03-12-2014 07:45 - Mauritanie : Nouakchott croule sous les déchets

Mauritanie : Nouakchott croule sous les déchets

Jeune Afrique - Depuis le mois de mai, le ramassage des ordures laisse à désirer à Nouakchott, devenu une véritable décharge à ciel ouvert. Face à ce désastre, des habitants se mobilisent.

La belle carte postale qu'offrait la ville du désert est désormais bien écornée. Depuis plusieurs mois, des tonnes d'ordures pestilentielles s'accumulent sur le bord des routes de la capitale mauritanienne. Les chèvres, futurs repas de leurs propriétaires, s'y ravitaillent.

Les enfants escaladent les détritus en quête d'un peu de fer à revendre aux forgerons. Et des familles entières vivent à côté de ces tas d'immondices. "Chacun amène sa poubelle et la jette dans la rue, déplore Aïcha, qui habite Mendes, en périphérie de Nouakchott. En plus, on craint les maladies... On vit dans un quartier pauvre, mais on veut qu'il soit propre."

Depuis 2007, le ramassage des ordures était assuré par Dragui Transport Mauritanie, une filiale du groupe français Pizzorno. Jusqu'à ce que la société cesse provisoirement ses activités, le 23 mai, lasse, depuis décembre 2013, d'accuser un retard de paiement de près de 5 milliards d'ouguiyas (13,3 millions d'euros) et de réclamer en vain la révision des prix prévue dans le cadre du contrat décennal signé avec les pouvoirs publics.

Le 1er juin, la société tente pourtant de reprendre le travail, mais ses véhicules sont immobilisés. Son matériel ainsi que ses comptes sont saisis par la justice, et son contrat avec l'État est rompu. Aujourd'hui, l'entreprise ne peut plus ni travailler ni payer ce qu'elle doit à ses salariés. "Nous cherchons une solution à l'amiable, confie-t-on chez Pizzorno. Nous demandons le règlement des arriérés afin de régulariser nos paiements aux fournisseurs et les salaires de nos 1 243 employés."

Ensevelie sous la sable


En attendant, la Communauté urbaine de Nouakchott (CUN) a pris le relais. Mais ses employés, qui manquent à la fois de formation et de matériel (caisses de collecte et camions), ont bien du mal à assurer le ramassage des 700 à 800 tonnes d'ordures produites quotidiennement par la capitale. Sans compter que, alors que Pizzorno déchargeait les poubelles dans le Centre d'enfouissement technique situé à 25 km du centre-ville (où elles étaient strictement contrôlées à leur arrivée, puis ensevelies, sous le sable et sur des alvéoles, dans le respect de l'environnement), les employés de la CUN, eux, ne vont pas jusqu'au "PK 25".

Ils nettoient le cœur de la ville, puis stockent les ordures dans les quartiers périphériques. Celles-ci sont alors la plupart du temps incinérées sur place, à côté des habitations, ou enterrées un peu plus loin, dans les dunes. C'est le cas dans le secteur de la prison de Dar Naïm, à l'est de la ville, qui a pris des allures d'immense décharge à ciel ouvert.

Dans les quartiers, on essaie de s'organiser. Au Sebkha, à l'ouest de la capitale, Bouboucar Demba Bilal, 34 ans, a créé l'association Houb El Watan ("J'aime mon pays"). Bien qu'encore non officielle, elle compte déjà 116 membres. "Notre pays nous appartient, à nous, jeunes Mauritaniens. Si le problème n'est pas réglé, on marchera sur les ordures, prévient ce père de quatre enfants. Alors on a décidé de les ramasser tous les vendredis, et on attend que la CUN vienne récupérer les sacs."

Boubacar et ses compagnons s'équipent grâce aux dons des habitants et, à défaut de camions, louent des brouettes à la journée. Leur souhait : mettre en place une "journée Nouakchott propre" : "Chacun aiderait à balayer les ordures, moyennant 20 ouguiyas par kilo ramassé et un sac de riz par tonne de déchets."

Ils envisagent aussi de se rendre à l'intérieur du pays, d'ici à l'année prochaine, afin de sensibiliser les populations. En effet, ces dernières années, beaucoup sont venus du désert pour s'installer à Nouakchott, mais sans intégrer les codes de propreté qu'impose la ville, jetant les ordures ici et là, sans se soucier des voisins. Sauf qu'à ce rythme-là la capitale ne pourra bientôt plus éviter une catastrophe écologique et sanitaire.



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Source : Jeune Afrique
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Commentaires (2)

  • zelimkhan2 (H) 03/12/2014 13:12 X

    Si Ebola dispose d'un avantage, c'est qu'il vous tue tout de suite et l'affaire est classée. Quant aux ordures de Nouakchott, c'est à petit feu. LA puanteur se diffuse, vous prend à la gorge, vous pique le nez, vous tourne la tête, déclenche vos migraines, nausée, toux, pique vos yeux et surtout va se poser comme un culot au fond de vos poumons. Et tous les jours, cela recommence. Quand le PR et son Premier ministre ont un peu de temps, on organise un nettoiement el temps que la dune d'imondices ne se reconstitue. Vous naissez, grandissez et vieillissez dedans. 54 ans d'indépendance, quelles réalisations? Quelles infrastructures publiques d'assainissement? Quels ouvrages? Les bureaux administratifs sont de l'époque de Daddah (Primature), les blocs manivel aussi, l'assemblée nationale, l'hôtel des députés, etc. Nous n'avons pas encore compris que vivre dans un environnement propre et sain, au-delà qu'il soit un droit humain fondamental, est générateur de santé, d'épanouissement, d'attrativité, de développement, etc. La ville taudis, Nktt, est la ville la plus sale du monde. 50 femmes enceintes qui crachent et c'est l'inondation!!! Comme disait M. Ould Mah, ancien Maire de Nktt, retournons sous nos cases et tentes et quand nous aurons envie de vivre en ville comme des humains et prendre notre destin collectif en main, alors on reviendra à noukchott.

  • rimois (H) 03/12/2014 12:03 X

    Apparemment ce qui se passe avec la gestion des ordure de la capital est une catastrophe. Les responsabilités doivent être situés afin de prendre les mesures idoines