26-09-2015 01:30 - Vers une nouvelle gestion de la pollution atmosphérique à Nouakchott :
Ebaye Ould Dah -
Préambule :
Avec la hausse des températures constatée depuis quelques temps au niveau de la capitale Nouakchott, nous proposons aux lecteurs une note de sensibilisation relative à la pollution atmosphérique. Cette pollution concerne plutôt la capitale Nouakchott, étant donné qu’elle abrite plus de 56% de la population urbaine du pays est donc un lieu de concentration des automobilistes. Il s’ajoute à la masse démographique importante, le vieillissement du parc automobile et le réseau de voirie un peu restreint ce qui engendre de nombreux embouteillages au cours de la journée.
Ces facteurs font que les habitants de Nouakchott sont exposés à un risque de pollution atmosphérique considérable notamment en période de chaleur (air saturé). On soupçonne que la qualité dégradée de l’air dans la ville de Nouakchott est une cause directe des maladies respiratoires et des allergies de plus en plus constatées chez les nouakchottois.
De quels polluants s’agit-il ?
La pollution atmosphérique est un phénomène complexe aux origines et circonstances très variées. En milieu urbain, elle est engendrée principalement par la circulation de véhicules à moteur en raison du rejet des gaz de combustion. Dans plusieurs grandes villes du monde, le niveau de pollution est tel qu'il est nécessaire de mettre en œuvre une politique de réduction de ces émissions (normes sévères, limitation du trafic, etc.)[1].
Les particules issues des pots d’échappement des véhicules se caractérisent par leur très petite taille, qui leur confère une aptitude particulière à pénétrer très profondément dans les voies aériennes d’où elles mettront beaucoup plus de temps à être éliminées. Celles-ci peuvent transporter des composés toxiques. A des concentrations relativement basses, elles peuvent, surtout chez l’enfant, irriter les voies respiratoires ou altérer la fonction respiratoire. A long terme, l'ensemble des particules fines peut provoquer des cancers bronchiques et pulmonaires. Le l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a constaté que les gaz d’échappement des moteurs Diesel provoquaient le cancer du poumon et un risque accru de cancer de la vessie [2].
Les particules les plus dangereuses pour la santé sont celles d’un diamètre de 2,5 microns ou moins (PM2,5). L’exposition au PM2,5 peut entraîner l’hospitalisation et divers troubles graves de la santé, voire le décès prématuré [3].
Il convient aussi de parler du dioxyde d’azote (NO2) qui a comme effet, l’irritation des poumons et la diminution de la défense contre les infections des voies respiratoires. Les individus qui souffrant d'asthme et de bronchite y sont les plus sensibles.
Il peut y avoir une éventuelle pollution par métaux lourds liée au trafic routier comme le montre une étude réalisée au niveau de Dakar, ville plus ou moins similaire à Nouakchott en la matière. L’étude qui portait sur la pollution de l'atmosphère par le plomb due à la circulation (réalisée par le laboratoire de Chimie Analytique et Toxicologie - Faculté de Médecine et Pharmacie - Université Cheikh Anta DIOP), consistait à récolter dans différents sites de la région de Dakar et à analyser les écorces de trois espèces végétales afin d'analyser la quantité de plomb accumulée. Elle a démontré que la pollution de l'air à Dakar par le plomb est réelle, mais en revanche elle ne donne pas de concentrations de plomb dans l'atmosphère [1].
Rappelons que le plomb provoque le saturnisme, qui est une intoxication particulièrement dangereuse pour la santé des enfants et des femmes enceintes. Lorsque le plomb est respiré ou avalé, il passe dans le sang, se stocke, en particulier dans les os, et peut mettre plusieurs années à s’éliminer. Son action toxique se produit surtout au niveau du système nerveux, de la moelle osseuse et des reins.
Démarche à adopter :
Dans un premier temps, il est nécessaire de mesurer la qualité (pour ne pas dire pollution) de l’air au niveau de Nouakchott. Il est donc primordial de réaliser un état des lieux de la pollution atmosphérique sur les grands axes de trafic routier. Cet inventaire servira comme un outil d’aide à la décision pour les autorités compétentes au niveau de la ville voir national.
Lors de notre entretien en juillet dernier avec M. LEGRAND Christophe, Directeur de l’association Air C.O.M, au propos du sujet, il nous a expliqué que le plus simple à ce niveau c’est de faire cet état des lieux via la mesure dite par tube passif permettant de connaître en plusieurs points la concentration moyenne d’un polluant sur une période de 15 jours. Cette méthode permet une surveillance de l’oxyde d’azote. Dans un second temps, il est envisageable de mettre en lace une/des station(s) fixe(s) ou mobile(s).
Concernant le suivi, il est opportun d’établir une base de données, pouvant être assurée par les statisticiens de la Délégation Régionale à l’Action Sanitaire de Nouakchott. Dans ce sens, il est pertinent d’évaluer l’impact sanitaire des aéropolluants sur un échantillon vivant et/ou travaillant à proximité d’axes les plus fréquentés et subissant une exposition quotidienne à l’air pollué principalement par les gaz d’échappement des véhicules à moteurs [4].
Bibliographie :
[1] Etudes sur la qualité de l'air en milieu urbain: cas de Dakar et Ouagadougou. Rapports finaux Document de travail SSATP N0. 41. BANQUE MONDIALE, Région Afrique, Institut de la Banque mondiale. Septembre 1999.
[2] La qualité de l’air en Basse- Normandie. Etude de la qualité de l’air sur la commune de Blainville –sur- Orne., Air C.O.M. Novembre 2013.
[3] CAMARA Fodie Sidi, Question de la pollution atmosphérique en Afrique sub-saharienne (Transports). Etat des lieux des réseaux de surveillance. Mémoire de Master I TMEC Université de Bourgogne. Juin 2014.
[4] Pr Amadou DIOUF, Management de la qualité de l’air. Rôle de la société civile. (http://www.unep.org/urban_environment/PDFs/BAQ09_diouf.pdf, Consulté le 10/09/2015).
Ebaye Ould Dah Emine
Hydro-environnementaliste
ebaye.emine@laposte.net
