23-08-2015 09:54 - En Mauritanie, c'est les anti-esclavagistes qu'on emprisonne ( A lire aussi la Lettre ouverte de Biram Dah Abeid depuis la prison civile d’Aleg)

En Mauritanie, c'est les anti-esclavagistes qu'on emprisonne ( A lire aussi la Lettre ouverte de Biram Dah Abeid depuis la prison civile d’Aleg)

Le Nouvel Observateur - Un militant pacifiste des droits de l'homme est accusé de "rébellion" et "d'appel à la haine" pour avoir organisé des manifestations visant à faire libérer des esclaves.

En Mauritanie, ce ne sont pas les esclavagistes qu'on emprisonne. Ce sont les militants contre la traite des hommes, des femmes et des enfants que l'on jette au cachot.

Célèbre et charismatique militant anti-esclavagiste, Biram Abeid, a été condamné le 20 août en appel à deux ans de prison ferme ainsi deux autres activistes.

Ils viennent de faire appel devant la Cour Suprême. Sans illusion. Car ce sont les arabo-berbères, les "blancs", détenant tous les leviers du pouvoir, politique, militaire et judiciaire, qui soumettent et exploitent la communauté haratine à la peau noire, esclaves ou descendants d'esclaves (près de 50% de la population).

Le régime mauritanien est soutenu par l'Occident

Lauréat du prix des droits de l’homme des Nations unies en 2013, Biram Abeid, descendant d'esclave, a été accusé "d'appartenir à une organisation non reconnue". Et pour cause. Les autorités refusent d'enregistrer son association, l'Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA). Ce militant pacifiste des droits de l'homme est aussi accusé de "rébellion" et "d'appel à la haine" pour avoir organisé des manifestations visant à faire libérer des esclaves.

"La confirmation de la sévère condamnation [de Biram Abeid] montre clairement que la Mauritanie n'a pas l'intention de mettre fin à la répression contre les défenseurs des droits humains", a affirmé Amnesty International.

Depuis sa cellule, le militant abolitionniste appelle à boycotter le régime mauritanien soutenu par l'Occident, et par la France, en raison de sa lutte contre l'islamisme dans la zone Sahara-Sahel.

"Les dirigeants de l’Union européenne et des États-Unis entretiennent des liens étroits avec le gouvernement de Mauritanie," écrit-il.

"Depuis ma sinistre cellule, je les appelle à mobiliser tous les moyens légaux et diplomatiques, y compris la suspension de toute aide financière, pour inciter le gouvernement à arrêter la répression et agir réellement pour éradiquer l’esclavage” (lettre complète à la fin). Une pétition de soutien a été signée par près d'un million de personnes.

Le dernier pays du monde à abolir l'esclavage

Le 11 août dernier, la Mauritanie, qui a été le dernier pays du monde à abolir l'esclavage en 1981, vient d'en faire "un crime contre l'humanité", puni de 20 ans de prison ferme contre cinq à dix ans d'emprisonnement auparavant. Mais les lois précédentes contre l'esclavage n'ont jamais été appliquées. La Mauritanie est le pays qui a le plus fort taux d'esclaves au monde.

Les esclavagistes agissent en toute impunité. Les jeunes filles servent d'esclaves domestiques et sexuelles, souvent violées par les mâles de la famille dès l'âge de 12 ans. Les enfants du viol sont considérés comme la propriété des maîtres, séparés de leur famille dès leur plus jeune âge, mis au travail ou revendus. Une association de femmes a récemment dénoncé une traite d'esclaves, de plusieurs centaines de jeune femmes haratines, entre la Mauritanie et l'Arabie saoudite.

Jean-Baptiste Naudet

Lettre ouverte de Biram Dah Abeid, président d’IRAMauritanie, depuis la prison civile d’Aleg le 20 août 2015 :

"Je m’appelle Biram Dah Abeid. J’ai voué ma vie à la lutte contre l’esclavage, l’impunité et l’injustice. C’est une promesse que j’ai faite à mon père, qui a épousé une esclave et a vu sa famille déchirée par l’esclavage. Aujourd’hui, je vous écris du fond d’une prison dans laquelle j’ai été jeté pour avoir appelé à la fin de cette pratique cruelle. Mon pays, la Mauritanie, a le pire problème d’esclavage de la planète. La majorité des esclaves sont des Haratines (nom donné aux esclaves et anciens esclaves), communauté représentant 50% de la population mauritanienne. Les bébés naissent sous la coupe de leurs maîtres, et sont contraints de les servir toute leur vie. En octobre 2008, j’ai pris la décision de créer IRAMauritanie (Initiative de Résurgence pour le Mouvement Abolitionniste), une association indépendante, pacifique et non violente dont le but premier est de délivrer notre pays du fléau de l’esclavage.

Malgré le soutien de la communauté internationale, nos nombreux sit-in et nos manifestations pacifiques, notre organisation, l’IRAMauritanie, n’est toujours pas reconnue par le gouvernement de Mauritanie. Au contraire, nos membres ont été harcelés, torturés, jugés, condamnés et emprisonnés pour appartenance à une organisation illégale. Je suis moi même derrière des barreaux depuis novembre dernier, avec mon adjoint Brahim Bilal. C’est la troisième fois que l’on me jette en prison pour avoir dénoncé l’esclavage.

Le gouvernement a adopté des lois qui menacent toute personne investie dans l’exploitation d’esclaves de sanctions, mais en pratique il ne fait que piétiner nos efforts pour mettre fin à l’esclavage. Mon gouvernement veut me réduire au silence, et me diabolise, me persécute, me jette en prison, et espère me voir abandonner et quitter le pays. Néanmoins je refuse de céder à leur chantage. Pour mettre un terme à cette souffrance, il nous faut plus que des déclarations de la communauté internationale: nous avons besoin d’actions fortes. Les leaders de l’Union européenne et des Etats-Unis d’Amérique entretiennent des liens étroits avec le gouvernement de Mauritanie.

Depuis ma sinistre cellule, je les appelle à mobiliser tous les moyens légaux et diplomatiques, y compris la suspension de toute aide financière, pour inciter le gouvernement à arrêter la répression et agir réellement pour éradiquer l’esclavage, ainsi que le racisme et l’exclusion qui le sous-tendent. Je refuse de jeter l’éponge. Je refuse d’être réduit au silence. Je refuse de me soumettre au dogme qui légitime l’exploitation de l’esclavagisme ici. Je refuse d’abandonner mon pays et ceux dont la vie est ruinée par l’esclavage. Aujourd’hui, j’appelle le monde à soutenir notre lutte pour la liberté."



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Commentaires (9)

  • Rachid262 (H) 24/08/2015 18:35 X

    Vous n'etes pas seul mr Biram en prison, nous y sommes aussi avec vous...Nous vous soutenons tout les jours que Dieu et un jour et l'esclave physique, et l'esclave morale et l'esclave économique cèderont grâce à vous par l'aide d'Allah le tout puissant ton ami N'diouck Cordialement...

  • mystere1 (F) 24/08/2015 08:41 X

    du courage biram, c'est une lutte de longue haleine, c'est difficile, mais la révolution viendra, et je l'espere avec les générations futures, oui c'est honteux, pour pays qui se dit "islamique", de continuer cette pratique même si c'est en cachette, et dans les documentaires diffusés, on classe la république du désert comme étant l'un des pays les plus esclavagistes de l'afrique, c'est chaotique et scandaleux dans l'ère du 21ème siècle, bonne chance braves combattants pour cette pratique abominable

  • ziglama (H) 23/08/2015 18:10 X

    @Hammejerel merci pour ton analyse je prendrai les pointsen consideration.Ne me mets pas dans la meme assiette avec ce primitif de sraghaa.merci

  • Hammejerel (H) 23/08/2015 14:02 X

    @ sraghaa et ziglama

    Soyons sérieux, analysons les faits et évitons les fuites en avant .Si l’esclavage n’existe pas en Mauritanie, pourquoi continuons t-on de voter et d’amender des lois que les juges n’appliqueront jamais car étant les premiers défenseurs de cette ignoble pratique honteuse en Terre d’islam nous dit on ! Bien sur que l’esclavagisme a existé dans toutes commaunutésmais chacun doit d’abord balayer sa propre porte Dans la communauté Puular, on peut encore parler de séquelles mineures mais pas d’esclavagisme dans les mêmes formes que les arabes.

    En effet ce problème a été résolu dans le Fouta avant l’indépendance des Etats Unis(1776) et la révolution Française (1789).Une démocratie musulmane (la seule au monde jusqu’à présent) avait résolu le problème de l’esclavage et d’autres formes d’injustice dans la contrée du Fouta avec la révolution maraboutique sous l’égide de Ceerno Suleymaan Ball avait établi un Almamiyat(1776-1880) .

    Le Fuuta reconnaissait l’autorité unique d’un chef politique et religieux élu par l’ensemble des Fuutankoobe (9 grands électeurs). Ceux-ci, en élisant un souverain doté à la fois d’un pouvoir spirituel et temporel, doivent se conformer, aux directives de Ceerno Suleyman Baal qui étaient les suivantes :

    1°) – « Choisissez un homme savant, pieux et honnête qui n’accapare pas les richesses de ce bas monde pour son profit personnel ou pour celui de ses enfants » ;

    2°) – « Détrônez tout Imâm dont vous verrez la fortune s’accroître et confisquez l’ensemble de ses biens » ;

    3°) – « Combattez-le et expulsez-le s’il s’entête »;

    4°) – « Veuillez bien à ce que l’Imâmat ne soit pas transformé en une royauté héréditaire où seuls les fils se succèdent à leurs pères »;

    5°) – « Choisissez toujours un homme savant et travailleur ; »

    6°) – « Il ne faut jamais limiter le choix à une seule et même province » ;

    7°) – « Fondez-vous toujours sur le critère de l’aptitude »

    Cette parenthèse fermée, je pense tout musulman doit combattre l’injustice et l’arbitraire, avec Biram ou sans Biram, la vérité finira par triompher et pourra faire mal. Même si je n’approuve pas les méthodes de Biram, il faut reconnaitre qu’il mène un combat légitime et humain. Comme on dit même s’il n ya pas de coq pour chanter à l’aube, le soleil finira par se lever.

  • mdmdlemine (H) 23/08/2015 13:54 X

    je crois fermement que maintenir les leaders de l'IRA en prison nuit plus au pays qu'à la paix civile et à la cohésion. C'est dommage que les dirigeants du système et leurs conseillers n'anticipent pas le dangers, les avalanches imprévisibles de l'affranchissement de la liberté des masses, perseverant dans leur éternelle politique de l'autriche. Ceux qui veulent une Mauritanie une et indivisible doivent relacher ces leaders et examiner avec eux l'avenir du pays. Tout est dans la mesure du possible et le navire de la Mauritanie pourra alors amarer. Reste aussi qu'il faut tendre la main aux négromauritaniens pour surmonter ensemble les obstacles et refonder la Mauiritanie sur des bases saines et justes

  • sraghaa (H) 23/08/2015 11:24 X

    Je m'appelle BIRAM ,le menteur,le raciste,l'arriviste,l'impoli,j'ai falsifié les cas d'esclavage ,j'ai appelé à la haine raciale,j'ai crée des scénarios de toute pièces.Je cherche le pouvoir par une nouvelle voie ,celle de la duperie ,la tricherie .Je suis dirigé par des racistes comme BOUBACAR ould MESSOUD qui partage avec moi les sous au nom de l'esclavage.

  • ziglama (H) 23/08/2015 11:20 X

    Avec tous mes respects ne deformez pas les choses.L´esclavage n´est pas seulement pratique´par les berbero-arabes (blancs) comme vous dites contre les haratines (noirs).L´esclavage en Mauritanie n´est pas une question de la couleur de peau comme vous le dites aux occidentaux.Les HAL POULAR,SONINKE`et WOLOFS pratiquent l´esclavage agricole,domestique et meme sexuels (les serventes,talibe´...) il faut les montrer du doigt comme la societe´maure. Soyons juste et exposons les choses comme elles sont.L´esclavage existe au Senegal,Guinee,Mali...A mon avis pour combattre l´esclavage il faut une sensibilisation pour changer les mentalite´et combattre la pauvrete´.C´est la pauvrete´qui est responsable de ce fleau.

  • Moutalli (H) 23/08/2015 10:57 X

    Ce qu'on a oublié de dire au pauvre Naudet qui ne connaît absolument rien à la Mauritanie, c'est que la "cellule" de Biram n'est pas aussi "sinistre" que celui-ci l'affirme! Il y a sans doute des milliers d'hommes libres qui souhaiteraient y être à sa place! On y bouffe bien, il y a la presse, le transistor, la télé, internet et on y reçoit des personnalités étrangères et...Madame qui n'et pas trè loin!

  • gongiyanké (H) 23/08/2015 10:45 X

    I HAVE A DREAM THAT ONE DAY THERE WILL BE A BLACK PRESIDENT IN MAURITANIA, IT GONNA BE PROBABLY BIRAMA. NOUS T'ACCOMPAGNERONS DANS TON NOBLE COMBAT QUI CONSISTE A LA CRÉATION D'UNE MAURITANIE JUSTE? ÉQUITABLE, UNE MAURITANIE OU UNE PERSONNE NE SERA PAS JUGÉE EN FONCTION DE LA COULEUR DE SA PEAU MAIS EN FONCTION DE SES ACTES. NOUS SOMMES TOUS DES BIRAMA, LA LUTTE CONTINUE A BAS L'ESCLAVAGE A BAS LE RACISME A BAS LA XÉNOPHOBIE