07-02-2015 07:00 - Pêche : un pari gagné, d’autre dans la ligne de mire
Sidi El Moctar Ahmed Taleb - Le Ministère des pêches et de l’Economie Maritime vient d’organiser hier un atelier pour présenter aux partenaires techniques et financiers de la Mauritanie et aux professionnels du secteur des pêches un projet de « Stratégie de développement du secteur de la pêche 2015-2019 ».
A cette dernière étape du processus de validation technique de ladite stratégie, étaient également présents, outre des membres du Gouvernement, le Directeur de la Banque Centrale de Mauritanie, le Président de l’Autorité de la Zone Franche de Nouadhibou (AZFN), des parlementaires, des experts et de nombreuses organisations de la société civile opérant dans le secteur des pêches.
Les parties du document restitué devant normalement attirer l’attention des participants, seraient la vision et les principes qui énoncent les nouvelles orientations distinguant la présente stratégie par rapport à toutes les politiques suivies par le gouvernement depuis 1979.
Si la préservation à long terme des ressources halieutiques et une intégration effective des activités de ce secteur dans l’économie maritime sont restés les grands objectifs, les nouveautés, énoncées dans la vision et les principes, sont explicitées dans les objectifs spécifiques et les axes stratégiques autour desquels s’articule le nouveau document. Dans le plan d’action quinquennal accompagnant la stratégie, les actions à réaliser et les voies et moyens de mise en œuvre répondent à la même logique novatrice.
Partie intégrante de la nouvelle stratégie sectorielle, un cadre d’investissement tente une évaluation des moyens financiers nécessaires pour la mise en œuvre du plan d’action (stratégie) ainsi qu’une définition d’un ensemble de projets structurants couvrant des domaines considérés prioritaires. Ces projets traduisent ou concrétisent la contribution de l’Etat, de par ses missions et fonctions régaliennes, dans la promotion du secteur des pêches.
Ce cadre d’investissement, montre, par ailleurs, aussi bien l’importance des ressources humaines dans l’exercice de mise en œuvre de la stratégie que la nécessité d’avoir, au bout de 5 ans, un bilan à l’aune de l’ambition du Programme électoral de 2014 du Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz.
D’autre part, tout participant à cette manifestation, remarquerait que la conception de cette stratégie se fonde sur une remise en cause de la nature des rapports ayant existé entre le Ministère chargé des pêches durant la période d’avant et d’après le choix par la Mauritanie du libéralisme et le désengagement de l’Etat des moyens de production. L’échec dans l’émergence de véritables industries de pêche par une génération de professionnels qui a bénéficié, pendent plus de 35 ans, de toutes sortes de facilités de la part de l’Etat, serait à l’origine de l’actuelle révolte contre la politique consistant à pêcher un produit en mer et à le vendre à l’état brut.
Monsieur Nani Ould Chrougha, Ministre des Pêches et de l’Economie Maritime, a en effet laissé entendre, dans son intervention à l’ouverture de cette rencontre multipartite, qu’on s’achemine désormais vers d’un côté, une séparation nette des rôles de l’Etat et de la profession et de l’autre, une promotion du caractère complémentaire de l’action de ces deux principaux acteurs dans le processus de développement du pays.
Dans le cadre de son rôle à ce sujet, l’Etat fera les lois pour fixer les règles de jeu et se chargera de la construction des infrastructures publiques conformément aux orientations et objectifs de la nouvelle stratégie sectorielle pêche.
A cet égard, il sera procédé à une refonte de l’arsenal juridique pêche pour y intégrer les fondements de la vision et des principes qui ont guidé la conception de la stratégie et la définition de son contenu.
Le fondement premier consistera à réaffirmer le caractère de propriété commune de la ressource et l’obligation de l’Etat de la gérer durablement dans l’intérêt de la collectivité nationale. Au même niveau d’importance, se situeront la transparence, l’équité et la non discrimination dans l’accès aux ressources et dans la répartition des résultats de la gestion de ce patrimoine commun aux générations présentes et futures.
Un autre fondement, en constitue le système de quotas (QI). Celui-ci sera institutionnalisé pour mettre ainsi fin à la gestion basée sur les capacités de pêche et la licence par espèce ou groupe d’espèces. Ce nouveau système de gestion, sera repensé pour l’adapter au contexte particulier de notre pays et le rendre compatible avec à la fois les deux grands objectifs globaux de la stratégie, les objectifs spécifiques et enfin, les actions et projets prioritaires préconisés. Le contrôle des captures, de l’aval jusqu’en amont, et le cahier de charges qui accompagnera l’attribution des quotas, représenteront de vais enjeux dans ce domaine.
Dans cet exercice, la préservation de l’environnement marin, la diversification des ressources, la valorisation locale des captures, la commercialisation et la compétitivité des produits, mériteront d’avoir, s’ils ne l’ont pas déjà , le statut de fondements.
A rappeler que la refonte de l’actuel arsenal juridique, devra aussi viser tous les aspects relatifs à la gouvernance et servir d’autres petites réformes dont dépendra l’atteinte des objectifs fixés. Peut-on en citer les quelques exemples suivants :
- Les rapports entre le Ministère chargé des pêches avec ceux chargés respectivement de la ZFN, de l’environnement, du transport maritime ;
- Les modes ou régimes d’accès à la ressource ;
- Les critères de partage de la ressource entre les usagers prenant en compte le court, le moyen et le long terme ;
- Les concepts de "pêche artisanale", "pêche côtière" et "pêche industrielle" ;
- L’institutionnalisation du caractère formel de l’activité de la pêche artisanale et côtière. Ainsi, on pourra lui retirer le statut de sous-secteur prioritaire en faveur de la pêche continentale et de l’aquaculture ;
- Les produits traités, élaborés, transformés, etc.
- La création d’un corps d’inspecteur pour suivre les chantiers traditionnels et modernes de construction des navires de pêche ;
- La question du contrôle et visite technique des navires autorisés dans la ZEEM ;
- Etc.
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En somme, toutes les réformes envisagées visent (i) à faire davantage de la pêche un secteur de croissance, (ii) à garantir la répartition équitable des résultats de cette croissance, (iii) à promouvoir un privé spécialisé dans la pêche, compétitif et capable de contribuer plus efficacement au développement du pays et enfin, (iii) à orienter durablement une partie de la production en poisson vers le marché intérieur afin de mettre en exergue la contribution directe de ce secteur dans le domaine de la sécurité alimentaire.
Par ailleurs, reconnaissons quand même à Monsieur Nani Ould Chrougha, Ministre des Pêches et de l’Econome Maritime, d’avoir gagné le pari de doter son département d’une stratégie en un temps record (6 mois). Un autre mérite est que Son Excellence a évité à cette stratégie d’être subie en impliquant, à tous les maillons de la chaîne de sa préparation, des experts nationaux et des cadres compétents de son département.
Reconnaissons aussi que d’autres défis urgents sont dans la ligne de mire, tels qu’un organigramme répondant aux exigences de la nouvelle stratégie, le redéploiement des ressources humaines disponibles et la réorganisation des établissements sous tutelle.
Dr Sidi El Moctar Ahmed Taleb
