD et SN



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