14-04-2015 11:11 - Soninké : la féodalité freine l'ascension des descendants d'esclaves

Soninké : la féodalité freine l'ascension des descendants d'esclaves

Dune Voices - Connues et surtout médiatisées en milieu maure, les séquelles de l’esclavage ont tout le temps existé dans les diverses communautés mauritaniennes (Maure, Hal poular, Soninké, Wolof). En milieu Soninké, elles sont masquées, voire déguisées. Les ambitions des descendants d'esclaves font face à une résistance de la chefferie traditionnelle, religieuse, souvent en connivence avec les élus politiques, véritables leviers de la féodalité.

Devenir un élu politique, imam ou chef de village semble poser problème pour un descendant d'esclave dans la communauté soninké. Certes, l'esclavage au sens propre du terme n'existe plus dans la communauté. Mais, ses séquelles empoisonnent les ambitions des descendants d'esclaves.

Des familles soninkés sont privées d’accéder à des rangs politiques et sociétaux, à cause de leur origine. Leurs noms auraient une connotation d'ascendance servile. Même si la règle n'est pas toujours établie. C’est le cas de «Sanokho», «Bakhayoko», «Sakhanokho», «Coulibaly», «Traoré», «Camara », «Diarra», «Sidibé», «Keita». Ces noms sont parfois considérés comme soit «nobles» soit « esclaves » au Guidimakha, Djeol ou Kaédi alors qu’ils sont de véritables « nobles » au Mali.

Nourou Ibrahima Sanokho, président de la Ligue Mauritanienne des Sans Voix (LMSV) est victime directement de cette féodalité. Il est membre fondateur du parti au pouvoir. Il est par ailleurs membre de sa section de Sebkha (Nouakchott). Mais, son origine de descendant d'esclave bloquerait ses ambitions politiques. Il n'arrive pas à accéder à un poste important dans le parti au niveau de sa région. «Il y a une main cachée, un lobbying interne avec la complicité de l'Etat. Avant l'indépendance, la classe était donnée aux nobles. Ce privilège continue toujours à peser dans tout son ensemble » affirme le président du LMSV. « Nous faisons 70% de ces gens-là comme entre les Beïdanes et les Harratines. Ceci n'a jamais été pris en compte!» dit-il.

Samba Coulibaly, transporteur, est victime aussi de son ascendance d’esclave. Il était amoureux d’une fille noble du nom de M. D., dans la région de Sélibaby. Ils sont sortis ensemble en cachette pendant un an environ. Mais un jour, M.D. est mariée à son cousin par ses parents. Samba restera abattu pendant des jours avant de se remettre. Depuis lors le transporteur maudit cette féodalité qui gangrène sa société. « Toutes les personnes sont égales. Il n’y a pas de supériorité, ni d’infériorité » martèle-t-il. « C’est anormal qu’on considère les descendants des esclaves comme des animaux » ajoutera-t-il.

Aboli en 1981, l'esclavage est resté une pratique vivace en Mauritanie. Pour y mettre un terme, une loi criminalisant les pratiques esclavagistes est promulguée le 13 décembre 2007. En 2013, la loi mauritanienne requalifie de «crime contre l’humanité» toute pratique esclavagiste.

« La société soninké est plus conservatrice que toute autre société »

Ladji Traore, Secrétaire Général de l'Alliance Populaire Progressiste (APP) et conseiller de l'Association pour l'Eradication de l'Esclavage en Milieu Soninké (l'AMES), estime que « la structuration de la société beïdane est un peu calquée sur la communauté soninké parce que, dans aucun pays arabe vous ne trouverez cette stratification sociale».

Selon lui, il n’y a depuis 1961 qu'un seul député soninké issu des milieux des anciens esclaves. Il portait le nom de Coulibaly. Sa fille est actuellement sénatrice du parti Tawassoul pour Nouakchott. Elle serait la seule sénatrice soninké de nom à connotation d'origine esclave.

Le conseiller lance : « Il faut bannir de notre pays ce système abject, cette conception arriérée qui fait honte à tout le peuple mauritanien. La société soninké est plus conservatrice que toute autre société » constate-t-il.

«Les anciennes familles esclavagistes ou chefferie sont propriétaires de la plupart des terres dans et autour des localités. Un descendant d'esclave en milieu soninké ne peut pas aujourd'hui avoir de terres qui sont généralement accaparées par les anciennes familles féodales» estime Balla Touré, chargé des relations extérieures de l'Initiative de la Résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA), membre du mouvement FLERE-Mauritanie (Mouvement de lutte contre l'esclavage, le racisme et la discrimination dans toutes les communautés composantes de la Mauritanie). Touré pense que «dans la République, il ne devrait pas y avoir une place à la discrimination, la ségrégation et à la féodalité».

« L'imamat est une question de compétences. »

Pour Abdoulaye Sarr dit Imam Sarr, Secrétaire Général de l'Association Main dans la Main, «Il n’y a aucun texte coranique qui incite, encourage ou recommande aux gens d'avoir des esclaves. Là où on cite l'esclavage dans les textes coraniques, on met à côté les moyens de l'éradiquer».

Selon l'imam, « il est inconcevable que des musulmans veuillent s'agripper à la question d'esclavage». Il poursuit: "La majorité des imams de la deuxième génération, après le prophète (PSL), sont des ex-esclaves. Dans toutes les cités islamiques, c'étaient eux les Imams. Navae, est issu d’une famille d’anciens esclaves. C’est à lui que l'on doit la version courante en Mauritanie du Coran. Bilal, qui était esclave affranchi à l’âge de 25 ans, était nommé gouverneur. A l’époque l’imam est plus important que tout, sauf le calife".

Selon Imam Sarr, si on relit les textes de l’islam, on se rendrait compte que tout ça, « c'est nous qui l'avons forgé et on s'agrippe sur ça pour des intérêts non avoués. L'imamat est une question de compétences. Elle est dévolue à celui qui connait mieux le Coran parmi nous » précise-t-il.

« En milieu soninké, on n’imagine pas à avoir une Mahadara (école coranique) tenue par un descendant d'esclaves. Il y a de grands intellectuels musulmans d'origine esclave qui font le déplacement entre les villes pour prêcher l'islam et parfois un islam rigoriste, un islam extrémiste. Mais, chez eux, ils n'ont pas le droit de diriger une prière dans une mosquée, ni celui d'avoir une Mahadara » affirme le Conseiller Traoré.

« Les pratiques esclavagistes sont en train de cancériser la société»

De son côté, le professeur Sow Samba, sociologue, anthropologue et philosophe, estime que si on veut parler des pratiques esclavagistes à un public non initié, il y a des clés qui permettent de décoder la société esclavagiste et ses manifestations. « Il faut commencer par la stratification sociale » invite-t-il.

Selon lui, nous sommes dans une société – celle des Soninkés - où le rang social de l'individu, ses prestiges, sa position au sein de la société, son métier est déterminé par la naissance. Il s'agit d'une hiérarchie traditionnelle dans laquelle on retrouve trois catégories de statuts sociaux : Horrés (les nobles), Niakhamalas (les artisans) et Komous (les esclaves). «On est dans des sociétés féodalo-esclavagistes où l'esclave porte l'empreinte de sa naissance, de sa vie jusqu'à sa mort, qui n'a rien à voir avec la condition sociale » constate-t-il. «De par sa naissance, l'individu est déjà archivé » estime-t-il l’anthropologue.

Le professeur Sow remarque que « les leviers des charges sont entre les mains des familles aristocratiques». Il rappelle que «comme il n’y avait pas de démocratisation au niveau de l'école, la question ne se posait pas. Dans les années 60, le gouvernement de la Mauritanie comptait beaucoup de gens originaires de Boutilimit et quelques éléments de Kaédi, parce que ce sont les premiers à être allés à l'école coloniale. Mais aujourd'hui, en 2015, combien de fils d'esclaves enseignent à l'Université ou sont cadres dans l'Armée ou la police ?» s’interroge-t-il. Il ajoute : « dès qu'il s'agit de fonctions sacrées ou de prestige, telles que l'Armée, le gouvernorat, diriger une prière ou être ministre, on dit qu'ils ne sont pas nés pour gouverner ou pour diriger la prière!» précise-t-il.

Selon lui, «c'est une entorse à l'éthique, c'est une entorse à la démocratie et une violation flagrante des droits de l'homme. Les pratiques esclavagistes sont en train de cancériser la société mauritanienne» conclut M. Sow.



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Commentaires (13)

  • ikslebart (H) 15/04/2015 16:43 X

    Je publie ici une partie de texte lu sur google. Origine[modifier | modifier le code] Pour certains historiens, la création des castes au Mali a lieu sous le règne de Soundiata Keita, au XIIIe siècle, dans l'optique de structurer la société de l'empire, et de définir les rôles devant être joué par les uns et les autres pour la bonne marche des affaires de l'empire1. En fait avant même la création des castes, il existait déjà une structuration de fait de la société et un certain niveau de partage des responsabilités. Selon la tradition, la société, sous l'empire, est divisée en 30 clans ou familles. Ces derniers sont, à leur tour, subdivisés en 5 groupes : Les Massalen ( les nobles), Tontadjon ( les chasseurs), les mori ( les Marabouts), les Nyamakalan ( les griots, forgerons, cordonniers, bûcherons ... appelés aussi "gens de caste"), les djons (les serviteurs )2. Les Horon : Les Massalen ( les nobles), Les Mori, Les Tontadjon[modifier | modifier le code] Ces trois castes sont appelées Horon par opposition aux castes des Nyamakalan. Exemples de Nom de Famille : Traore, Keita, Diarra, Sanogo, Ba, Sy, Diallo, Diakité, Sidibé, Sangaré, Koné, Bereté, Tall, Touré, Cissé, Sissoko, etc. Les Nyamakalan[modifier | modifier le code] Les griots (ou djeli) jouent un rôle important dans la société malienne. Lors des baptêmes, mariages, et autres évènements festifs, ils sont toujours les premiers invités notamment pour chanter ou dire les louanges de telles ou telles familles. Les djeli sont aussi considérés comme les gardiens de la mémoire collective depuis des siècles. Les patronymes les plus fréquents chez les djeli sont : Diabaté, Sissoko (ou Cissoko, que l'on peut trouver chez les nobles aussi), Kouyaté, Koita, Tounkara etc... Les forgerons (ou noumou en Bambara), d'après certaines légendes, descendraient Noum Fayiri, qui a percé les secrets des forges et les a transmis à ses descendants. Certains les relient au Roi-Forgeron Soumaoro Kanté et à son royaume de Sosso. Les patronymes les plus fréquents chez les forgerons sont : Ballo, Kanté, Doumbia, Fané, Bagayoko etc... Les Garankés sont, à l'origine, des maroquiniers, bottiers, cordonniers. Les Simaga, Saké sont des Garanké. Relations entre les castes[modifier | modifier le code] Comme indiqué plus haut, chaque caste a ses propres fonctions à l'origine. Les différences entre castes tendent à s'estomper, tout particulièrement au niveau des métiers exercés. Toutefois, il est très mal vu pour un « horon » (noble) de devenir chanteur, métier réservé aux djeli. Par ailleurs les mariages entre horon et nyamakalan sont très rares et peu acceptés. Références[modifier | modifier le code] ↑ http://www.sedosmission.org/site/index.php?option=com_docman&task=doc_view&gid=1713&Itemid=59&lang=en [archive] ↑ http://www.afric-impact.org/AI/PDF/fiches_educatives/fiches_thematiques/02589.pdf [archive]

  • leguignolm (H) 15/04/2015 11:37 X

    Fidelis, tu sais le mot ridicule, tu es ridicule sincèrement parlant !

  • ikslebart (H) 15/04/2015 10:02 X

    J'ai fais une recherche sur GOOGLE. j'apprends autres choses. Cette hierarchie s'est installée certainement en Mauritanie: les prmières familles arrivées se sont accaprées des terres et se disent Chefs de village et donc nobles. sinon qu'elles étaient leurs royaumes il y a Dix siécles. en RIM tout le monde a tenté de refaire l'histoire.

  • a.bennan (H) 14/04/2015 16:17 X

    Balivernes! L'histoire est efficace.Elle a evaluee et remis chacun a sa place.Le reste n'est que complexes et meprise de l'autre.

  • mbaroodiladde (H) 14/04/2015 15:50 X

    WAKHTY tu n'as pas le droit de te connecter car tu devrais aller garder des chameaux ou des chevres: en tous cas t'es pas vraiment un instruit à ce qu'il semblerait: ceux que tu viens de citer qu'as tu plus qu'eux? Et auel est le degré de ta noblesse (50% ou 100%? voila le genre de personne qui empechent le pays d'avancer des féodaux !

  • WALAFENDO (H) 14/04/2015 14:47 X

    Sans trop être spécialiste en la matière. Je pense que la société Soninke comme la polaar, soufrent plutôt du système de caste qui est aussi pénible que celui de l'esclavage.

  • zelimkhan (H) 14/04/2015 13:10 X

    Insolite ! Il y a quelques semaines, je surprenais deux individus de la communauté Soninké se disputant et l’un de traiter son congénère d’esclave. La réponse du second fut : « oui je suis esclave mais d’un noble ! et toi, esclave de griot» C’est dire que la stratification de la société Soninké est plus complexe qu’il n’y parait et la véritable révolution serait que le désigné « esclave » commence par se démettre de cette acceptation quasi implicite ancrée au plus profond de son identité.

  • gueulard (H) 14/04/2015 13:02 X

    Tout ça manque de sérieux. Ce monsieur nous sort trois pauvres exemples pour essayer de persuader les lecteurs de cridem de ce qui n ' existe pas. Admettons que sakhanokho soit militant politique historique de l ' Upr rien n ' indique ses mérites. Et Coulibaly oui il se pourrait que la fille l ' a aimé un temps mais qu elle l ' a aussi rejeté par La suite. Quant aux statistiques sur les élus la aussi ça tombe mal parce que comme pretendument noble au Senat il nya que oumar soumaré.

  • wakhty (H) 14/04/2015 12:38 X

    ce qui est marrant en Mauritanie , se sont des ancêtre des forgerons , des ancêtre des griots et des cordonniers qui se disent ici noble comme si le monde va à l'envers dans ce pays . (***) eux ce qui les intéresse c'est comment nous dominer et ils semble trouver la solution à la question par ce système . si non faite un pas hors de la Mauritani et dite à un enfant du Wassoulou Peul jusqu’à la moelle des os que c'est 'un esclave , et tu sera un homme mort . nous savons nos origines . s'est avec la complicité du pouvoir ségrégationniste , si non on va se mettre les point sur les I entre nous car on se connait suffisamment.

  • alex13 (H) 14/04/2015 11:56 X

    Toujours dans la lacheté et le dénigrement pour essayer de percer. rien d'objectif sur cet article, tiens si Nourou Ibrahima Sanokho,n'arrive pas à percer dans le parti qu'il a lui même contribué a créer c'est la faute des Soninké alors que ce parti est dirigé de main de maitre par celui qui ne se nomme plus?

  • gongiyanké (H) 14/04/2015 11:49 X

    Mr Sow, au lieu d’indexer les pauvres soninkés, je vous invite à jeter un coup d’œil chez nos freres Arabo-berberes qui continuent de pratiquer ce phénomène moyenâgeux. Chez les négros mauritaniens l'esclavage n'existe pas et en plus l’État. mauritanien a créé un indigénat noir qui s'est transformé au fil des temps en esclaves économiques, nous sommes tous des esclaves devant ce systeme car nous sommes économiquement, socialement , militairement, administrativement dominés dans cette Mauritanie infectée par le racisme et l'exclusion.

  • rororo (H) 14/04/2015 11:48 X

    c'est abject et honteux, insupportable que des africains,ne respectent pas leurs frère de sang et de religion. juste pour rappel les premiers esclaves étaient blanc: du nom des slaves d'ou il prend origine. nous vivons des des sociétés inhumaine, limite cannibale§

  • fidelis (H) 14/04/2015 11:30 X

    Il est temps de nous mobiliser pour combattre l'esclavage en milieu soninké. Les feodeaux issus de cette communauté qui pavanent à travers la planète doivent être embêtés et poursuivis jusque dans leur dernier retranchement.