05-08-2015 16:33 - Programme AGR pour la réinsertion de dix fistuleuses
L'Authentique - Hier stigmatisées et marginalisées, aujourd’hui actrices de développement Kiffa, capitale de l’Assaba, a abrité jeudi 30 juillet 2015 une cérémonie de lancement d’activités génératrices de revenus (AGR) au profit d’une dizaine de femmes, tout juste sauvées d’une terrible maladie, la fistule obstétricale.
Hier marginalisées, stigmatisées et rejetées par leur milieu social, elles ont été guéries grâce à une action conjointe du ministère de la Santé, à travers ses équipes de chirurgiens, le Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) et l’Association des Femmes Volontaires du Développement (AFVD). Compte-rendu.
Elles viennent de plusieurs localités de la région de l’Assaba, mais aussi des deux Hodhs, du Tagant et même du Guidimagha. Elles, ce sont les 32 femmes fistuleuses qui ont été dénichées par l’AFVD et soignées en 2015 à l’hôpital de Kiffa. Une cérémonie solennelle a été organisée à leur intention jeudi 30 juillet dernier à la Maison des Jeunes de Kiffa sous le thème «Populations en situation humanitaire d’urgence ».
La manifestation entrait dans le cadre des festivités commémoratives de la Journée mondiale de la Population. Dans le mot d’ouverture qu’il a prononcé à l’occasion, le Wali par intérim de l’Assaba, M.Toka Koïta a loué les efforts consentis par l’UNFPA dans le relèvement du plateau technique de l’hôpital de Kiffa d’une manière particulière et d’une manière générale, ses contributions dans le domaine de la santé de la reproduction dans la région de l’Assaba Il a aussi loué l’esprit d’initiative de l’AFVD qui a permis d’orienter toutes ces patientes avec une prise en charge psychologique et sociale appréciable. Le maire de Kiffa, Sidi Brahim dit Mine a abondé dans le même sens.
Quant au Représentant de l’UNFPA en Mauritanie, M. Assane Bâ, il a déclaré que la fistule n’est pas une fatalité et que la cérémonie d’aujourd’hui prouve qu’il est possible d’en guérir. Loin d’être une malédiction, la fistule est selon lui un accident de la grossesse mal prise en charge.
Citant quelques unes de ses causes, il a mentionné les mariages précoces, la négligence des visites pré et post-natales, le retard dans la prise en charge dû à l’éloignement géographique par rapport aux structures de santé, entre autres. «Ailleurs dans le monde, la fistule a été vaincue et pourquoi pas ici » a-t-il martelé. Selon le Dr. Dèye, chirurgien spécialiste de la réparation des fistules obstétricales, «plus que la prise en charge médicale et chirurgicale, les femmes victimes de fistule ont besoin d’appuis matériels et d’accompagnement psychologique » d’où selon lui la portée inestimable de la présente cérémonie de lancements du projet AGR en faveur des anciennes fistuleuses.
Auparavant, Mme Seydi Camara, sage-femme d’Etat, présidente de l’AFVD et Point focal du programme Santé de la reproduction au niveau de l’Assaba devait souligner que son association a réussi depuis l’entame de la lutte contre la fistule obstétricale à prendre en charge, sur le plan chirurgical et psychosocial, quelques 178 femmes, avec 96% de taux de guérison.
Vingt-cinq femmes nouvellement guéries de la fistule devront, selon elle, bénéficier d’appuis sous formes d’AGR, avec un premier lot de dix femmes. «Les quinze restant recevront le même appui courant août » a-t-elle précisé.
Ainsi, après la souffrance physique liée à la maladie et le traumatisme psychologique consécutif au rejet dont elles ont été l’objet de la part de leur milieu familial et social, les femmes guéries de la fistule bénéficient d’un appui AGR pour leur permettre de se réinsérer, a ajouté en substance Mme Seydi Camara.
«Ces femmes guéries deviennent par la suite de véritables actrices du plaidoyer pour la lutte contre les pratiques néfastes, tels que les mariages précoces, les accouchements à domicile, la rupture par rapport aux structures de santé et les MGF» a-t-elle souligné.
Tôt le matin, la délégation de l’UNFPA conduite par son Représentant Assane Bâ avait rendu une visite de courtoisie au Wali de l’Assaba par intérim, Toka Koïta et à l’hôpital de Kiffa. Ici la visite a porté sur le bloc opératoire financé par la coopération japonaise avec l’appui de l’UNFPA ainsi que la Banque de sang qui vient de recevoir du nouveau matériel.
Il s’agit de deux frigos pour la conservation des poches de sang et la glycémie, mais aussi un onduleur, un Clapet, un Agitateur, une Centrifugeuse, un spectrophotometer et un lit de prélèvement. Ce matériel permettra, selon le responsable chargé de la transfusion sanguine, Mohameden Ould Ely, de conserver les poches de sang si précieux dans une région dénuée de toute culture de dons de sang. Ce matériel permettra aussi, selon lui, de faire des séparations et des analyses sanguines poussées.
Cheikh Aïdara
