11-10-2015 10:35 - INAL 2015

INAL 2015

Boolumbal - Dans l’histoire de notre pays, la page la plus sombre s’est jouée à Inal en 1990, pas pour le nombre de ses morts mais par la symbolique de l’horreur : le sacrifice humain pour commémorer l’anniversaire de la souveraineté nationale.

Pendant longtemps nous avons tous travaillé à faire connaître ce génocide orchestré par le pouvoir militaire de l’époque et à réclamer justice. Le Colonel Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya est tombé depuis 10 ans mais les régimes qui se sont succédé après lui ont esquivé le problème parce qu’étant trop impliqués dans le dossier ou par peur de se brûler les doigts (Eh oui, un président a dit ici, à Paris «je m’engage à ramener les déportés mais le volet militaire je n’ose pas y toucher »). Faisant semblant de s’y intéresser, le Président Mohamed Ould Abdel Aziz a mis en place une solution fourre-tout.

Ainsi des putschistes de 1981 à 2004, aux mains tâchées de sang se sont retrouvés dans le même sac avec des innocents arrêtés par l’armée, torturés et exécutés sans le moindre chef d’accusation. Le seul crime des derniers étant d’appartenir à une frange non arabophone du pays. L’objectif du Président Ould Abdel Aziz est de chercher à noyer ce génocide dans une vaste campagne d’indemnisations. L’histoire retiendra cette piètre caution à l’impunité des génocidaires.

Un très grand pas a été fait dans la prise de conscience populaire. Les résultats ont abouti au"pèlerinage" d’Inal de 2011. Qu’il nous soit permis ici de rendre un vibrant hommage à Biram dont le courage et la capacité de mobilisation furent déterminants dans cette entreprise, au Dr Outouma Soumaré qui en fut le véritable chef d’orchestre, à Balla Touré, Dame Ba, les élus Diaw Abdoulaye Djimé, Youssouf Sylla, les journalistes, toutes les organisations et volontaires (Maures, Haratines, Ouolofs, Sonninkés et Halpulaars) qui y ont pris part.

Au retour d’Inal en 2011, nous avons vu des officiers supérieurs paniquer et essayer de se dédouaner auprès des orphelins. Cela décrivait clairement la situation inconfortable dans laquelle ils se trouvaient subitement. La peur avait bel et bien changé de camp.

Il eut été bien de maintenir cette pression, mais le pragmatisme nous a fait défaut. Quand on déserte sa maison, elle fait le bonheur de squatteurs. Nous avons tous une responsabilité dans la suite à donner à ce drame. Aucun président mauritanien (Aziz comme ses successeurs) n’ouvrira ce dossier s’il n’y est pas obligé. Le fruit qui tombe de l’arbre n’est souvent pas le meilleur, trop mûr ou déjà pourri.

Inal 2012 aussi fut un succès grâce à la détermination des jeunes (Orphelins, étudiants arabes et TPMN), à l’efficacité des organisateurs, mention spéciale à Kane Mamadou Alhousseynou du COVIRE et à Dame BA (MAPROM Mauritanie), pour sa constance et son esprit de sacrifice, et bien sûr à toutes les organisations qui y ont participé. Et dans ce cadre, notre diaspora y était fortement représentée. Les lieux étant clairement repérés, l’engagement pour la construction d’un mémorial au prochain voyage est pris.

2013 et 2014 ont été des années blanches du point de vue voyage à Inal. Démobilisation, moyens insuffisants et autres tentatives de sabordements ont temporairement eu raison du pèlerinage d’Inal.

Nous voici face à nos responsabilités pour le 25ème anniversaire des massacres, organisés au sein de l’armée, de soldats en mission de défense nationale.

Nous pensons que la résolution de ce génocide ouvrira les portes à toutes les autres questions. Parce qu’aujourd’hui des gens bloquent toute idée de rapprochement et cultivent l’hostilité entre les communautés pour justement éviter de déterrer ce dossier. Et cela fait le lit des chauvins, adeptes d’un pays monoculturel.

Les morts d’Inal à l’image de ceux de Jreida, Azlatt, Tiguint, Akjoujt viennent tous de toute la vallée du fleuve. Le soldat qui repose à Inal est le fils de Khabou, de Dimbé, de Boghe, de Maghama, de Rosso, de Sorimallé, de Garlol, de Salndé, de Grack... Ils n’appartiennent pas exclusivement à 90-91, en référence aux années de braises, mais à l’histoire, dans ce qu’elle a de plus abject, de notre pays.

Récemment nous avons vu un civil qui prétend avoir été arrêté à NDB et envoyé à Inal pour y être torturé. Une falsification de l’histoire est déjà en route.

Quand cette présence sera admise, rien ne s’opposera à celle d’un autre groupe communautaire à Inal. Ainsi le caractère ethno génocidaire sera définitivement écarté. Il se pourrait bien que nous soyons en face d’une opération d’accaparement pouvant conduire directement au négationnisme pur et simple. Il convient donc d’être vigilant pour ne laisser aucune place à des tentatives de falsification de l’Histoire. Cette opération est d’autant plus inquiétante qu’elle revêt un aspect clairement politique dans ses modalités : conférences, colloques, tentatives de mobilisation de l’opinion, etc.

C’est pourquoi nous pensons qu’il est impératif d’avancer dans le projet de construction d’un mémorial pour les martyrs à Inal pour ce 25ème anniversaire, ou alors d’autres risquent de le faire pour d’autres raisons. Envisager ensuite d’en construire à Jreida, Azlatt, Tiguint, Oualata comme cela a pu se faire à Lemghaity en plein désert.

Oui à une Mauritanie unie, fraternelle, juste et égalitaire

Non à l’oubli et L’impunité.

Mahamadou SY





Les articles, commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité


Source : boolumbal
Commentaires : 4
Lus : 2398

Postez un commentaire

Charte des commentaires

A lire avant de commenter! Quelques dispositions pour rendre les débats passionnants sur Cridem :

Commentez pour enrichir : Le but des commentaires est d'instaurer des échanges enrichissants à partir des articles publiés sur Cridem.

Respectez vos interlocuteurs : Pour assurer des débats de qualité, un maître-mot: le respect des participants. Donnez à chacun le droit d'être en désaccord avec vous. Appuyez vos réponses sur des faits et des arguments, non sur des invectives.

Contenus illicites : Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes ou antisémites, diffamatoires ou injurieux, divulguant des informations relatives à la vie privée d'une personne, utilisant des oeuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).

Cridem se réserve le droit de ne pas valider tout commentaire susceptible de contrevenir à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, promotionnel ou grossier. Merci pour votre participation à Cridem!

Les commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité.

Identification

Pour poster un commentaire il faut être membre .

Si vous avez déjà un accès membre .
Veuillez vous identifier sur la page d'accueil en haut à droite dans la partie IDENTIFICATION ou bien Cliquez ICI .

Vous n'êtes pas membre . Vous pouvez vous enregistrer gratuitement en Cliquant ICI .

En étant membre vous accèderez à TOUS les espaces de CRIDEM sans aucune restriction .

Commentaires (4)

  • niomoxo (H) 12/10/2015 01:03 X

    Éclair, bien sûr qu’il est impossible de contester cette évidence sauf pour ceux qui veulent coute que coute changer l’histoire. Ceux qui disent que c’est une vérité sociologique n’ont qu’à donner leurs preuves et les démontrer. Il ne s’agit pas de s’agripper sur un fait et vouloir qu’il en soit ainsi ; Donc du fait que Biram mène sa caravane a kidal, fief mortuaire de plusieurs negro africains que hop ! ces derniers sont originaires des harratines ? c’est facile ça.. !!!Chercher d’autres voix de passage, celle-lá quand même n’est pas la bonne.

  • Eclair (H) 11/10/2015 21:25 X

    Ce sont plutôt les Hratines qui sont d’origine négro-africaine. Est-il possible de contester cette évidence?

  • Symaodo (H) 11/10/2015 20:43 X

    AUCUN sy de ce pays,du senegal et même du japon ne peut nier qu'il soit d'origine haratine,ancien esclave affranchi,qu'on le veuille ou pas c'est une vérité sociologique et historique,MR Birame dah abeid pouvait avoir un nom de famille kane sy ou fall il n'aurait jamais renier ses origines,parcequ' il est le seul brave de ce pays.les haratines ont vécu eux aussi le calvaire et continuent de le vivre,ils ont pris conscience.

  • Moutalli (H) 11/10/2015 12:19 X

    Admettez que les Haratine sont aussi concernés puisque d'aucuns disent que vous-même vous pourriez être d'origine haratine!