02-01-2016 10:35 - Mauritanie - Esclavage :" pour les maîtres , violer les esclaves est un droit "

 Mauritanie - Esclavage :

Boolumbal - "La première fois que j'ai été violée par le maître, je ne portais pas encore le voile, j'avais 12 ans peut-être." M'Barka mint Essatim, 26 ans, issue d'une famille "privée de liberté depuis des générations", elle-même arrachée à sa mère à l'âge de 5 ans, est l'une des nombreuses esclaves mauritaniennes à avoir été libérée par Biram Dah Abeid.

Dans une cabane de bois et de tôles de quelques mètres carrés, sans eau, ni sanitaires, d'un quartier pauvre et excentré de Nouakchott, elle raconte au milieu des mouches qui volent :

Mais, inspirée par ce héros de la liberté, M'Barka décide de s'enfuir, sans ses enfants d'abord : "Mes maîtres ont refusé de me les donner. Pour eux, les enfants d'esclaves appartiennent au maître.

J'ai alors été trouver Biram. Avec lui et ses militants de l'IRA [Initiative pour la Résurgence du Mouvement abolitionniste, NDLR], nous sommes allés voir le préfet qui, à son tour, a convoqué la police. On m'a rendu mes enfants, des enfants du viol. Pour les maîtres, nous violer, c'est leur droit."

Après la victoire de M'Barka, c'est la débandade dans la maison du maître : toutes les autres esclaves s'enfuient à leur tour. L'IRA et Biram Dah Abeid estiment avoir ainsi libéré des centaines de personnes directement, et des milliers indirectement.

Massif, volubile, volontaire, les yeux brillants, Biram Dah Abeid, 49 ans, qui a été jeté en prison quelques jours après nous avoir parlé, pour avoir, entre autres, "encouragé la révolte", est un homme habité par une mission : libérer tous les esclaves de son pays. Ses seuls maîtres à lui sont les philosophes français des Lumières, les inspirateurs de la Révolution de 1789, Rousseau, Diderot, Montesquieu.

En 1981, la Mauritanie devenait le dernier État au monde à abolir l'esclavage. Il a fallu attendre 2007 pour que, sous la pression internationale, cette République islamique, financièrement soutenue par l'Occident et notamment par la France pour sa lutte contre le terrorisme islamique, criminalise cette pratique largement répandue.

Mais à ce jour, malgré quelques récents - et toujours très brefs - séjours en prison, aucun maître n'a encore été condamné définitivement. Il y aurait de 150.000 à 300.000 esclaves dans ce pays désertique, vaste mais peuplé seulement de quelque 3,5 millions d'habitants. Soit le plus fort taux d'esclaves au monde.

Menacé de mort, emprisonné, vilipendé par le pouvoir en place, Biram Dah Abeid ne se soumet pas. Lui et son association l'IRA - toujours pas reconnue par les autorités - multiplient les actions spectaculaires.

Mieux, ce leader abolitionniste et radical prédit une révolution prochaine, lorsque la caste des Haratins, celle des esclaves ou anciens esclaves (environ 40% à 50% de la population), alliée aux citoyens de seconde zone que sont les Négro-Mauritaniens (30%) renverseront les maîtres : les Maures, la minorité arabo-berbère (20%) qui domine aujourd'hui le pouvoir, l'économie, la politique.

Même s'il jure de ne jamais avoir recours à la violence, "toujours destructrice de l'humanisme", Biram Dah Abeid estime que "la déflagration est imminente". "Si ma stratégie échoue, prévient-il, il y aura une violence difficile à maîtriser."

C'est poussé par un sentiment d'urgence et une lourde histoire familiale que Biram s'est lancé dans l'action radicale. Car ce combattant de la liberté à la peau d'ébène est un Haratin, issu d'une famille d'une lignée d'esclaves et d'anciens esclaves. "Mon père a été affranchi dans le ventre de sa mère par son maître", raconte-t-il.

Mais il n'en aura pas pour autant fini avec la traite : il se marie à une esclave. "Il a dû l'abandonner avec les enfants, car le maître ne voulait pas les laisser partir". Comme tous les esclavagistes, celui-ci considérait non seulement l'esclave mais aussi ses enfants comme sa propriété.

Né d'un second mariage, Biram a vite pris conscience de l'oppression que subissaient les Haratins :

A l'école, où la discrimination est forte, Biram se fait plus d'une fois corriger. C'est pourtant son éducation qui va lui permettre de se révolter. Il est le douzième d'une famille de treize enfants, et le premier à avoir été scolarisé.

Dès le primaire, élève brillant, pauvre et turbulent, Biram étudie le Coran avec un marabout peul antiesclavagiste. Au collège, il fondera un premier mouvement de libération. Biram ira loin : des études supérieures de droit et d'histoire en Mauritanie et au Sénégal, et un sujet de thèse sur... l'esclavage.

En 2008, frustré par les méthodes des organisations abolitionnistes qui accumulent les rapports et les communiqués en vain, il fonde l'IRA. Sit-in, grèves de la faim, séjours en prison : l'organisation multiplie les actions coup de poing. Elle ne s'attaque pas seulement au gouvernement mais aussi aux marabouts, les religieux. Elle veut détruire les fondements sacrés de l'esclavagisme.

Comme toujours, Biram Dah Abeid joint le geste à la parole. En avril 2012, devant une foule réunie pour une prière "très spéciale", le leader abolitionniste va réaliser son coup d'éclat. Après avoir prêché de sa voix passionnée les principes égalitaires et humanistes de l'islam, Biram annonce "un jour historique", la "purification des esclaves et de leurs maîtres, de la religion et de la foi".

Il fustige l'"instrumentalisation de l'islam" par une minorité qui veut dominer. Puis il se fait apporter des ouvrages d'interprétation du Coran. Et brûle en public ces livres sacrés. Un crime d'apostasie, punissable de mort dans cette République islamique. Aujourd'hui il décrit cet autodafé comme "un acte fondateur".

Soumise au régime, la presse se déchaîne alors : Biram Dah Abeid, écrit-elle, est un "hérétique". Des journaux se prononcent pour sa condamnation à mort. Il est arrêté, jeté en prison. Le président Aziz apparaît à la télévision et demande aussi sa tête. Biram serait un agent israélien ou à la solde des Américains, ou les deux à la fois. Le vecteur d'un complot occidental contre l'islam.

Mais devant la prison, malgré la propagande et les calomnies, l'IRA réunit des milliers de personnes qui demandent la libération de leur héros. Soumis économiquement et parfois psychologiquement à leurs maîtres, illettrés, souvent éclatés géographiquement, les Haratins se réveillent, ils sortent dans la rue.

Après quatre mois de prison, Biram Dah Abeid est libéré, gracié par un président sous pression. Il a gagné. En 2013, il sera l'un des lauréats du prix des Nations unies pour les droits de l'homme. En 2014, il arrive en deuxième position à l'élection présidentielle.

Une main anonyme a rebaptisé le lieu où il a brûlé les livres religieux "avenue de Biram". L'autodafé des textes sacrés, l'emprisonnement de Biram Dah Abeid agissent comme un électrochoc dans la communauté haratine, notamment chez les esclaves. C'est aussi grâce à l'IRA qu'un premier maître sera emprisonné.

Depuis, un vingtaine d'esclavagistes ont connu, brièvement, la prison. Ils seront systématiquement libérés. Face aux manifestations de l'IRA, la police a le choix : mettre les esclavagistes ou bien leurs détracteurs en prison. Les autorités, qui continuent à nier l'existence même de l'esclavage, font les deux au gré des pressions qu'elles subissent.

Un combat qui "ne mènera qu'à la violence"

Pourtant, malgré ses indéniables succès, les méthodes de Biram Dah Abeid et de l'IRA sont critiquées, et pas seulement par les autorités. Boubacar Ould Messaoud, 70 ans, est le président de l'ONG SOS-Esclaves, reconnue par l’État. Il revendique lui aussi la libération de nombreuses personnes par des moyens plus classiques. Il s'oppose aux méthodes révolutionnaires de l'IRA.

Une universitaire, spécialiste de l'esclavage voit elle aussi en Biram Dah Abeid "un démagogue brillant, autocentré, qui s'appuie sur la frustration des Haratins". Selon cette chercheuse, son combat "ne mènera qu'à la violence".

Mais le leader de l'IRA, lui, renvoie la responsabilité d'un éventuel affrontement sanglant sur la minorité arabo-berbère au pouvoir. Et il dénonce "cet apartheid d'un autre âge, qui ne tient que grâce au soutien de l'Occident, des États-Unis, de la France."

Jean-Baptiste Naudet - Source : l'Obs





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Commentaires (3)

  • sraghaa (H) 02/01/2016 18:28 X

    BIRAME est un imposteur et constitue un danger pour la cohésion sociale .Aujourd'hui il tire sur les BEYDANS et demain c'est les "kowri" .C'est un manipulateur hors pair car étant greffier il connait parfaitement les rouages de la manipulation.

  • sallabarry (H) 02/01/2016 13:54 X

    Émancipation y a rien à dire après vous pour ceux qui connaissent Biram doivent prendre ce monsieur pour un grand menteur moi j’étais son collègue pendant deux années au palais de justice de NDB et j'ai de quoi justifier que c'est un grand tricheur

  • emancipation (H) 02/01/2016 11:17 X

    Votre article est plein d'absurdites et de contre verites, mais ceci ne me surprend guere de votre part, je suis devenu tellement habitue au matraquage des " Experts Occidentaux" que ceci est devenu pour moi tout a fait normal.

    Dire que Biram s'est singularise et distingue par son intelligence des sa premiere enfance n'est pas ce que nous enseigne son cursis, mais pour moi ca fait partie de vos manoeuvres visant a en faire autre chose que ce qu'il est , une marionette entre les mains des RGs.

    Dire qu'il a appris le Coran aupres d'un " Marabout Peul antiesclavagiste", c'est meconnaitre la Mauritanie, au temps ou Biram frequentait l'ecole Coranique toutes les composantes de la societe Mauritanienne etaient esclavagistes, exception faite de quelques Kadihin ( ex MND).

    Mais le message est clair "Un Marabout Peul" et de surcroit anti-esclavagiste, ceci procede d'une conspiration qui n'est pas votre premiere ni derniere.

    Ecoutez l'esclavage existe en Mauritanie, malgre les efforts de l'etat , de la societe civile, son eradication prendra du temps et demande des sacrifices, financiers, politiques psychologiques, tout un package mais pas des campagnes mensongeres.