10-04-2015 21:45 - Illicite à partir d’aujourd’hui !
L'Authentique - « L’esclavage est considéré comme illicite à partir d’aujourd’hui ». Cette déclaration- Fetwa qui date du 31 mars dernier, émane de l’Association des Ulémas de Mauritanie qui cite à l’occasion, la Fatwa émise en 1981 et sur laquelle fut fondée la décision des autorités mauritaniennes de l’époque d’abolir l’esclavage.
Une fois encore, les pouvoirs publics tergiversent devant la lancinante question de l’esclavage dans le pays. Acculé par les partenaires étrangers et les bailleurs de fonds partenaires, le gouvernement a fini par réagir, par personnes interposées.
Cette nouvelle disposition, même si elle a le mérite de lever un coin du voile de la question de l’esclavage en Mauritanie, porte en elle les germes de la reconnaissance officielle des pratiques esclavagistes dans le pays.
Considérer que l’esclavage est "devenu illicite à partir d’aujourd’hui " est une insulte à la dignité et à l’intelligence des hommes. N’empêche, mais alors pourquoi n’applique-t-on pas cette loi immédiatement quand on sait que s’étalant sur la question, un animateur d’émission de Radio Mauritanie est longuement revenu sur la vente des esclaves.
Comme pour délecter de l’insulte qu’ils proféraient contre la société et les vraies valeurs de la religion qu’ils sont censés encenser, cet animateur et son hôte, n’y sont pas partis du dos de la cuillère.
Ils ont entretenu les auditeurs sur les modes d’acquisition des esclaves en Islam, faisant fi des "orientations" politiques du moment et rappelant aux Mauritaniens que dans leur pays, la version religieuse des plus forts, des esclavagistes et des racistes est la seule qui vaille.
Que l’Etat dise par la bouche des hauts responsables que l’esclavage n’existe plus et qu’il n’en demeurait que "des séquelles", qu’une loi qui punit l’apologie même de l’esclavage soit en vigueur, cela ne change en rien l’obstination des maîtres esclavagistes que couve une institution religieuse rétrograde, pourrie et limitée.
Il y a quelques temps, Radio Mauritanie avait publié en boucle l’intervention d’un autre érudit qui assurait la promotion de l’esclavage. R.A.S. Le pendant religieux du Système impose ses vues qui sont plus fortes que les "orientations" de tous les chefs qui ménagent et l’institution religieuse et les fils des grandes familles esclavagistes qui font l’ordre communicationnel officiel du pays. C’est une évidence.
On se rappelle que presque au même moment, des militants des droits de l’homme avaient dénoncé publiquement, la main basse qu’un ancien Maire voulait mettre sur l’héritage d’un ancien haut fonctionnaire de souche haratine décédé sans laisser d’enfants.
Sa famille qui devait légitimement prétendre à son héritage avait vu surgir le maire qui prétendait que le défunt était un esclave pour sa famille ; par conséquent il demandait l’inventaire des biens du disparu. Au nom de quelle justice ? Au nom d’une pratique devenue courante… Une loi interdisant l’esclavage n’existe-t-elle pas donc aux yeux des tribunaux et leurs auxiliaires ?
Alors, à quoi sert-il décider de circulaires, de voter des lois, de publier des fetwas ? La pratique esclavagiste, voire l’esclavage sous sa forme la plus abjecte, sévit bel et bien en Mauritanie.
Et ce n’est ni une loi et encore moins une fetwa qui vont mettre un terme à cette situation… Le remède est ailleurs… En tout état de cause, si des esclavagistes continuent à défier, en toute impunité, l’ordre social et menacent ouvertement, sans que personne ne lève le petit doigt, la paix et la cohésion sociale par des propos et des actes de provocation humiliants et dédaigneux, il reviendra aux esclaves et à tous ceux qui se sentent blessés dans leur honneur et leur dignité d’agir.
Les citoyens épris de paix ne doivent pas laisser faire, les défenseurs des droits de l’homme et les représentants de la société civile, également.
Amar Ould BéjÃ
