19-06-2015 13:51 - Forum des organisations nationales des droits humains en Mauritanie (Fonadh): Déclaration

Forum des organisations nationales des droits humains en Mauritanie (Fonadh): Déclaration

Fonadh - Comme chaque année, le 20 juin nous donne l’occasion de célébrer la Journée internationale des Réfugiés. Comme chaque année, cette célébration est une excellente occasion pour les militants et responsables des organisations membres du FONADH de manifester leur solidarité agissante à l’égard de toutes les personnes, à travers le monde, obligées de chercher refuge dans un pays autre que les leurs.

En particulier, notre solidarité va vers tous ces fils d’Afrique et d’ailleurs, vivant parmi nous en Mauritanie, notamment les réfugiés maliens, qui connaissent des conditions difficiles sur le sol mauritanien.

Comme chaque année, depuis une vingtaine d’années, nous saisissons l’occasion de cette célébration, pour rappeler à l’opinion publique nationale et internationale, le sort non enviable de milliers de citoyens mauritaniens déportés vers le Sénégal et le Mali dans des conditions inhumaines à l’occasion des douloureux évènements de 1989.

Il est vrai que depuis 2008, les opérations de rapatriement volontaire, organisées dans le cadre d’un Accord tripartite (Sénégal, Mauritanie, UNHCR), ont permis de retour organisé de 24 536 personnes, anciennement réfugiées au Sénégal.

Il faut préciser, à nouveau, qu’il reste encore quelques réfugiés mauritaniens au Sénégal et dans d’autres pays du monde, parmi ces derniers figurent les réfugiés mauritaniens au Mali, qui devaient bénéficier d’un rapatriement organisé depuis que fut signé l’Accord tripartite en faveur des réfugiés au Sénégal.

Il faut également signaler, pour le déplorer, que la situation des rapatriés dans le cadre de l’Accord tripartite (Mauritanie – Sénégal – HCR) connait une dégradation constante, avec un manque d’intérêt notoire de la part des pouvoirs publics.

En effet, outre la persistance du manque de solution pour les terres de culture spoliées depuis 1989 et la persistance des difficultés d’accès aux pièces d’état civil, les rapatriés ne bénéficient d’aucune aide, même symbolique, depuis la suppression brutale de l’ANAIR.

Cette situation est caractérisée par une réactivation des actions d’accaparement des terres de culture des rapatriés. Ainsi, on peut citer l’injustice caractérisée contre les paisibles citoyens de Thiambène. L’Etat a réprimé de façon sauvage les paisibles femmes et les notables (dont un imam) de ce village, pour protéger une femme dont le père avait récupéré les plantations de manguiers de ces villageois, après leur déportation. Le chef du village, l’imam de la mosquée et un notable sont toujours détenus arbitrairement dans la prison de Rosso.

Des provocations analogues sont notées au Brakna, au Gorgol, au Guidimakha et en Assaba. Cette situation est grosse de conflits inter communautaires et compromet gravement les efforts d’unité nationale.

La déportation des citoyens mauritaniens vers le Sénégal et le Mali constitue une des violations les plus graves des droits humains du siècle dernier. Dès lors, il convient de lui trouver des solutions sérieuses, durables et consensuelles. En effet, comme pour les victimes des exécutions extra - judiciaires (passif humanitaire), les solutions apportées sont jusqu’à ce jour incomplètes et partiales.

Non seulement tous les réfugiés ne sont pas rapatriés, mais encore les activités d’insertion durable sont nettement en – deçà des seuils minima de réparation. On a la pénible impression de solutions superficielles, pour tromper la vigilance de l’opinion publique.

C’est pourquoi le FONADH, à l’occasion de cette journée commémorative, • s’incline pieusement devant la mémoire des disparus, victimes d’une véritable déportation par les autorités mauritaniennes ;

• exige le retour organisé des réfugiés mauritaniens encore au Mali,

• exige que tous les rapatriés recouvrent entièrement leurs droits, en particulier celui des terres de culture et une réparation juste et conséquente ;

• exige la mise en œuvre d’un programme d’insertion durable, en faveur de tous les rapatriés, renforçant les actions réalisées par l’ancienne agence dénommée ANAIR ;

• exige la libération immédiate des détenus du village de Thiambène.

Fait à Nouakchott, le 20 juin 2015

Les signataires :

- 1. Association Mauritanienne des Droits de l’Homme (AMDH),

- 2. Collectif des Rescapés, Anciens Détenus Politiques Civils Torturés (CRADPOCIT)

- 3. Collectif des Veuves,

- 4. Comité de Solidarité avec les Victimes des Violations des Droits Humains en Mauritanie (CSVVDHM),

- 5. Groupes d’Etudes et de Recherches sur le Démocratie et le Développement Economique et Social (GERRDES),

- 6. Regroupement des Victimes des Evénements de 1989- 1991 (REVE), - 7. SOS – Esclaves,

- 8. Association d’Appui au Développement à la Base (SALNDOU).

- 9. Association pour le Développement Intègre de L’Enfant (APDE),

- 10. Association des Femmes Chefs de familles (AFCF),

- 11. Association Mauritanienne pour la Promotion de la Langue et de la Culture SOONINKE (AMPLCS),

- 12. Association pour la Promotion de la Langue Wolof en RIM (APROLAWORIM),

- 13. Association pour la Renaissance du Pulaar en RIM (ARPRIM),

- 14. Association pour le Renforcement de la Démocratie et de l’Education Citoyenne (ARDEC),

- 15. Ligue Africaine des Droits de l’Homme (Section Mauritanie),

- 16. Ligue Mauritanienne des Droits de l’homme (LMDH),



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Source : Fonadh
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