16-11-2014 17:16 - Qui est Biram Ould Abeid arrêté en Mauritanie?

Qui est Biram Ould Abeid arrêté en Mauritanie?

Deutsche Welle - Le Mauritanien Biram Ould Abeid a été interpellé une nouvelle fois mardi, avec au moins deux de ses camarades de lutte contre l'esclavage. Notre reporter Kossivi Tiassou l'a rencontré 48 heures avant son arrestation.

« ...Ma vie comme celle de mes semblables est façonnée par l’esclavage, non seulement l’héritage mais aussi les vécus quotidiens. »

Biram Oud Abeid se définit toujours comme un descendant d’esclave. Dans son pays la Mauritanie, il est l'un des militants les plus virulents pour l'abolition totale de l’exploitation de l’homme par l’homme.

« Comment l’Etat mauritanien peut prétendre combattre l’esclavage quand ce sont les victimes de l’esclavage qui partent en prison. Moi et mes amis nous peuplons les prisons, nous subissons cinq procès chaque année. Nous sommes toujours condamnés à de lourdes peines. »

Biram Abeid qui vient d’être une nouvelle fois arrêté en compagnie d'au moins deux de ses compagnons de lutte est un habitué des geôles en Mauritanie. Il avait déjà été arrêté et condamné puis gracié en 2012 pour avoir incinéré un livre qu’il considérait comme faisant l’apologie de l’esclavage. Mais pour les dignitaires religieux mauritaniens, c'est un livre sacré…

Une journée en compagnie de Biram

L’homme est beaucoup sollicité. Il est 15 heures, Biram Abeid est de retour à la maison après une journée bien chargée comme d’habitude. L’homme apparemment affaibli par un coup de fatigue vient de recevoir en audience au siège de son mouvement IRA, une vingtaine de personnes, chacune venue le solliciter pour l’aider ou à aider un proche à sortir de l’esclavage. Mais décidément ce jeudi, la journée n'est pas de tout repos pour le leader abolitionniste. A la maison l’attendent aussi une dizaine de personnes, tous des harratines ou des Maures noirs. Parmi eux, Aziz venu solliciter l’aide de Biram pour la libération de sa mère :

« Ma maman est une Hartani, elle est une esclave. Biram peut nous aider, on compte sur Biram pour libérer les esclaves. Inchallah avec Biram, on va changer la Mauritanie. »

La maison de Biram Abeid est située dans le quartier PK dans la périphérie de la capitale, Nouakchott. Un quartier connu pour être peuplé en majorité de noirs mauritaniens à l’instar du leader abolitionniste. Ici, celui qui est surnommé « le chasseur d’esclavagistes » est un héros. Dans ce quartier, on retrouve notamment, des forgerons, potiers, cordonniers et même des griots. Ils ont en commun les mauvais traitements et injustices appliqués par les soi-disant nobles ou Blancs avec la complicité de l`Etat, dit-on ici. Les composantes ethniques mauritaniennes sont stratifiées en nobles et non nobles. Et parmi les non nobles, Meriem libérée il y a 2 ans grâce à l’intervention de Biram Abeid :

« J’ai été esclave des années durant, mes parents m’ont abandonnée. Aujourd’hui, je suis une personne. Biram, c’est comme mon père. Il a fait de moi ce que je suis aujourd’hui... »

Partout ces castes sont les plus dominées, les plus méprisées, et les moins considérées. Des cas comme celui de Meriem, on en compte des milliers selon Biram Abeid. Et bon nombre d’entre eux, sont sans acte d’état civil. Pour eux, lutte le chasseur d’esclavagistes Biram.

Biram, un homme de renommée internationale

Pour son combat, Biram a reçu des récompenses. Notamment le prestigieux prix allemand des droits de l’homme, « le prix Weimar» du nom de la ville de Weimar et est l’un des six lauréats 2013 du prix des droits de l’homme des Nations unies. Une récompense décernée tous les cinq ans par l’ONU à des personnes ou associations ayant œuvré pour la défense des droits humains dans le monde. Ekkehard Strauss est le représentant du Bureau du Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme en Mauritanie.

« Biram est l’un des Mauritaniens qui apportent sa contribution pour l’abolition de l’esclavage. Il a été l’un des candidats à la présidentielle et obtenu près de 9%. Cela prouve que des anciens esclaves ou descendants d’esclaves peuvent participer à la vie politique du pays… »

Biram qui a longtemps lutté au sein de « Sos esclave », une autre ONG anti-esclavagiste a fondé en 2008 son organisation, l'Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste, IRA-Mauritanie. Une initiative qu'il définit comme « une organisation de lutte populaire ». Mais en Mauritanie, Biram Abeid est un homme controversé. Il a été candidat à l'élection présidentielle de juin dernier. Ses détracteurs pointent du doigt son tempérament et son caractère réactionnaire. Avec son entrée en politique, beaucoup ont vu une façon de monnayer sa popularité. L’analyse du journaliste et philosophe, Kissima Diagana :

« Jusqu’à Biram, on peut dire qu’il y a plusieurs acteurs des droits de l’homme qui ont cherché à combattre l’esclavage. Mais le style de Biram est nouveau. Nouveau style pourquoi ? Parce que c’est un style qui est perçu par beaucoup de gens ici comme un style très agressif, très violent. Sa personnalité, c’est la personnalité d’un homme qui a pris beaucoup de risques allant jusqu’à des confrontations physiques avec les forces de l’ordre.

Il faut dire aussi qu’à un certain moment, quand une personnalité de la société civile et ou une personnalité publique commence à avoir une certaine notoriété, il peut lui échapper le réalisme. Il est arrivé à un certain moment au sein de son mouvement, à s’engager politiquement, d’où la création d’un parti politique qui n’a pas été encore reconnu. Au-delà de ce parti, il a saisi l’occasion offerte par la dernière élection présidentielle pour être candidat. Il est arrivé deuxième, ce qui va être pour lui un succès. Il a récupéré un espace politique qui avait été boycotté par les principaux leaders politiques. »


La grande surprise de la dernière présidentielle a été le score réalisé par le candidat indépendant Biram Dah Abeid. C'est à dire les 9% des voix.



Les articles, commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité


Source : Deutsche Welle
Commentaires : 1
Lus : 4772

Postez un commentaire

Charte des commentaires

A lire avant de commenter! Quelques dispositions pour rendre les débats passionnants sur Cridem :

Commentez pour enrichir : Le but des commentaires est d'instaurer des échanges enrichissants à partir des articles publiés sur Cridem.

Respectez vos interlocuteurs : Pour assurer des débats de qualité, un maître-mot: le respect des participants. Donnez à chacun le droit d'être en désaccord avec vous. Appuyez vos réponses sur des faits et des arguments, non sur des invectives.

Contenus illicites : Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes ou antisémites, diffamatoires ou injurieux, divulguant des informations relatives à la vie privée d'une personne, utilisant des oeuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).

Cridem se réserve le droit de ne pas valider tout commentaire susceptible de contrevenir à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, promotionnel ou grossier. Merci pour votre participation à Cridem!

Les commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité.

Identification

Pour poster un commentaire il faut être membre .

Si vous avez déjà un accès membre .
Veuillez vous identifier sur la page d'accueil en haut à droite dans la partie IDENTIFICATION ou bien Cliquez ICI .

Vous n'êtes pas membre . Vous pouvez vous enregistrer gratuitement en Cliquant ICI .

En étant membre vous accèderez à TOUS les espaces de CRIDEM sans aucune restriction .

Commentaires (1)

  • boubou_kibili (H) 17/11/2014 05:12 X

    Je pense sincerement que MOAZ et son Union Pour Rien (UPR) se trompent en voulant museler les mauritaniens. Cette arrestation est illegale et contre productive. Que Biram a dit de plus de plus que lors des dernieres elections? Certes Mr.Biram est un pietre communicateur et va en guerre mais il n'en demeure pas moins que son combat est plus que légitime: la lutte contre l'esclavage dans toutes nos communautés bien qu'il faille préciser que les maures doivent en l'affaire faire un grand effort car ils sont lents à évoluer dans ce domaine et c'est evident et ne pas le reconnaitre serait d'une grave malhonneté. Mais plus grave c'est à l'Etat de creer le declic en prenant des textes d'application pour faire cesser avec le temps mais resolument ce crime contre l'humanité et aussi cesser la création de ces agences aussi bien les unes que les autres qui nous le savons tous ne sont que l'arbre qui cache la forêt. Autre avancées à faire et qui est fondamental c'est l'effort de nos oulemas qui faut bien le dire son timorés sur cette thématique de lutte contre l'exclage. Je souhaiterai que les Khoutbas soent celles recommandés par le Saint Coran et cessent à leur tour de s'aligner sur les theses des gouvernants et de nos féodalités. Je propose pour finir des assises nationales sur l'esclavage dans notre pays, lesquelles assises seront pilotés par la SOC et en particulier des personnalités trés connus pour leur compétence et probités et que l'Etat ne soit qu'un participant engage et non le lead de ces assises. Attention le temps nous presse avant que cette question dont notre generation ni celle de MOAZ ne sont responsables mais que nous devrons absolument traitée et bien traitée. Salam