05-01-2016 23:15 - Système de micro assurance santé en Mauritanie : Pour une participation des populations aux soins de santé de base
L'Authentique - Dr.Amar Mohamed Lemine, chirurgien, ex-Secrétaire d’Etat aux Affaires Maghrébines durant la transition 2005-2007, ancien chef de service de la Polyclinique, conseiller technique au sein de l’UNFPA Mauritanie, puis expert en santé au Bénin, en Guinée Bissau et en République Démocratique du Congo jusqu’en juin 2015, a animé une conférence à Las Palmas de Gran Canaria sur les défis et perspectives de financement des systèmes de santé en faillite dans certains pays.
Dans son introduction, il a souligné l’importance d’un tel forum en tant qu’espace d’échanges et de partage d’expériences. Il permettra, selon lui de faire l’analyse et le bilan de dix an de coopération et de partenariat au profit de la Mauritanie, puis de tirer des leçons et de dégager des perspectives.
Dr.Amar Mohamed Lemine avait dans le cadre de cette conférence présenté une communication sur le système de micro-assurance santé en Mauritanie, avec l’appui de l’UNFPA dans un contexte d’engagement volontariste du gouvernement mauritanien à améliorer l’accès des populations aux soins de santé primaires.
Ce volet de la santé publique compte, selon lui, parmi les défis les plus importants que l’Etat mauritanien devait surmonter, d’où la priorité qui lui a été donné dans le Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP), document stratégique de la politique générale de l’Etat.
D’après lui, la Mauritanie avait initié dans ce cadre plusieurs initiatives dont le forfait obstétrical, une expérience innovante, dira-t-il, dans un pays où le taux de mortalité avait atteint 686 décès pour 100.000 naissances vivantes.
Le système de micro-assurance santé est, selon Dr.Amar, une expérience de mutualisation qui, contre le versement d’une somme d’environ 10 euros (5.000 UM), permettait aux bénéficiaires d’avoir accès à 4 consultations, dont 3 consultations prénatales et 1 consultation post-natale, 3 échographies, 1 bilan général de grossesse, un accouchement médicalement assisté et si nécessaire, une césarienne.
Ce projet pilote avait débuté dans la plus grande maternité du pays, la maternité de Sebkha. Les résultats probants qu’il donna permettra ensuite à l’initiative d’être portée à l’échelle nationale, au niveau de toutes les régions du pays. Les partenaires, soulignera en substance Dr.Amar, ont par la suite apporté d’autres formes de financement complémentaires de la santé, comme le système de micro-assurance santé initié en 2001 par l’UNFPA, au niveau de cinq départements du pays couverts par une dizaine de mutuelles.
Cette expérience visait, selon lui, à améliorer l’accès aux soins de santé pour les populations vulnérables et améliorer en même temps une meilleure compréhension de la santé de la reproduction ou santé sexuelle, dans un milieu social où le sujet est tabou.
Le lancement de cette initiative intervenait, dira Dr.Amar, dans un contexte où le gouvernement mauritanien avait consenti de vastes progrès pour améliorer l’accès aux soins de santé de base en favorisant la décentralisation de la gestion en santé publique et en rapprochant les services de santé des populations.
Cette volonté de l’Etat mauritanien s’est matérialisée, selon lui, par l’adoption de l’Initiative de Bamako depuis déjà une quinzaine d’années, laquelle a été généralisée dans toute la pyramide de santé.
Cette politique met en exergue l’implication des communautés dans la gestion des soins de santé, mais s’appuie surtout sur un système de recouvrement des coûts dans l’approvisionnement en médicaments essentiels, tout en mettant l’accent sur l’importance de la décentralisation dans la gestion comme outil de la bonne gouvernance sectorielle.
Tout ce processus intervenait, souligne Dr.Amar, dans un contexte où 90% de la population rurale et du secteur informel, n’avaient aucun mécanisme collectif de financement en matière de soins de santé.
Ce qui expliquerait la désaffectation des centres de santé. Dr.Amar a évoqué les résultats de l’enquête de faisabilité du projet, en soulignant que près de 90% des personnes enquêtées ont évoqué la barrière financière comme principal obstacle à l’accès aux soins de santé de base.
Dr.Amar a souligné que le projet de micro-assurance santé en Mauritanie est passée= par deux phases de conception, une phase de planification et une phase de mise en œuvre.
Durant la phase de planification, il s’agissait selon lui d’apprécier les besoins réels et prioritaire des populations en matière de soins de santé, de s’assurer de la disponibilité de centres de santé de qualité accessibles aux populations, de s’assurer sur le plan local s’il existait une dynamique de développement économique, de s’assurer qu’il existait des liens de solidarité entre les futurs membres des mutuelles de santé, de juger de la confiance accordée par les populations aux initiateurs du projet.
Parallèlement, une campagne d’information et de sensibilisation aurait été lancée, d’après Dr.Amar, auprès des autorités administratives et sanitaires, mais aussi auprès des populations bénéficiaires. Et de rappeler qu’en Mauritanie, l’insuffisance des ressources financières publiques allouées à la santé constitue le principal problème du secteur, soulignant que la part du Budget national affectée à la Santé ne dépasse guère 3,65%.
L’espoir est cependant permis, notera Dr.Amar qui relève l’engagement du gouvernement clairement exprimé lors du discours de politique générale du Premier ministre, de porter cette part à 15%, conformément au Plan d’action de Maputo dont la Mauritanie est signataire.
Dr.Amar évoquera par la suite les autres phases du processus de mise en place des mutuelles de santé, notamment la création du comité central de pilotage qui devait définir entre autres, les conditions d’adhésions et de fonctionnement des mutuelles. Selon lui, ces mutuelles ont été conçues sous forme associative en l’absence de texte de loi régissant les mutuelles.
Ainsi, les ONG candidates auraient été sélectionnées par une commission technique présidée par le ministre de la Santé et dans laquelle elles sont représentées, tout comme les partenaires et le ministère des Affaires sociales.
Le concept de base du mode de fonctionnement des mutuelles reposait sur le renforcement du partenariat entre les bénéficiaires et les prestataires pour un meilleur impact positif sur les résultats escomptés, sur la base de certaines valeurs comme l’équité.
Les membres des mutuelles devaient également bénéficier de formation et de renforcement des capacités, notamment sur la gestion participative, l’évaluation et le contrôle, la mise en commun des ressources, les techniques de négociation, de concertation et de dialogue.
Les mutuelles devaient s’autofinancer grâce aux cotisations des membres, notamment une cotisation de 200 UM (0,5 euros) pour le droit d’adhésion et une cotisation mensuelle et par membre de la famille de 50 UM.
Cheikh Aïdara
