30-12-2014 23:15 - Appui à la santé de la mère et de l’enfant au Gorgol : Des indicateurs probants
L'Authentique - Une mission d’évaluation du Projet « Appui à la santé maternelle dans les Wilayas les plus vulnérables », piloté par l’UNFPA sur financement du gouvernement du Japon, s’est rendu du 17 au 19 décembre dernier au Gorgol, puis devra se rendre au Guidimagha, en Assaba et au Hodh Gharbi, jusqu’au 26 décembre. D’une durée de 9 mois et financé à hauteur de 1.500.000 dollars U.S, le projet prend fin le 12 mars 2015.
Vagissements de bébés, piaillements de femmes. Certaines, seins en l’air, tentent d’apaiser la faim de leur nourrisson, au milieu d’une envolée de blouses blanches et l’odeur entêtante du chlore. Tel est le décor uniforme offert par les hôpitaux, les centres ainsi que les points de santé dans la Wilaya du Gorgol.
Du 17 au 19 décembre dernier, la mission d’évaluation du projet d’appui à la santé maternelle pilotée par l’UNFPA et financée par le gouvernement du Japon, aura ainsi parcouru plusieurs kilomètres. Elle a rencontré les autorités administratives et les responsables régionaux de la santé, mais aussi le personnel de terrain et les populations.
Partout, le constat est le même : l’apport des intrants offerts par le projet (kits d’hygiène, kits d’accouchements, moustiquaires, voiles, boubous, vitamine A, multivitamines…) a considérablement amélioré l’afflux des femmes dans les structures de santé. Il a surtout augmenté le nombre d’accouchements assistés et les consultations prénatales. Du coup, le nombre de femmes qui décède en couche a nettement diminué, sinon réduit à zéro.
Le Représentant de l’UNFPA en Mauritanie, Assane Bâ, l’attaché de l’ambassade du Japon à Nouakchott, Hiroaki Yagami, ainsi que le chef du projet, Mohamed Ould Mohamed Abd, chargé de programme à l’UNFPA, ont ainsi pu constater de visu, les avancées mais aussi les contraintes à surpasser.
Des milliers de kits et de boîtes de vitamines, des centaines de voiles, de boubous et quelques 1.500 moustiquaires imprégnés ont ainsi été distribués aux 15 postes de santé touchés par le projet UNFPA/Japon.
Le Dr. Moustapha Ould Mokhtar Saleck, Directeur régional à l’action sociale et sanitaire (DRASS) du Gorgol a loué dans ce cadre l’action des partenaires, tout en mettant en exergue les efforts consentis par l’Etat mauritanien dans l’amélioration du secteur de la santé, notamment dans le domaine des infrastructures, des équipements et des ressources humaines.
Selon lui, les activités de sensibilisation à travers les conférences et les campagnes IEC (information, éducation, communication) ont beaucoup contribué aux changements de comportements.
Il a loué l’apport du projet, soulignant que les moustiquaires, les habits, les kits bébés et les médicaments offerts aux femmes venues pour la consultation ou pour la délivrance, ont beaucoup boosté le taux de fréquentation dans les centres et les postes de santé.
Ainsi entre 2013 et 2014, l’avant et l’après démarrage du projet, les consultations prénatales (CPN) auraient progressé de 18% et les accouchements de 43%. Aussi a-t-il formulé le souhait que le projet puisse se prolonger et s’élargir aux 52 postes de santé que compte la région, sinon à la majorité.
Pour le représentant de l’UNFPA, le projet a atteint ses objectifs, en termes de réduction drastique de la mortalité maternelle grâce à l’augmentation des consultations et des accouchements assistés. II a demandé dans ce cadre un redoublement d’effort, et une plus grande présence des acteurs clés du développement sanitaire sur le terrain.
De son côté, le chef du projet, Mohamed Ould Mohamed Abd a rappelé les deux objectifs poursuivis, renforcer la capacité des centres de santé et inciter les femmes à les fréquenter. Pour le représentant de l’Etat du japon, le projet devait prendre fin en décembre 2014 avant d’obtenir une prolongation de 3 mois. « Le Japon est en train de voir en ce qui concerne la poursuite du projet » a souligné prudemment, Hiraoki Yagami, sur une question qui lui a été posée à ce propos.
Que cela soit au niveau du centre de santé de Touldé à Kaédi, de Djéwol ou de Lexeïba, c’est le même engouement. Des dizaines de femmes, bébés en bandoulières se pressent, devant les structures. La plupart ont déjà bénéficié du programme.
La vingtaine, Ramata Koïta a déjà accouché deux fois au centre de Touldé.
Son nouveau né, âgé d’un mois entre les bras, elle explique, que les aides données aux femmes au moment des consultations et après l’accouchement (habits, kits pour bébés, médicaments et moustiquaires) les ont beaucoup incitées à fréquenter les postes de santé.
Un témoignage repris à la chaîne par toutes les femmes rencontrées mais aussi par le personnel de santé, comme Mamadou Malal Seck, Infirmier d’Etat, chef de centre de Lexeïba ou encore Fatimata Diop, sage-femme au centre de soins de Touldé. « Le matériel de chirurgie, surtout les kits d’accouchement et les kits d’hygiène ont été d’un grand apport pour nous », a-t-elle précisé. Même son de cloche chez Aminata Diallo, sage-femme de Djéwol, « Pour 2014, nous avons enregistré un seul décès » a-t-elle expliqué.
Pour le moment, l’hôpital régional de Kaédi n’offre pas toutes les commodités. Les services sont entassés dans le vieux bâtiment sur les décombres duquel un nouvel hôpital vient d’être construit mais pas encore opérationnel.
L’hôpital souffre aussi d’un manque de sages-femmes en nombre suffisant et a besoin d’urgence d’un gynécologue, selon le Dr.Abba Ould Chmouda, médecin-chef, directeur de l’hôpital de Kaédi. Il a aussi déploré l’absence de banque de sang et de donneurs, y décelant une cause majeur de mortalité maternelle. Pour lui, « c’est impératif, il faut impérativement un gynéco à Kaédi ».
Il faut préciser que pour le moment, l’hôpital de Kaédi loue les services d’un gynéco tunisien payé 4.500 Euros par mois, plus un logement et des indemnités exorbitants. « De quoi faire venir de Nouakchott deux à trois gynéco mauritaniens, lesquels se cramponnent à Nouakchott à cause de la non motivation », fait remarquer un journaliste, membre de la mission de presse qui accompagne la délégation.
Cheikh Aïdara
