06-04-2015 07:45 - La Loupe du Rénovateur : Nouakchott entre modernisation urbaine et bradage des domaines publics

La Loupe du Rénovateur : Nouakchott entre modernisation  urbaine  et bradage des domaines publics

Le Rénovateur Quotidien - Nouakchott n’est plus cette petite bourgade des années 70 qu’on pouvait parcourir en quelques pas sans grands efforts. La cité a grandi à un rythme soutenu.

Avec ses multitudes d’architectures qui poussent comme des champignons témoignant d’une évolution urbaine à grande échelle. Cette mutation accélérée de la capitale mauritanienne a pris son envol à la fin des années 80. Avec une politique d’attribution anarchique de l’espace avec ses occupations illégales appelées Gazras.

Le domaine public a été ainsi livré à la merci de toutes sortes d’usages qui violent les normes en foulant du pied l’autorité administrative qui a joué un rôle négatif dans le développement de telles pratiques.

Tout le monde est entré dans cette frénésie pour ne pas rater la course. Assurément ce sont les plus forts qui finissent toujours par remporter la victoire au grand dam de la maitrise d’un plan d’urbanisation rationnel à même de placer la capitale dans une maquette aux standards.

Le centre –ville, point névralgique et ligne de mire de nos réalisations urbaines n’a pas échappé à cet instinct de prédation des domaines publics. La plupart des logements de l’Etat des premières années de l’indépendance ont , soit, été attribuées gratuitement ou rachetés à des prix symboliques au point que l’Etat s’est retrouvé sans endroits suffisants pour construire des bâtiments administratifs, des hôpitaux dans des lieux stratégiques etc.

Cette destruction patrimoniale des espaces publics a ouvert la voie à toutes sortes de transactions foncières au profit d’hommes d’affaires qui se sont taillé la part belle de ce partage éhonté des symboles de notre souveraineté nationale. Rien n’aura échappé à cette guerre engagée contre ce qui devrait résister à la liquidation des endroits censés être protégés par l’Etat. Quand on détruit les premières images d’accession à l’indépendance, on fait table rase sur la mémoire d’une nation.

Que retiendront les générations présentes et futures de ce que fut Nouakchott il ya quelques années sur le plan du symbole si on se livre à de telles pratiques sordides. Il faut certes moderniser la capitale, lui donner l’image qui sied à une cité digne de renom. Mais il faut éviter de vendre aux enchères les moindres périmètres qui constituent le poumon respiratoire d’une ville. En agissant de la sorte nous avons condamné Nouakchott à baigner dans la pollution des embouteillages à cause de l’exigüité des routes où il n’est plus aisé de tracer des voies dégagées, où les lieux réservés aux jardins publics tombent un après l’autre.

L’espace où loge le village de la biodiversité est menacé de soustraction à d’autres fins. Nous semblons ignorer l’entretien de l’environnement urbain en focalisant les efforts sur le béton que sur les potagers. Aujourd’hui les nouvelles autorités du pays sont résolument engagées à façonner l’image de la ville en multipliant les appels aux ventes des domaines publics sans tenir compte de la géométrie urbaine qui mérite d’être adaptée aux évolutions environnementales et démographiques.

CTD



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