09-06-2015 18:00 - Période de soudure en Mauritanie: L’hécatombe des bovins, une menace pour l’économie nationale !
Le Rénovateur Quotidien - La Mauritanie est l’un des pays africains qui possède le potentiel le plus riches en cheptel. Les petits ruminants, les bovins et les camelins constituent une source énorme et inestimable de richesse en lait et en viande.
En en terme de croissance, le secteur de l’élevage tient le troisième rang dans le volume des exportations après le fer et le poisson.
Malgré une détérioration des écosystèmes et un abandon des pratiques pastorales par des milliers de ruraux, d’infatigables fidèles à l’élevage séculaire restent attachés à la vie nomade, en dépit des aléas climatiques et des difficultés de vivre dans la rigueur de la campagne.
Selon les statistiques, le cheptel national s’était largement reconstitué ces dix dernières malgré une pluviométrie avare et une demande élevée de viande exprimée de plus en plus par certains pays voisins qui viennent se ravitailler en Mauritanie.
Mais voilà que cet important capital est en train de disparaitre à cause d’une sécheresse à grande échelle qui frappe tout le pays. Plus aucune trace de pâturage ne subsiste dans les zones d’élevage. L’hivernage 2014 a laissé une sorte de goût d’inachevé aux gros ruminants qui n’ont eu la chance que de savourer quelques mois de ratios alimentaires herbacés avant de s’exposer à une longue période d’errance à la recherche de quoi se remplir la panse. En vain !
Les rares pousses comestibles entretenues par des réserves hydriques se sont vite asséchées pour se réduire poudre sous le souffle du Rif. Cette situation de rupture prématurée de pâturage a poussé très tôt certains grands éleveurs à quitter le pays dans l’espoir de sauver ce qui pouvait l’être. Mais avec la guerre au nord du Mali et la crise alimentaire au sahel, les frontières restent une destination incertaine.
Les conséquences de cette période de soudure sont catastrophiques. Les cadavres de bovidés et de cairns jonchent le sol. Une âpre bataille est engagée par les éleveurs dans l’espoir de sauver un cheptel affecté par la faim. Il faut vendre à vile prix quelques têtes des troupeaux pour s’acheter des aliments de bétail. L’Etat a lancé une opération de secours en envoyant des tonnes de céréales et du Racal à des prix abordables.
Mais le plan de sauvetage a échoué faute d’une bonne gestion équitable des stocks et d’un détournement des quantités de blé substituent à des produits périmés toxiques pour les animaux. Cette situation a entrainé des dégâts énormes qui se sont traduits par une extinction progressive des bovins qui ont péri par millions de tête dans les zones d’élevage. C’est le désespoir dans le monde des éleveurs dont l’indignation est renforcée par un sentiment d’abandon de la part de l’Etat dans cette période où ces pauvres ruraux manquent de tout.
Mais les préjudices toucheront toute l’économie nationale. Ces éleveurs n’ont plus que leurs yeux pour solliciter la providence en scrutant l’horizon d’un hivernage qui n’a pas encore fait signe de clémence…
Amadou Diaara
