01-12-2014 09:12 - Développement/Matam : Une des grandes oubliées !
Abou Cissé - Située à 75 Km de Kaédi, la ville de Matam en Mauritanie est un cimetière des vivants, une ville morte et sans vie, selon El Hadj, un commerçant qui fait souvent la navette entre cette localité riveraine du fleuve et la Capitale du Gorgol.
En la matière, elles rappellent quelques villes du pays, laissées pour compte du seul fait qu’elles ne sont pas représentées au Sommet de l’Etat. Matam est spécifique.
Ses habitants restent cependant les rares Mauritaniens qui peuvent se permettre d’abandonner leurs chambres et leurs commerces ouverts sans surveillance parce qu’il n’y a pas de voleurs. Rien pour attirer la convoitise et rien à voler.
Les populations de Matam se sentent délaissées et abandonnées par l’Etat Mauritanien, leur ville ne comptant ni morceau de goudron, ni électricité, ni eau potable. Pour boire, faire la cuisine ou laver leurs habits, les femmes puisent l’eau du fleuve, ce qui, selon les habitants les exposent
souvent à des problèmes de santé.
Certains furent obligés de creuser des puits.
Sur la route qui sépare Matam et Kaédi, une procession de villages mais déjà le trajet est un calvaire. A cause des difficultés du voyage, les habitants de Matam utilisent plus le FCFA que l’Ouguiya et commerce plus avec le Sénégal voisin, plus proche et accessible par pirogue.
Comme il n’y a pas de marché à Matam, faute de marchandises, ils achètent tout de l’autre côté du fleuve. Un aller-retour par pirogue qu’ils effectuent chaque jour pour acheter pain, sucre, beurre, mayonnaise, riz, etc. Le prix de la traversée coûte 100 francs Cfa.
Ici, l’Administration Mauritanienne est quasiment absente, avec un policier au bord de la rivière tous les jours et un poste de douane, plusieurs encablures plus loin. Les piroguiers Sénégalais détiennent ici le monopole du transport fluvial. Dès que la nuit tombe, les habitants de Matam vivent dans l’obscurité, regardant avec regret les lampions qui éclairent des villages moins
imposants du côté Sénégalais.
Ils ne disposent pas de pharmacie, pas de centres de santé. Pour se soigner, ils traversent le fleuve. Les nantis à Matam, ce sont ceux qui sont capables de s’acheter des batteries pour auto pour brancher des télés. Même panorama de misère et de dénuement à Soum, le village, distant de 7 Km de Matam. Ici encore, aucune infrastructure pour une vie décente.
Tous ces villages Mauritaniens de la rive gauche dépendent exclusivement du Sénégal pour leur survie. La plupart des jeunes de ces contrées ne connaissent rien de la Mauritanie, beaucoup d’entre ceux parmi eux qui n’ont jamais quittés leur zone ne connaissent pas l’Ouguiya. Ils sont nés et ont grandi avec le Franc CFA, selon El Hadj. La rare fois que les habitants ont vu leur maire, selon El Hadj, c’était pour leur demander de surveiller leurs bêtes pour qu’ils ne ravagent pas les champs de culture avoisinants.
Bien qu’il y ait une école à Matam, El Hadj déclare que la plupart des parents préfèrent envoyer leurs enfants étudier sur l’autre rive, au Sénégal. Un SOS est ainsi lancé par les villages autour de Matam dans l’Empire Islamique des Sables (Mauritanie) pour que les autorités publiques pensent à eux, sinon, ce sont des générations qui risquent de vivre et de mourir sans attaches et sans patrie.
La Mauritanie et le Sénégal ont des choses en commun mieux que les autres pays frontaliers. Matam en Mauritanie, Matam au Sénégal. Mbout en Mauritanie, Mbout au Sénégal. Rosso en Mauritanie, Rosso au Sénégal. En tout état de cause, il est temps que les autorités publiques font un effort pour développer Matam et d’autres villes et villages du pays.
Abou Cissé
