16-01-2015 01:00 - Plaidoyer pour une intervention urgente et adéquate face à la détresse des agropasteurs victimes d’une saison de déficit pluviométrique en Mauritanie
ID - Le village de Gory, mitoyen de Djeol, capitale de la commune du même nom, est habité par des populations Sooninko. Dans le domaine de l’élevage, celles-ci se comportent comme les nomades peuls ou maures. Gory, en effet, en est venu, cette année-ci, à déstocker les vaches, veaux pour des raisons liées au déficit pluviométrique.
Les villageois ont tenté vainement d’organiser une campagne de contre-saison de production de fourrage ou de culture de maïs. La raison de cet échec est simple : les populations de Gory redoutent l’envahissement de leurs champs par les nombreux troupeaux en transhumance ou par leurs propres bétails en divagation.
Stratégies de survie
Devant cette situation qui va de mal en pis, Madjigui et sa famille décident, la mort dans l’âme, de déstocker une partie du troupeau, malgré aussi les réticences de leur communauté. Mais, une fois au marché de Kaédi, le bétail destiné à la vente par Madjigui ne trouve pas preneur car les maquignons n’offrent pour une vache et son veau que 40 000 UM, alors que deux mois en arrière, une seule vache était vendue entre 100 et 120.000 UM. Alors, Madjigui retournera-t-il au village avec son troupeau ?
Assurément, non : à Gory, le fourrage se fait rare et le convoiement à l’aller comme au retour occasionne pour les éleveurs des frais supplémentaires en ces temps de raréfaction des ressources financières, tout comme du reste le séjour prolongé à Kaédi même. C’est pourquoi les bêtes perdent facilement leur poids et leur embonpoint.
Elles ne sont pas seules à vivre ce calvaire, les populations de Gory. Le phénomène a gagné, en effet, les autres villages du Brakna et du Gorgol qui se ruent vers Kaédi, devenue ainsi la capitale du déstockage.
Heureusement, devant l’afflux de bovins venus de toutes ces contrées occasionnant la chute des prix, une nouvelle piste se dessine pour Madjigui et ses camarades d’infortune : la destination Nouakchott. Malgré la cherté du transport par tête de bovin (3.000 UM), les villageois se ruent tête baissée sur ce nouveau débouché.
Hélas pour nos « apprentis-déstockeurs », la réalité de Nouakchott n’est pas des meilleures. Ici, les affaires sont la chasse gardée d’hommes d’expériences, qualités et compétences que les paysans fraichement débarqués n’ont forcément pas.
En effet, à Nouakchott, les animaux sont vendus à crédit à des courtiers et les paiements sont échelonnés par tranches, donc il n’y a pas de perspective de vente comptant ; ce qui constitue un motif de découragement supplémentaire pour Madjigui et son groupe. A leur espoir déçu s’ajoute l’éloignement de leurs troupeaux restés au village et privés de leurs soins attentifs au quotidien.
Par ailleurs, nous savons tous que les paysans vivent de lait, cette denrée rare et indispensable qui améliore leur situation alimentaire et nutritionnelle, ainsi que celle de leurs enfants. Ils ont gardé une partie des animaux au village parce qu’ils estiment être en mesure de les nourrir correctement, alors que devant la situation de crise alimentaire, ce sera plutôt une concurrence rude entre animaux et êtres humains pour la priorité en matière d’accès à la nourriture quotidienne. Aussi, faute de fourrage pour nourrir leurs animaux, les agropasteurs s’exposent à des risques de migration ou d’exode rural.
Propositions d’actions de réductions des risques de catastrophes
Consciente des graves retombées de ce phénomène qui prend de l’ampleur et qui accroit la pauvreté des populations déjà vulnérables, l’ONG ID s’associe à la campagne de plaidoyer auprès de la communauté nationale pour que de bonnes volontés viennent en aide à ces populations qui font face à la crise nutritionnelle et alimentaire.
Ne s’arrêtant pas en si bon chemin, l’ONG ID exhorte les autorités locales et nationales à appuyer l’accès de ces populations à l’eau, aux semences pour le maraichage et pour la production contre-saison, aux intrants agricoles, mais également à faciliter la recherche et l’identification de solutions alternatives au déstockage.
Le plaidoyer de l’ONG ID touche aussi à l’extension du mécanisme du cash transfert comme moyen d’appui aux populations démunies et qui est déjà en vigueur dans le pays. En fait, ID propose de coupler au cash transfert un autre un Mécanisme Local d’achat des troupeaux destinés Déstockage (MLD). Ce mécanisme consistera à acheter tous les animaux et à les abattre localement. La viande issue de cet abattage sera redistribuée aux villageois pour soutenir les efforts des paysans/éleveurs et le restant sera boucané, enrichi de céréales et transformé par des techniques appropriées en aliments pour les enfants et leurs familles.
Le Mécanisme Local de Destockage (MLD) aura ainsi plusieurs effets positifs, tels que :
i. La mobilisation de ressources localement pour les éleveurs et paysans
ii. La disponibilité d’une alimentation riche pour soutenir des efforts de résiliences des communautés
iii. Le renforcement des compétences locales de transformation des sous-produits de l’élevage (pierre à lécher avec les os, cuirs et peaux pour artisans locaux, petites et moyennes industries, commerce triangulaires, etc.)
Précisons que dans le schéma de l’ONG ID, le Mécanisme Local de Destockage sera accompagné d’un plan de communication et de promotion des Pratiques Familiales Essentielles (PFE) et des aliments locaux en particulier.
Les activités de promotion des pratiques familiales locales et de micronutriments (allaitement maternel exclusif, lavage des mains au savon, dormir sous des moustiquaires imprégnées, nutrition du jeune enfant, promotion du sel iodé, etc.) seront vulgarisées à travers les coopératives féminines. L’objectif est d’amener les jeunes et les femmes à se constituer en comités pour prévenir les cas de malnutrition par la production locale de plats à partir d’ingrédients fabriqués à partir des sous-produits de l’agriculture et de l’élevage.
Tout le monde sait, en effet, l’importance de la prévention au moment où la maladie Ebola sévit en Afrique de l’Ouest. La consommation d’une viande contrôlée et l’adoption de bons comportements d’hygiène sont plus qu’indispensables.
Un programme de vulgarisation de nouvelles techniques d’élevage intensif. Les paysans ont tendance à développer un élevage extensif alors que les conditions climatiques, économiques et sociales ne s’y adaptent plus.
De la diversification alimentaire : de nombreuses familles du milieu rural ne changent pas d’habitudes alimentaires. Si elles venaient à le faire, ce serait au détriment d’une saine alimentation. Les pâtes alimentaires prennent le pas par rapport aux plats locaux riches en fer (Dere[1], Maafe , autres plats locaux)
Des créneaux porteurs pour les jeunes et les femmes : il s’agira de doter les femmes de compétences techniques et professionnelles en vue de développer pour elles des activités créatrices de richesses. Quant aux jeunes et adolescents, l’enjeu premier consistera à les former dans une perspective d’insertion professionnelle. La formation professionnelle des jeunes déscolarisés se fera sur les techniques de productions locales (y compris la maitrise des techniques photovoltaïques).
De rendre nos terroirs vivables et compétitifs : C’est attirer les populations vers les contrées jadis hostiles. Il s’agira de leur permettre de vivre décemment.
Tout ce programme sera sous-tendu par des activités de communication de masse à travers les radios locales, des activités théâtrales et la musique. Des jeux radiophoniques de grandes audiences seront organisés ainsi que des démonstrations foraines pour promouvoir les activités de prévention des catastrophes naturelles et de résilience aux changements climatiques.
L’ONG ID envisage également à créer autour de ses programmes une vaste mobilisation sociale et un engouement pour permettre aux populations rurales de vivre en toute dignité dans un espace qui est favorable à leur développement.
Pour ce faire, l’ONG ID compte sur la solidarité et l’engagement des pouvoirs publics, de la communauté internationale, de la société civile et, surtout, sur la conscientisation des communautés pour relever le défi des catastrophes naturelles en Mauritanie.
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[1] Plats à base de feuilles de plantes et de productions locales
Nouakchott, le 10 janvier 2015
ONG Initiatives pour le Développement (ID)
ideveloppement@yahoo.fr
www.ideveloppement.mr
Siege SOCOGIM PS 130 Nouakchott
