02-06-2015 23:15 - Marée noire : une pollution marine ou une “pollution politique’’?
Sidi El Moctar Ahmed Taleb - Au sens de notre propre réglementation, la pollution est définie comme « l’ensemble des éléments physiques, chimiques et biologiques, naturels ou artificiels et des facteurs économiques, sociaux et culturels dont les interventions sont susceptibles d’avoir un effet direct ou indirect, immédiat ou à terme sur le milieu ambiant, sur les ressources naturelles, sur les organismes vivants et conditionnent le bien être de l’homme ».
Pour les spécialistes de l’écologie humaine, différents types de pollution sont souvent évoqués. Ceux-ci sont définis par rapports à l’origine du polluant et aux inconvénients de ce dernier dans les interrelations de la société humaine et avec son environnement (lumière, son, vacarme ou tapage nocturne ou tout autre acte et comportement relevant du domaine de la perturbation de l’ordre public ou contraire aux systèmes de valeurs consensuellement partagées et dont dépend le bien être culture, moral et spirituel de l’homme, etc.).
Cette branche de l’écologie parle également non seulement de l’éthique environnementale, mais aussi de pollution éthique ou morale. Alors, elle cite le clonage comme exemples représentatif des manipulations du patrimoine génétique (génome), la procréation par location d’utérus, la liberté sexuelle (mariage entre parents de premier et deuxième degré et entre homosexuels), la filiation hors mariage de descendants, l’avortement, la consommation de stupéfiants (drogue), la transgression des lois relatives à la diversité culturelle et religieuse, etc.
Quant à la pollution dite politique dont il est question ici, elle serait, par extension du concept, la pratique de la politique politicienne, celle exercée à l’avantage d’une personne ou d’un groupe restreint d’individus. Sa première caractéristique est l’absence d’un programme/ projet de société chez ses acteurs; le vrai mobile de toute action ou prise de position étant souvent celui d’exploiter toute opportunité pour nuire au pouvoir en place sans se soucier des conséquences.
C’est en somme la prédisposition ou la volonté expresse d’hypothéquer la vie de tout un peuple et l’avenir de tout un pays pour des intérêts personnels et égoïstes.
Par rapport à cette définition - fantaisiste peut-être - peut-on inscrire, dans cette dernière catégorie de pollution (politique), les comportements de certains partis politiques et organisations de la société civile face à la marée noire ou tâches d’huile constatées sur nos côtes vers le milieu du moi courant?
A propos, qui n’a pas lu ou entendu parler de déclarations et de communiqués qualifiant de crise, de drame et de catastrophe de simples galettes de fuel, disparates ou reconstituées, se promenant, au gré des courants et vents marins, du large vers la côte ? C’est là un phénomène que les habitués de la mer ont souvent vécu avant l’offshore et pour qui l’origine soupçonnée a toujours été le dégazage de navires de pêche ou de commerce international.
A travers de tels comportements, nos opposants avaient cherché à dramatiser, outre mesure, la situation et à en rendre responsable le pouvoir et ce malgré les conséquences néfastes de telles accusations ou présomptions pour le pays, notamment dans des domaines déjà cités dans mon précédent article, publié hier par Cridem.
Aujourd’hui, je saisis l’occasion pour insister sur le fait que toute catastrophe naturelle est par définition imprévisible, qu’aucun pays au monde n'en est à l'abri et que la pollution marine, précisément, n’a jamais été la cause la plus fréquente de la mort d’animaux marins (poissons et mammifères) dans nos eaux.
Pour beaucoup de mauritaniens, cette crise devrait plutôt constituer une occasion de méditation, de révision des positions et comptes, d’acceptation de concessions et, in fine, de réconciliation des protagonistes pour agir, ensemble, aux fins de préserver la nation et ses intérêts suprêmes.
D’habitude, quand la menace et/ou le danger viennent de l’extérieur toutes les forces vives (majorité et opposition) se mobilisent et se solidarisent pour l’affrontement. C’est exactement suivant cette logique que les pouvoirs politiques créent souvent, en cas de crise interne sérieuse, des conflits extérieurs pour détourner l’opinion publique du pays et engager toutes les forces nationales dans un élan de solidarité spontané et volontaire,.
Quand nos politiques tomberont d’accord sur une plateforme de constances autour desquelles le consensus des acteurs serait total indifféremment de leurs projets de société, pris individuellement ou à l’échelle de coalitions?
Un passage obligé pour l’atteinte d’un tel objectif, en constituera un projet de société au sein duquel s’identifie la majorité des citoyens ainsi qu’une action politique quotidienne allant dans le sens des vraies préoccupations de l’ensemble des populations.
Y a t-il enfin un une chance pour en arriver là un jour? Et si oui, combien de temps allons-nous attendre ? Espérons que les résultats du dialogue en cours entre Majorité et Opposition puissent nous apporter une réponse ou nous donner, au moins, une idée à ce sujet.
Dr Sidi El Moctar Ahmed Taleb
