19-10-2015 15:51 - Etude sur l'engagement citoyen des jeunes mauritaniens
ONG GAPAF - Avertissement. Ces chiffres, bien que fondés sur une approche réaliste, sont cependant à relativiser car l’enquête menée, dont la finalité était surtout de dégager les grandes tendances de l’implication des jeunes mauritaniens dans les affaires publiques, n’est pas un travail sociologique ayant nécessité une rigueur scientifique implacable, mais constitue le reflet des réflexions de ces jeunes, que nous avons interrogés, pour permettre aux décideurs et aux bailleurs d’adapter et/ d’affiner leurs programmes visant cette frange de la population mauritanienne.
Introduction
Le monde des jeunes, particulièrement celui des adolescents, est complexe et pourtant, c’est là, dans ce vivier fertile ou censé l’être, que commence ou doit commencer à se construire une conscience citoyenne. Les jeunes mauritaniens de la classe 15-35 ans représentent 33,9 % de la population. Les résultats de la répartition en fonction du sexe du recensement général de la population et de l’habitat (RGPH 2013), indiquent cette tranche d’âge se répartit entre 30,8% de population masculine et 37% de population féminine.
L’objectif de cette étude est, tout d’abord, de lancer les bases d’une réflexion sur l’engagement de la jeunesse mauritanienne à œuvrer avec toutes les parties prenantes (Etats, Société civile, élus, bailleurs, parents….). Une fois les principaux enseignements tirés du niveau de connaissance et d’implication des jeunes dans la citoyenneté, il s’agira, ensuite, d’envisager quelques pistes pour que cet engagement se traduise dans les faits par l’éradication ou, à tout le moins, un frein efficace à un phénomène de plus en plus grandissant et aux conséquences le plus souvent désastreuses aussi bien pour l’Etat que pour les jeunes, victimes du mirage d’une fausse illusion de solution à leurs nombreuses difficultés d’intégration : "la migration mal conçue et mal orientée". Beaucoup s’accordent sur le concept de l’engagement, qui est d’abord une adhésion à l’œuvre collective de participation citoyenne.
Lorsque l’on s’engage, c’est que l’on contribue à la vie de sa communauté, donc au bien-être commun. L’engagement renforce les liens de solidarité en stimulant les sentiments d’appartenance à cette communauté.
C’est dans ce cadre que s’inscrit cette étude de l’ONG GAPAF, qui a administré un questionnaire sur tablette à 150 jeunes élèves et étudiants provenant de toutes les communes de Nouakchott.
Les difficultés que rencontrent les jeunes sont prégnantes, qu’il s’agisse d’insertion, de formation ou tout autre moyen de valorisation. Au-delà de ces difficultés, l’engagement est source de sens ; il devrait pouvoir être un moteur à la fois pour chaque jeune, dans son individualité, mais aussi pour la société dans sa globalité.
La jeunesse, dont une partie se dit désabusée, voire déçue par des politiques inappropriées, continue à croire à une certaine forme d’engagement, même s’il apparaît nécessaire d’actualiser la notion et ses corollaires (bénévolat, citoyenneté, formes d’action, thèmes d’actions…) pour refléter au mieux l’image que se font les jeunes de l’engagement citoyen.
Quelques chiffres :
147 jeunes ont répondu, dont 73 filles et 74 garçons.
Parmi ces jeunes, 76 ont entre 21 et 25 ans ; 38 ont entre 26 et 30 ans et 27 ont entre 16 et 20 ans.
1. Méthodologie
L’étude sur la citoyenneté des jeunes a pour cible les jeunes âgés de 15 à 35 ans. Ces jeunes sont généralement des étudiants ou élèves dans les lycées d’enseignement général ou technique. La méthode des quotas a été utilisée dans le cadre de cette étude. L'échantillonnage par quotas est l'une des formes les plus courantes d'échantillonnage non probabiliste. Il s'effectue jusqu'à ce qu'un nombre précis d'unités (de quotas) pour diverses sous-populations ait été sélectionné. Les quotas que nous avons pris en compte ont été définis suivant trois critères : le sexe, l’âge et le niveau d’instruction.
Tableau 1 : Récapitulatif des quotas selon les trois critères retenus (sexe, âge, niveau d’instruction)

Les résultats obtenus dans le cadre de cette étude ne peuvent être extrapolés du fait de la non représentativité de l’échantillon des jeunes interviewés. Ils permettent, cependant, d’assoir des pistes de réflexion sur un domaine méconnu dans lequel, à notre connaissance, aucune étude de référence n’a été menée en Mauritanie. Ces résultats dressent un premier aperçu sur la participation citoyenne des jeunes, notamment dans le milieu scolaire et universitaire.
LES GRANDES LIGNES DU RAPPORT D’ENQUÊTE SUR L’ENGAGEMENT CITOYEN DES JEUNES MAURITANIENS
2. Le profil des jeunes répondants
147 jeunes ont été interviewés pour cette étude. L’échantillon des jeunes en question se répartit de manière relativement équilibrée selon le sexe : 50,3 % de filles et 49,7 % de garçons.
Plus de la moitié (52,4%) des répondants sont âgés de 21 et 25 ans. 26,5% des interviewés sont âgés de 26-30 ans. Les plus jeunes (15-20 ans) représentent 18,4% et les plus âgés, 2,7% des interviewés.

Les interviews ont été réalisées dans la wilaya de Nouakchott. Plus du quart des répondants résident dans la Moughataa de Riyad (28,6%), 16,2% dans celle de Sebkha et 15,6% au niveau de celle d’ El Mina.
Par ailleurs, les répondants proviennent d’un panel d’établissements assez large : 33,3% sont dans un lycée d’enseignement général, 24% proviennent d’un lycée d’enseignement professionnel et 43 % de l’université.
Si les filles sont essentiellement concentrées dans les établissements d’enseignement général, les garçons, eux, sont plus présents dans les lycées professionnels et les universités.

Ci-dessous une synthèse du questionnaire et des réponses qui y ont été apportées :
1. Que pensent les jeunes de l’engagement citoyen ?
Plus de la moitié des répondants (55 %) estiment connaitre ce qu’est l’engagement citoyen, alors que 45 % ne savent pas ce qu’il y a derrière cette terminologie ;
Les hommes ont une meilleure connaissance de l’engagement citoyen : 59,5% des hommes, contre 50,7% des femmes, connaissent/peuvent définir l’engagement citoyen ;
L’engagement citoyen reste mieux cerné par les plus âgés : A ce titre, tous les interviewés âgés de 31-35 ans, contre 74,4% de ceux âgés de 26-30 ans, 54,5% de ceux âgés de 21-25 ans et seulement 22,2% de ceux âgés de 15-20 ans peuvent définir correctement l’engagement citoyen ;
Les étudiants maitrisent mieux le sujet de la citoyenneté : Plus de deux étudiants sur trois (68,3%) savent ce qu’est la citoyenneté, alors que 45,7% des élèves des lycées techniques et 44,9% de ceux de l’enseignement général peuvent définir la notion de la citoyenneté.
2. Parmi ces activités, qu’est-ce qui, pour vous, correspond à un engagement citoyen ? (en %)
Un engagement citoyen correspond à une implication effective dans des activités collectives et s’articule autour de valeurs essentiels : il s’agit d’un engagement politique et un engagement social :
Engagement Politique : Pour la plupart des interviewés, l’engament citoyen est avant tout une participation active dans la vie de la société. A ce titre, voter constitue la principale activité citoyenne : 93,2% des jeunes pensent que l’engagement citoyen correspond au fait d’aller voter. De plus, 72,1% d’entre eux estiment que prendre part à des manifestations pour des causes nobles diverses constitue un engagement ; 61 % des jeunes pensent que l’engagement citoyen correspond à adhérer et mener des activités dans des associations.
Au travers de ces réponses, on conclut que pour les jeunes mauritaniens, la citoyenneté se définit par une participation à la vie de la cité : pour la plupart des interviewés, la citoyenneté renvoie à la contribution de chacun dans l’évolution de la société (voter lors des élections, manifester pour des causes, s’engager dans des associations).
Engagement social : la citoyenneté est perçue comme une participation sociale et/ou un ensemble de valeurs morales. En effet, 57,8% des interviewés estiment que la notion de citoyenneté renvoie à un engagement humanitaire ou social et 53,1% pensent qu’il s’agit d’un ensemble de valeurs morales et solidaires. Avoir un travail est considéré comme un engagement citoyen par 51% des jeunes interviewés. L’emploi, en plus d’être garant d’une certaine stabilité économique, a une dimension sociale très importante dans la société mauritanienne car avoir un emploi permet justement d’avoir les potentialités d’un engagement social.
En plus des engagements politiques et sociaux, les jeunes, pour 26,5%, considèrent que le fait d’adhérer à un syndicat ou un parti politique sont des formes d’engagement citoyen.

3. Quelle est votre principale activité citoyenne ?
Si la plus part des jeunes perçoivent la citoyenneté principalement comme un engagement politique, c'est-à-dire une contribution dans la marche de la société (aller voter, manifester prendre part à des manifestations pour des causes, etc.), leur principale activité citoyenne reste leur engagement/adhésion dans une association. En effet, l’engagement/’adhésion dans une association représente la principale activité citoyenne de 47,2% des interviewés.
Par ailleurs, si 93,2% et 72,1% des jeunes estiment que le fait de voter lors des élections et celui de prendre part à des manifestations correspondent à des engagements citoyens, seulement 17,9% des jeunes considèrent le fait d’aller voter comme leur principale activité citoyenne et moins de 2% soulignent juste la participation à des manifestations comme leur principale activité citoyenne.

Le dynamisme des étudiants dans l’engagement citoyen est plus marqué, contrairement aux jeunes de niveau scolaire, beaucoup plus faible et nuancé, ce qui peut s’expliquer par l’état d’esprit et la maturité respectives des uns et des autres : l’engagement dans une association est la principale activité citoyenne pour plus de la moitié des élèves (57,7% du secondaire et 53,8% du cycle technique). Il n’en demeure pas moins, cependant, que 59,3% des étudiants considèrent quand même l’engagement dans une association (38,9%) et le vote (20,4%) comme leur principale activité citoyenne.
4. A quoi cela sert-il de s’engager de manière citoyenne ?
Le social est le principal volet visé par l’engagement citoyen des jeunes. Il s’agit pour eux, entres autre, d’aider (70,7%), participer (63,9%), construire des liens sociaux (54,4%) et être utile, ce qui constitue à leurs yeux les principaux objectifs. visés par toute action citoyenne.

5. Pourquoi un non-engagement citoyen?
Le manque sensibilisation ou de connaissance en la matière est le principal facteur qui pourrait expliquer le non engagement citoyen de certains jeunes. En effet, les jeunes non impliqués dans le moindre engagement citoyen justifient cet état de fait principalement par le manque d’opportunité (30%). Le manque de sensibilisation se traduit par le fait que :
16,8% des jeunes mettent leur inaction sur le compte de l’inexistence ou de la méconnaissance de structures qui encouragent l’engagement citoyen ;
13,6% d’entre eux ne connaissent ni le rôle, ni l’importance de l’engagement citoyen ;
Une minorité d’entre eux n’y a tout simplement jamais pensé (8%)

Pour les jeunes n’ayant pas d’activité citoyenne, 63,4% d’entre eux estiment qu’avoir plus de temps libre, 43,9%, que faire connaissance avec une équipe dynamique, motivée, et 46,3% qu’être intéressés à une cause pourraient éventuellement faciliter leur engagement citoyen.

Les symboles, motivations, garanties et gages d’un engagement citoyen crédible, réussi et porteur de résultats

Il ressort que pour les jeunes, ce sont en tout premier lieu les personnalités politiques, et plus particulièrement le Président de la République (46%), qui incarnent l’engagement citoyen et, en second lieu, les associations et les bénévoles (14%), les élus et enseignants venant en dernière position.
RECOMMANDATIONS & PISTES DE REFLEXION
Renforcer l’éducation civique est essentiel, avec des enseignants ayant reçu une formation spécifique, de manière à mettre en évidence le lien entre la connaissance du monde dans lequel le jeune vit et l’engagement citoyen ;
Sensibiliser à des actions citoyennes et éco citoyennes ;
Vulgariser des actions sur l’analyse de l’information et des faits de société à l’école ;
Susciter le sens critique des jeunes sur l’utilisation des outils numériques ;
Renforcer et valoriser les forums d’associations, leur donner un aspect tant festif que ludique pour attirer les jeunes car cela peut être un moyen de relayer des informations importantes ;
Soutenir la pratique associative dans les lycées et collèges ;
Impliquer plus fortement les différents élus dans les établissements scolaires afin de renforcer l’information sur les institutions ;
Organiser des moments d’échanges avec l’ensemble du monde économique, social et environnemental dans les milieux scolaires et leur ouvrir les portes des établissements ;
Instaurer un système de tutorat (par exemple un jeune exerce une fonction avec un tuteur qui laisse sa place dans un délai déterminé) ;
Développer et soutenir les formations aux responsabilités associatives ;
Tenir compte de la représentation des jeunes au sein des instances dirigeantes dans les critères d’attribution des subventions.
Réorienter l’aide au développement dans des programmes axés sur la jeunesse et son épanouissement.
Enfin, mettre en place des passerelles, des synergies, partenariats et axes de coopération Nord-Sud avec tous les acteurs institutionnels et ONG étrangères dans les domaines de la lutte contre la migration, de la citoyenneté, de la formation professionnelle, du renforcement des capacités, de l’humanitaire et du développement
M.A.Kane
Coordinateur ONG/GAPAF
46587009/46497055
onggapaf@gmail.com
