26-09-2014 17:33 - Maurichronique : Salissures et brûlures…
RMI Biladi - "Tournez, s’il vous plait, la poignée de l’autre robinet et lavez bien vos mains. Méfiez-vous, ils sont deux robinets ! J’imagine que vous ne souhaiteriez pas vous brûler les mains ! Attention donc, la poignée à pastille rouge, ça indique, contrairement aux conventions, l’eau froide.
Celle à pastille bleue, son eau est chaude. Le plombier a inversé les choses. ‘’ Je ne sais pas qui a dit ça ! Je ne sais pas si je l’ai lu quelque part, dans un livre, ou une plaque ? Où ? Quand ? Je ne sais ! Je sais seulement que les Maures disent : Agite l’eau, surgit la boue."
Quand est-ce qu’ils ont dit ça, les maures, je ne sais, non plus ! Je sais aussi, c’est évident, qu’il y a l’eau. D’une part. Une chaude. Une froide. Et une autre avec la possibilité d’une boue.
Comme pour une possibilité d’une brûlure, si quelqu’un n’est pas là , à chaque instant d’ouverture de robinet, pour rappeler l’erreur originelle du plombier.
Je me suis souvenue de ces deux - appelons-les- histoires, au moment où j’essaie de réfléchir à noircir, en mots, l’espace, qui était, le seconde précédente, tout blanc. Une page vierge. Il a fallu un mauvais plombier, quelque part, et un agitateur des eaux stagnantes pour qu’au moins, ces deux histoires s’associent. S’associent, c’est-à -dire, passer un instant, des instants, ensemble.
Ces deux histoires ont ceci de commun : L’eau. Ça c’est sûr. Ils n’ont pas tout à fait de commun, mais presque, un côté, disons, un peu absurde dans l’affaire. Une poignée à pastille bleue qui donne, contre toute attente, une eau brûlante. Un agitateur d’eau stagnante qui fait ressurgir la boue et se le propage sur l’organisme, se fait salir les vêtements. On aurait pu changer, dès le premier jour, les poignées, il n’y aurait pas de brûlure.
Et l’histoire ne serait pas née. Elle serait morte juste après que le médecin-plombier ait découvert l’erreur et rétabli les poignées, chacune, dans son coin indiqué. Comme quoi chaque plombier renferme, en lui, un médecin spécialisé de la prévention. Des brûlures, au moins. Comme quoi chaque bon plombier-médecin est un tueur d’histoire. De mauvaises histoires.
Le premier maure agitateur d’eau stagnante n’aurait pas agité une eau stagnante, l’aphorisme, puisque c’en est bien un, aujourd’hui, ne serait pas né. L’aphorisme ne ferait pas religion. Et, depuis lors on ne cesserait de vivre d’insupportables éclaboussures et salissures.
Même si elles se font compagnie aujourd’hui, nos deux histoires ne sont pas nées dans la même contrée. Le robinet, c’est la ville. La vraie, celle qui ne partage pas avec la campagne sa boue. L’eau stagnante et la boue, c’est la campagne, normalement. La vraie, celle qui ne partage pas avec la ville ses erreurs de plombiers.
Aujourd’hui, chez nous, en tout cas, il n’y a plus de villes, ni de campagnes. Notre univers rassemble à la fois l’une et l’autre. En quelque chose sans nom. Où la poignée bleue ne propose que l’eau brûlante. Et où la boue ne fait que ressurgir de toutes les eaux. Pour s’éclabousser en salissures sur des corps déjà gravement affectés, en âmes et chairs, par une eau bouillante.
Mouna Mint Ennas
