24-07-2014 08:45 - Atlas maritime des zones vulnérables en Mauritanie : Concilier le développement du secteur pétrolier...
... avec les intérêts du secteur de la pêche et de la production de la biodiversité maritime et côtière.
Mauriweb - La pêche occupe depuis toujours une place prépondérante dans la vie économique et sociale de la Mauritanie. Elle y constitue un enjeu majeur pour la sécurité alimentaire.
Le secteur de la pêche reste aussi le plus grand pourvoyeur d’emplois (directs et indirects) au profit des populations mauritaniennes comme il génère d’importantes ressources en devises pour le pays.
Sur ce registre, l’Atlas indique que la pêche a généré une valeur ajoutée de 47 milliards d’ouguiyas (175 millions Usd) et contribué en 2009 à hauteur de 6% au PIB. Elle a contribué aussi à hauteur de 16% des recettes budgétaires et à 13,3% des recettes d’exportation en 2010.
Or, la découverte, en 2001, puis l’exploitation en 2006 de ressources pétrolières additionnelles, en offshore suscitent un nouveau défi que les autorités tentent de relever en voulant conciliant son exploitation avec les intérêts indéniables de la pêche et de la production de la biodiversité marine et côtière.
Or, l’exploration et l’exploitation pétrolière et gazière, quoique rapportant des recettes additionnelles à l’Etat, ne sont pas sans risque. En effet, ces activités ont un impact sur un environnement maritime et côtier déjà soumis à la pression des activités du secteur de la pêche, du transport maritime et du développement urbain et industriel côtier.
Pour cerner l’ampleur des défis de gouvernance environnementale de ces milieux ultrasensibles, les autorités mauritaniennes, à travers les départements de tutelle, des institutions scientifiques spécialisées et un partenariat mutli-acteurs, ont très vite pris la mesure des défis à relever en termes de collectes d’informations, de monitoring et d’anticipation en relation avec la vulnérabilité des zones maritimes notamment sur le talus.
Ainsi, les autorités mauritaniennes en vue de promouvoir une gestion écosystémique, en collaboration avec leurs partenaires traditionnels, ont mis en place en avril 2011 un programme « Biodiversité, Gaz et Pétrole » (BGP) pour répondre aux nouveaux défis qu’imposent la recherche et l’exploitation pétrolière dans le pays. Ce programme bénéficie de l’appui technique et financier du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUD), de la coopération allemande (GIZ), de l’Union Mondiale pour la Nature (UICN) et du Fonds Mondial pour la Nature (WWF).
L’Atlas maritime des zones vulnérables en Mauritanie : Un tableau de bord pour la gouvernance environnementale
C’est donc concomitamment de l’activité d’exploration et d’exploitation pétrolière et gazière que l’Atlas maritime des zones vulnérables en Mauritanie est validé en Juin 2013. Sa diffusion tente d’aider à mieux appréhender les zones d’intenses activités de la biodiversité. Une sorte de tableau de bord qui regroupe, affine et capitalise l’ensemble des informations disponibles dans les zones d’exploitation encore méconnues comme le talus.
Une mine d’informations destinées aux acteurs de la prospection pétrolière et gazière mais aussi à ceux de la pêche ainsi que la société civile afin que chacun contribue au suivi de la qualité du milieu marin, à la consolidation des connaissances, à la préservation de la biodiversité marine au regard des risques certains.
Une expérience qui fait de la Mauritanie, un pays précurseur dans l’application de la Convention d’Abidjan pour la Coopération en matière de Protection et de Développement du Milieu Marin et Côtier de la Région de l’Afrique de l’Ouest et du Centre.
L’Atlas maritime des zones vulnérables, dont le maître d’œuvre est l’Institut Mauritanien des Recherches Océanographiques et des pêches (IMROP), rassemble et compile donc plusieurs travaux de recherches épars. Il met en relief la profonde imbrication entre l’Homme et son milieu.
Première partie : Le nomade découvre la mer
Dans cette première partie, l’Atlas propose une lecture historique de la mer, de ses usages et de ses ressources comme « pilier du développement de la Mauritanie ». Elle met en exergue, à travers l’Histoire des relations du nomade avec son nouveau refuge sur les côtes après le déclenchement des Grandes sécheresses. Un exode qui conduira plus d’un tiers de la population à se sédentariser face à l’Océan, dans les grands centres urbains de Nouakchott et Nouadhibou. L’exode, non seulement va façonner la vie du nomade, mais toute son activité en dépendra désormais.
Dans cette partie ressort également que l’économie mauritanienne reste largement tributaire de ses ressources naturelles. Si la pêche et le minerai de fer ont constitué jusqu’à une date récente (2005) les véritables sources de devises pour l’Etat, l’exploitation des premiers gisements pétroliers ont bouleversé ce schéma classique. Néanmoins et en dépit de ces richesses, la Mauritanie doit faire face à un défi majeur : « faire en sorte que cette richesse contribue au développement durable du pays ».
Mais les autorités mauritaniennes prennent aujourd’hui à bras le corps la gestion de ce contraste souligne l’Atlas. «Des efforts ont été entrepris pour « arrêter et inverser la dégradation environnementale. Elles ont consenti des investissements
- dans les énergies renouvelables
- la restauration des zones humides du bas Delta du Fleuve Sénégal
- la gestion de la pêche basée sur des travaux scientifiques
- la protection des écosystèmes
- la mise en place d’une politique environnementale axée sur le développement durable.
Pour autant et avec la diversification des usages (développement sur le littoral, pétrole, gaz, transport maritime, accords commerciaux, bunkering…), les rédacteurs de l’Atlas insistent sur une approche de plus en plus précautionneuse car « des pans entiers de la mer » restent « des terres inconnues ».
Deuxième partie : Ecologie et impacts anthropiques
Dans cette seconde partie, l’Atlas met en relief les principales caractéristiques de la Zone Economique Exclusive (ZEE) de la Mauritanie ainsi que les déterminants de la chaîne alimentaire. Elle explique notamment l’enchevêtrement des phénomènes et des courants marins à l’origine de l’upwelling qui détermine, avec les herbiers, les écosystèmes marins et côtiers en Mauritanie. L’équilibre de ce phénomène à la base de la richesse halieutique reste cependant fragile.
Il produit une remontée des eaux froides riches en nutriments (sels minéraux) à la surface ; source d’une vie benthique active. Curieusement aussi, les vents de sable jouent un rôle dans l’enrichissement du milieu marin quand ils déposent à travers la poussière du fer en mer. Ils renforcent ainsi « les pâturages en mer » (phytoplancton).
Nonobstant les atouts naturels ( présence upwelling, d’herbiers, de mangroves, des canyons, des coraux profonds…) ceux-ci sont aussi identifiés comme des facteurs de vulnérabilité de la faune et la flore marines en relation avec d’éventuels changements environnementaux ou climatiques. A la suite de ces deux présentations, l’Atlas explique la notion de vulnérabilité et renvoie aux zones vulnérables identifiées comme les réserves naturelles, les zones humides, les récifs coralliens profonds.
Mais comment laisser en l’état ce magnifique équilibre naturel quand l’Homme doit y puiser ? Outre donc les facteurs naturels, l’Atlas relève que l’action de l’Homme (actions anthropiques) influe sur ce milieu. «Ces deux types de facteurs affectent l’équilibre entre les espèces et donc la viabilité des écosystèmes ».
Et pour concilier ces deux exigences (satisfaire les besoins de l’Homme et contenir l’impact des effets naturels), l’Atlas recommande de pousser la recherche sur les écosystèmes pour mieux les appréhender afin de «rendre optimale la gestion des activités économiques et (…) le meilleur rendement possible de celles-ci sur le court et long terme ».
Cela semble de plus en plus important d’autant qu’outre la méconnaissance liée à certains espaces, les données scientifiques actualisées sur les écosystèmes marins et côtiers mauritaniens « montrent incontestablement que les écosystèmes marins mauritaniens sont d’orès et déjà fortement affectés ». Or, parmi ces facteurs anthropiques, on cite la pêche extensive (avec le plus grand impact), les constructions sur les côtes, les barrages sur le Fleuve Sénégal, le transport maritime, le développement pétroliers et gazier, les émissions à effet de serre…
Mais à l’heure actuelle, le secteur de la pêche qui s’est intensivement développé est indexé comme ayant l’impact le plus important sur la biodiversité marine. Le constat est qu’il y a une chute drastique et continue des rendements pour une vingtaine d’espèces commerciales, qu’il y a une réduction par 3 de la biomasse des ressources halieutiques démersales, qu’il y a une situation préoccupante de l’état du stock du poulpe, qu’il y a un déclin important des grands prédateurs (requins, poisson-scie, cétacés…), une dégradation physique de certains écosystèmes benthiques.
Troisième partie : Les zones vulnérables.
Dans ce troisième chapitre de l’Atlas, ses rédacteurs ont d’abord voulu s’arrêter sur la notion de vulnérabilité. Pour eux, la notion de vulnérabilité écologique s’entend comme le « risque encouru par des espèces ou des écosystèmes de s’approcher du seuil minimal nécessaire à la garantie de leur viabilité ». Fin de citation.
Mais la vulnérabilité écologique ne voile pas la recherche de l’identification de la vulnérabilité socio-économique qui est définie comme « la mesure dans laquelle un système économique et social est affecté par les effets des facteurs anthropiques et naturels.
La vulnérabilité est fonction de la nature, de l’ampleur et du rythme de la perturbation à laquelle le système est exposé et de sa capacité d’adaptation ». Outre donc les populations qui par leur dépendance de « l’activité d’exploitation du milieu (…) particulièrement vulnérables à une altération de l’environnement marin » (vulnérabilité socio-économique). Mais il y a aussi les grands centres urbains et les villages côtiers entourant l’activité de pêche.
S’agissant des zones vulnérables, on cite souvent les AMP (aires marines protégées) comme la réserve du Cap Blanc, le Parc National du Banc d’Arguin, l’Aftout Es-Sahili mais l’Atlas des zones vulnérables en Mauritanie ressort surtout l’importance des enjeux des écosystèmes des grands fonds marins dans la préservation des richesses halieutiques et de la biodiversité.
Une quatrième partie : Vulnérabilité de la faune aquatique
Dans cet ultime chapitre de l’Atlas, l’accent est mis sur la vie animale dans le milieu marin et côtier de la Mauritanie. Selon l’Atlas, la Mauritanie a répertorié 506 espèces d’oiseaux au niveau des parcs nationaux et au niveau du Talus.
Ces oiseaux proviennent d’origines diverses. Certains de la zone afro-tropicale (pélican blanc, Flament nain, sterne bridée…) d’autres nichent dans l’Ouest paléarctique (Fou de Bassan, goéland brun, limicoles…) et d’autres encore de l’Arctique (phalarope à bec large, labbe pomarin) ou encore de l’Antarctique (Labbe antarctique, océanite de Wilson…).
En dépit de leur importance, ces réserves ornithologiques peuvent faire face à une vulnérabilité liée à la distance de leur migration. Mais les espèces qui suivent dans leur migration les côtes peuvent être exposées à une plus grande vulnérabilité car elles sont aussi impactées par la dégradation du littoral alors que les espèces marines le sont elles du fait de la surpêche, de destruction de l’habitat et des pollutions de surface.
A ces oiseaux dont dix au moins figurent sur la liste rouge de l’Uicn, il faut aussi ajouter des mammifères marins en voie d’extinction comme les dauphins, les baleines ou encore le phoque moine. S’agissant de la colonie du phoque moine elle semble la plus affectée par plusieurs facteurs comme les épidémies, les engins de pêche, la destruction des habitats…
L’Atlas se termine, enfin, par des constats et recommandations sur l’état de vulnérabilité marine et côtière. Il préconise «la nécessité d’une gestion anticipative et raisonnée de tous les usages de la mer afin d’en garantir la pérennité».
Il souligne, par ailleurs, qu’en l’état actuel des connaissances disponibles, une approche systémique est de rigueur notamment en favorisant la recherche scientifique pour mieux identifier les vulnérabilités écologiques et socio-économiques au regard de l’émergence de l’activité pétrolière et gazière pour son impact certain.
Jedna Deida
