06-09-2013 19:38 - Projet de société nationale de distribution de poisson : L’Etat veut-il enlever le poisson des bouches des mareyeurs ?
Projet de société nationale de distribution de poisson : L’Etat veut-il enlever le poisson des bouches des mareyeurs ?
Dans une communication présentée en conseil des ministres, le ministre des pêches et de l’économie maritime, Aghdafna Ould Eyih, a proposé la création d’une société nationale de distribution du poisson sur le marché local.
Outre les nombreux écueils de l’immixtion de l’Etat dans des secteurs lucratifs destinés à l’activité privée, la communication est ressentie comme un coup dur pour les milliers de mareyeurs mauritaniens, essentiellement des femmes, qui vivent de cette activité.
La communication ministérielle ne précise pas non plus la provenance du poisson qui sera vendu par l’Etat. En effet, il existe aujourd’hui beaucoup de critiques contre les administrations en charge de récolter les quantités de poissons reversés par les navires étrangers (2%) comme les 105 tonnes déversés récemment par l’Atlantic Dawn avant sa sortie des eaux mauritaniennes. Il y a également dans ce registre les importantes quantités saisies sur les bateaux fraudeurs.
Des sources à Nouadhibou indiquent que ces quantités de poissons font l’objet d’un grand trafic des responsables qui sous le couvert de mise à disposition des citoyens de poisson frais, parfois même distribués gratuitement, font beaucoup d’argent au détriment des circuits traditionnels de vente par les mareyeurs.
« Après avoir satisfait les pêcheurs des céphalopodes que les mauritaniens ne consomment pas, voilà que l’Etat se retourne contre nous pour retirer le poisson de la bouche » vocifère un mareyeur pris de court par la communication du minsitre, Aghdafna Ould Eyih.
Selon la présentation qui en est faite la société nationale aurait « pour objectif d’assurer l’approvisionnement des centres urbains en poisson à des prix abordables par rapport au pouvoir d’achat des citoyens ».
Notons enfin que dans le même sillage, l’Etat avait initié il y a trois ans, un ambitieux programme de construction de poissonneries à l’intérieur du pays et de crédits à la pêche artisanale dans l’objectif de « disponibiliser le poisson aux citoyens ». Deux actions de plus d’un milliard d’ouguiyas qui se sont noyées dans le détournement et l’affairisme des responsables qui en avaient la charge.
