19-08-2015 01:30 - Edito- En Mauritanie, une nouvelle loi anti-esclavagiste qui cache bien des peurs (Karfa Sira Diallo)

Edito- En Mauritanie, une nouvelle loi anti-esclavagiste qui cache bien des peurs (Karfa Sira Diallo)

SeneNews - Ce 20 août, le procès d’un militant anti-esclavagiste permettra de juger de la détermination du pouvoir mauritanien. En réalité c’est dans l’oubli de la mémoire de la traite orientale que la nouvelle loi mauritanienne affiche les flagrantes contradictions d’un système social et politique piégé par une féodalité criminelle.

Aboli trois fois de suite, la dernière en 1980, qualifié en 2007 de « crime », l’esclavage des noirs en Mauritanie continue d’alimenter une schizophrénie gouvernementale consistant d’une part à nier l’existence d’un phénomène aux origines de la constitution de l’Etat sahélien et d’autre part à édicter une profusion de lois dont l’application se heurte aux conservatismes et cynismes de potentats conscients de leur impunité.

La preuve la plus éclatante de ce double discours mauritanien sera apportée dès le 20 aout prochain. En effet, dans deux jours, la cour d’appel d’Aleg, une ville du centre, va rejuger trois militants anti-esclavagistes pour « appartenance à une organisation non reconnue », dont l’emblématique Biram Ould Dah Ould Abeid, ancien candidat à l’élection présidentielle de 2014 et président de l’ONG Initiative pour le Résurgence du Mouvement Abolitionniste (IRA), condamné en première instance à deux ans de prison ferme.

De quoi tempérer fortement l’enthousiasme des humanistes et militants des droits de l’homme tentés de se réjouir trop vite de la nouvelle législation anti-esclavagiste mauritanienne.

Si l’article 1er du texte voté, à l’unanimité, au soir du 12 août dernier renforce la répression en déclarant, désormais, « crime contre l’humanité » et proclamant l’imprescriptibilité d’une pratique archaïque réprouvée par la morale et le droit international depuis des siècles, il reste que cette loi, par son existence même marque l’incapacité des autorités mauritaniennes à respecter les droits de l’homme.

Il faut, néanmoins, reconnaître l’avancée. A la privation de liberté criminalisée depuis 2007, s’ajoutent dix autres nouvelles formes d’esclavage dont le mariage forcé d’une femme, considérée comme esclave, « moyennant une contrepartie en espèce ou en nature », sa « cession à [un] tiers » ou sa « transmission par succession, à la mort de son mari, à une autre personne ».

Un tribunal spécial siégeant à Nouakchott, l’assistance judiciaire, la gratuité de la procédure, le principe du dédommagement et la garantie des droits des victimes institués par le nouveau texte constituent des mesures nouvelles salutaires même si elles ont été critiquées, à juste raison, par certaines ONG.

Les sanctions prévues contre les criminels sont également revues nettement à la hausse. Ainsi les peines maximales risquées, pour pratique de l’esclavage, peuvent aller jusqu’à 20 ans de prison.

Encore faudrait-il que cette législation soit appliquée. Répandu dans l’ensemble du pays, stigmatisant plus de 20% de la population nationale, dénoncé par la communauté internationale et puni par une législation régulière, l’esclavage mauritanien reste largement impuni dans les faits.

Les condamnations contre les esclavagistes restent, en effet, rares. Policiers et magistrats frileux retardent les procédures quand ils ne refusent pas tout simplement d’instruire les affaires que de nombreuses victimes leur apportent. Une dure répression s’abat sur les ONG et militants anti-esclavagistes qui sont l’objet d’exactions, de poursuites et de condamnations régulières et systématiques.

En réalité, la structure de la société mauritanienne semble incapable de s’affranchir du carcan psychologique qui maintient des rapports de pouvoir profondément injustes et inégalitaires.

Difficile à quantifier, justifié pendant longtemps par des chefs religieux qui ont récemment évolué en le déclarant « sans fondement religieux », indispensable pour conforter le pouvoir de la minorité maure détentrice de la majorité des pouvoirs politiques et économiques, l’esclavage mauritanien est le dernier avatar d’un système féodal qui tire ses origines de la traite orientale des noirs destinés à pourvoir en main d’œuvre les palais arabes.

Ce lourd passé, encore occulté par la plupart des pays arabes, reste, en Mauritanie, une réalité contre laquelle les pays d’Afrique subsaharienne ainsi que les organisations panafricaines restent inaudibles.

Cette nouvelle loi aurait pu, efficacement, s’attaquer aux fondements historiques et mémoriels de cette pratique ancienne, si elle avait également inclue la traite orientale commise par les arabes sur les populations noires subsahariennes pendant une dizaine de siècles.

C’est finalement dans la crainte d’une revendication citoyenne et égalitaire, qui bousculerait avantages et positions acquises par les tenants du pouvoir, qu’il faut trouver les ressorts d’une législation défensive anti-esclavagiste habilement et régulièrement déployée.

Karfa Sira Diallo



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Commentaires (3)

  • Elwatani70 (H) 19/08/2015 13:52 X

    Bla bla ya trop de contradiction dan cet article et de meconnaisance de la realite de l'esclavage en rim .

  • kaaniyel (H) 19/08/2015 10:49 X

    Faudrait-il encore cette législation soit appliquée ;vous vous interrogez. Comment elle pourrait s'appliquer si notre gouvernement continue de nier l'existence de la pratique de l'esclavage en Mauritanie.

  • mohamed w.l (H) 19/08/2015 09:45 X

    KSDiallo vs dite l esclave des noirs en Mauritanie en suite vs dite mariage de force est la femme est héritée par les fils et qu il existe dans les pays arabes un un mensonge qui rime de votre haine l esclave existe dans toit les pays africains mm chez les nom musulmans car il est un phénomène de société qui n a eucun lien avec la religion aublieu d écrire des mensonges par haine a la Mauritanie tu as plus pur a critiquer au senegal vs n avez pas a ns donne des leçons ce qui démontre la haine de ses racistes qui non qu un souci détruire ce pays pour réaliser leur maudit rêve