04-07-2015 17:16 - Les réfugiés de Mberra exigent le retour du calme pour revenir

Les réfugiés de Mberra exigent le retour du calme pour revenir

DuneVoices - Obligés à quitter leurs territoires suite à l’envahissement du Nord du Mali par les milices terroristes, une bonne partie de ces Maliens se sont réfugiés au camp de Mberra sur la frontière mauritanienne. L’accord de paix, signé récemment à Alger et Bamako, ne les a pas définitivement tranquillisés. La question du retour hante désormais les réfugiés qui préfèrent rester dans les camps à une vie de traqués chez eux.

Le recours au camp de Mberra était la solution du moindre mal, pour une population, chassée et éliminée par dizaines par l’armée malienne pour une prétendue complicité avec les groupes terroristes, accompagnant toute la population blanche du Nord, d’une part.

Pourtant, cette population n’est pas épargnée, d’autre part, par les milices, qui ont pillé les logements et les ont même minés et démolis, si l’on se réfère aux déclarations des réfugiés au camp de Mberra.

Pour expliquer la situation, le membre de la coordination des réfugiés de Mberra, Haïdra (50 ans) dit : « Nous nous sommes enfuis en Mauritanie depuis trois ans suite aux tracas multiples subis par la population de la part des deux protagonistes de cette guerre.

L’armée malienne opère à des arrestations abusives. Elle arrête des citoyens ordinaires et prétend avoir arrêté des terroristes. De l’autre côté, les extrémistes religieux nous ont fait vivre dans une prison où on n’a même pas le droit au sourire ».


Pour Haïdra, la situation n’a pas vraiment évolué dans le Nord du Mali. « Si l’on croit les informations provenant des villages du Nord, les blancs continuent à être soupçonnés par l’armée malienne de complicité avec les jihadistes ; les enfants continuent à mourir de sous-alimentation et les attaques se poursuivent contre l’armée et l’UNISMA », explique-t-il, en s’interrogeant : « Comment voulez-vous qu’on rentre au pays au milieu de toute cette instabilité ? ».

En tant que représentant des réfugiés, Haïdra demande aux forces de la protection de la paix au Mali (UNISMA) et aux forces françaises de nettoyer le Nord du Mali des milices jihadistes, afin que « les citoyens puissent rentrer chez eux ». Le réfugié réclame également du gouvernement malien « des actions significatives à l’adresse de cette population réfugiée pour la tranquilliser et l’encourager à rentrer chez elle ».

Pour sa part, la militante des Droits de l’homme, Mariem Mahmoud, dit : « nous avons vécu l’une des pires atrocités de l’histoire de l’humanité. Les mouvements jihadistes ont tué nos hommes, asservi nos femmes et vendu nos filles comme des esclaves, lorsque ces milices ont dominé les villes du Nord du Mali. Le pire, c’est que certains régiments de l’armée malienne n’ont pas fait mieux. Ils ont, eux-aussi, tué et pillé. Pourtant, nous les connaissons et nous savons de quelles tribus ils descendent ».
Mariem a mis l’accent sur le crime odieux qui a coûté la vie à son cousin, Hakel , médecin travaillant dans les villages proches de la frontière mauritanienne. Il a été enlevé par une milice armée, il y a près de six mois, avant que les habitants du village de Azouira ne se réveillent un matin sur une scène odieuse avec la tête de Hakel, accrochée à un tronc d’arbre à l’entrée du village.

Personne ne sait jusqu’à maintenant qui est responsable de cet acte abominable. « Comment voulez-vous qu’on retourne chez nous, alors que la situation sécuritaire n’est pas stable », s’interroge-t-elle.

Le militant politique, Mohamed Bgaigo, s’interroge, lui-aussi, à propos du silence du gouvernement malien concernant l’extermination subie par les populations du Nord de la part des extrémistes religieux lorsqu’ils ont pris le contrôle de cette région.

Les décideurs politiques et la chefferie religieuse n’ont publié que des communiqués ‘timides’, ne traduisant nullement la gravité des crimes enregistrés. « Comment voulez-vous que la population locale laisse les camps et revient chez elle alors que les criminels sévissent toujours sur le terrain », s’interroge-t-il.



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