23-05-2015 09:12 - Anarchie dans le secteur des pharmacies : A chacune, ses prix…

Anarchie dans le secteur des pharmacies : A chacune, ses prix…

L'Authentique - En matière de prix de produits de consommation, la spéculation que nous vivons en Mauritanie n’a rien à voir avec ce qui se passe ailleurs, et surtout, elle n’a rien à voir avec ce qui se passe dans les pays voisins.

En matière de prix de produits de consommation, la spéculation que nous vivons en Mauritanie n’a rien à voir avec ce qui se passe ailleurs, et surtout, elle n’a rien à voir avec ce qui se passe dans les pays voisins.

Dans cet ailleurs, partout, la vie économique est régulée et répond à des règles strictes qui sont obligatoirement respectées de tous. Chez nous, la vie est certes régulée et répond certes à des règles… Mais ces dernières sont foulées au sol… Après le marché des produits alimentaires, c’est à présent, celui des médicaments qui souffre de cette anarchie !

Il y a trois ans, jour pour jour, le président Ould Abdel Aziz avait décidé d’uniformiser les prix des médicaments dans l’ensemble des pharmacies et autres dépôts pharmaceutiques du pays. Cette mesure s’inscrivait dans le cadre l’amélioration de l’accessibilité financière des médicaments dans notre pays pour des populations sans revenus importants, condamnées parfois, par la compétitivité anarchique à souffrir silencieusement leur mal, à tester les thérapies traditionnelles sinon, quand les choses se compliquent à consulter des charlatans.

Dans la foulée, un autre bataille était lancée : il s’agissait d’instaurer une lutte ferme contre le commerce illicite des médicaments qui passait par l’homologation de ces derniers par les services compétents qui étaient sommés d’étiqueter l’ensemble des produits pharmaceutiques par des prix publics dont la violation était lourde de conséquence pour les contrevenants. Qu’en-est-il de tout cela ?

A l’entame, toutes les pharmacies s’étaient assujetties aux règles édictées par les Autorités publiques qui avaient pris soin de travailler en collaboration avec l’ensemble des acteurs du secteur des pharmacies. Un programme de travail avait été dressé qui devait conduire en une année, à la généralisation de l’homologation des prix de l’ensemble des médicaments. Une perspective qui avait réconforté les milieux sanitaires, mais aussi les populations qui voyaient en elle la fin de leurs calvaires. En effet, la mauvaise organisation du secteur des pharmacies avait conduit à une pagaille sans précédent dans ledit secteur où il arrivait que le prix d’un médicament cible soit au double, voire au triple dans une pharmacie donnée par rapport à une autre, les deux étant parfois séparées de quelques mètres ! Divers facteurs entraient en jeu, qui portaient entre autres, sur la qualité (toujours douteuse) du médicament, son origine, son importateur…. C’était l’époque de la libre entreprise, du chacun pou soi et pour tout de suite.

L’époque de la banalisation, de la gabegie, du laisser-faire et du gaspillage tous azimuts. Le tout se produisait dans l’intérêt des propriétaires de pharmacies qui s’enrichissaient à vue d’œil, mais surtout, au détriment des consommateurs qui payaient souvent de leur vie en usant des médicaments proposés à la vente sur le marché.

De 2012 à 2013, l’Autorité publique s’est ainsi employée à homologuer les prix des médicaments. Mais très vite, elle se rendra compte qu’elle ne disposait pas des moyens de ses ambitions. Les gros commerçants, et autres hommes d’affaires spécialisés dans l’importation des médicaments, sentant leurs commerces menacés, avaient agi. Par leur entremise, la Centrale nationale d’Achats des Médicaments Essentiels et Consommables médicaux (CAMEC), société mixte, visant à « autonomiser » le système d’approvisionnement et de distribution du médicament, a changé de statut pour devenir une société nationale, laissant la porte ouverte à l’anarchie dans le marché et surtout au détournement des médicaments.

Les réseaux commerciaux d’importation des médicaments refirent surface, convoyant des milliers de tonnes de médicaments en provenance de l’ensemble des industries pharmaceutiques du monde, et même de l’Inde qui avait pourtant été interdits en Mauritanie ! Conséquences : le marché des médicaments ne répond plus à aucune règle sauf à celle des pharmacies. Si un médicament très souvent employé comme la boite de Dafalgan Codeine peut coûter dans une pharmacie donnée moins de 1000 UM, son prix peut frôler les 1500 dans d’autres. Mais là où les prix vont du simple au double si ce n’est au triple, c’est au niveau des médicaments prescrits pour les maladies cardio-vasculaires, maladies circulatoires….

Pour le plus grand malheur des populations, les grossistes et autres commerçants de produits pharmaceutiques sont parvenus à inverser les donnes en imposant leurs prix. Conséquences : pour se payer un simple médicament les populations sont à nouveau obligées d’errer dans heures durant entre différentes pharmacies, dépensant des fortunes dans le transport. ‘empêche, dans bien des cas, en se procurant finalement leur médicament, elles parviendraient à gagner malgré tout quelques sous !

MOMS

Encadré

Situation déplorable de la commercialisation des médicaments

Selon un rapport de l’Inspection Générale de la Santé (IGS) portant sur le marché des médicaments en Mauritanie publié il y a quelque temps, il existe dans le pays environ 120 officines, 280 dépôts pharmaceutiques et 18 grossistes ; le tout dans une grave situation de manquement. Le tiers de ces structures n’ont pas de pharmacien responsable technique ; huit autres font appel, par intermittence, à des fonctionnaires de l’Etat ; deux, seulement, emploient, à temps plein, des pharmaciens diplômés non-fonctionnaires. Les responsables techniques sont souvent absents et le personnel qualifié, en nombre insuffisant.

Pour l’IGS, il est impossible, par ailleurs, de cerner le nombre d’autorisations délivrées au cours des années et de trouver un cahier des charges préalable à l’installation. Les types de sociétés sont, généralement, inadaptés, ainsi que les locaux ; les Bonnes Pratiques de Distribution (BPD), méconnues et le circuit légal d’approvisionnement, pratiquement jamais respecté. Les inspecteurs s’inquiètent, également, du cumul de l’activité de grossiste avec celle de détaillant.

Du point de vue, justement, de l’activité de détail, le tableau est plus affligeant encore : répartition géographique anarchique des pharmacies ; concentration inappropriées autour des structures de soins et artères principales ; prolifération des dépôts ; non-conformité banale (40 %), violant les dispositions réglementaires, des installations ; absence de responsables techniques autorisés, dans 68 % des structures ; présence, massive, de non-professionnels ; vente libre des psychotropes, par certains grossistes, aux dépôts, et accès non contrôlés, à ces produits dangereux, dans 69 % des officines ; problèmes de chaîne du froid, en 53 % des structures ; absence de procédures clairement définies de gestion des médicaments périmés. Et le rapport de conclure, laconique : « le risque de réintroduction de ces produits dans le circuit reste important ».



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