07-01-2016 17:16 - Les Harratines : Entre le marteau des Arabo-berbères et l’enclume des Négro-africains

Les Harratines : Entre le marteau des Arabo-berbères et l’enclume des Négro-africains

Le Calame - Les Harratines constituent une importante composante de la nation mauritanienne. Cela va sans dire. Aucune statistique officielle ne permet, cependant, de connaître, avec précision, leur nombre exact. Ce qui n’est fondamentalement pas si important que cela. Les Harratines font surtout face, aujourd’hui, à plusieurs problématiques, aussi complexes les unes que les autres.

Il y a, d’abord, la question de leur appartenance, supposée ou réelle, au grand ensemble maure dont ils partagent toutes les valeurs culturelles. Entre ceux qui pensent ceci ou ceux qui pensent cela, la polémique ne s’arrête pas.

Il y a, ensuite, la question de leur émancipation dont est tributaire le développement de tout le pays. Etant entendu qu’il est impossible, pour la Mauritanie, d’avancer normalement, alors que plus de la moitié de sa population ploie, encore, sous le joug de la pauvreté, de l’ignorance et de la maladie.

Il y a, enfin, cette brûlante affaire de l’esclavage, autour de laquelle gravitent tous les calculs et toutes les contradictions. Calculs de ceux qui prétendent défendre les esclaves et anciens esclaves.Et les contradictions d’un Etat qui vote des lois, instaure des tribunaux, emprisonne des contrevenants, en continuant de nier, au plus haut niveau, l’existence d’un phénomène pour lequel des instruments juridiques, des cadres institutionnels et des agences de prise en charge ont été fondés.

Mais, au-delà de toute cette complexité, il y a, surtout, l’attitude des Harratines eux-mêmes, face à leur problématique. Tous les Mauritaniens sont, aujourd’hui, unanimes à reconnaître que cette composante a été victime d’injustice. La réparation de celle-ci et l’émancipation urgente de celle-là sont de la responsabilité de tous.

Mais les Harratines en semblent, paradoxalement, le principal obstacle. Sinon, comment comprendre ces interminables divergences sur de petites considérations qui n’avancent ni ne reculent ? Qu’El Hor meure ou qu’il vive, l’urgence reste que ces millions de mauritaniens laissés en bord de route parviennent à rattraper la caravane. Par l’intermédiaire de qui ne doit pas être une considération essentielle.

Quand la pluie vient, il n’est pas important de savoir d’où elle est venue ! La guerre de leadership n’est pas de propos. Elle relève d’une malveillance notoire, quand bien même l’objectif est unique : permettre à des populations longtemps laissées à la marge de prendre place, dignement et honorablement, parmi toutes les autres composantes nationales. En haut en haut, tous les Harratines, lambda et exceptionnels, disent la même chose.

Mais, en coulisses, ils sont incapables d’accorder leurs violons et de s’entendre sur l’essentiel. Cela veut dire, tout simplement, qu’il y a anguille sous roche. SOS-Esclaves, IRA et autres mouvements, comme El Hor ou le Manifeste pour les droits politiques, sociaux et économiques des Harratines, n’ont certainement pas les mêmes approches de la problématique mais il est impensable qu’ils n’aient pas les mêmes objectifs. Sinon, une fois encore, il y a, forcément, anguille sous roche. Or, quoiqu’on dise dans cette affaire, les Harratines sont d’abord les premiers concernés.

Les autres ont, certes, un rôle important à jouer mais il vient après que les Harratines eux-mêmes se seront compris, dans la transparence, la bonne foi et la maturité. Pour une grande cause, il faut l’émergence d’un grand leader qui jouisse de l’unanimité, de la confiance et du respect de tous. Cela semble encore manquer aux Harratines. Ce n’est pas qu’ils en manquent. C’est, justement, qu’ils en ont de trop.

Aucun de ceux qui brandissent, aujourd’hui, le flambeau d’El Hor n’en est fondateur. C’est la preuve de la continuité de la lutte. Aucun responsable harratine politique, syndical ou militant des droits de l’homme ne donne, aujourd’hui, la primeur à l’autre, de par son expérience, son audace ou son opiniâtreté. C’est preuve d’immaturité et de désorganisation. Il est incontestable que, par endroits, les ambitions personnelles l’emportent sur l’intérêt général de la composante dont on tire la « légitimité » du combat.

Cette débandade justifie le désintérêt, voire le mépris, dont sont victimes les Harratines, au plus haut niveau. Cf. les propos les citant, dans la conférence de presse du président Mohamed Ould Abdel Aziz du 28 Novembre 2015, organisée à Nouadhibou. Comme cela, les Harratines resteront toujours un programme politique que convoitent les deux autres composantes nationales.

D’une part, les Arabo-berbères qui font valoir la dimension culturelle des Harratines, afin de se prévaloir d’une majorité qui leur garantisse de régenter, à leur manière, les ressources et les postes de l’Etat. Et, d’autre part, les Négro-africains qui ne désespèrent pas de rallier à leur cause des supposés cousins lointains que les razzias et rezzous leur ont enlevés, dans la perspective d’une éventuelle bataille de positionnement démographique, pour la réalisation d’ambitions groupusculaires.

L’unité des Harratines semble le seul rempart contre ces diverses velléités. C’est pourquoi la revendication de composante à part entière est une réclamation pertinente. Si tant est qu’elle permettra, aux Harratines, de dépasser leurs querelles inutiles et de conjuguer leurs efforts, afin de travailler effectivement, la main dans la main, avec leurs autres concitoyens, pour l’émancipation effective des millions de personnes encore dans la misère et le dénuement dans les adwabas, campements et quartiers précaires des grandes villes nationales.

Sneiba El Kory



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Commentaires (9)

  • ndiagadiouf (H) 18/01/2016 18:06 X

    VIVE BIRAM, VIVE MESSAOUD, VIVE SARR IBRAHIMA, VIVE KANE HAMIDOU BABA. VIVE LE FRONT UNI. NDIAGADIOUF.

  • ndiagadiouf (H) 18/01/2016 17:42 X

    Vouloir nécessairement rechercher une différence entre les haratines et les négros africains est une vaine intention, du point de vue des droits humains. Tous souffrent d'une marginalisation sévère qu'on essaie de maquiller de temps à autres à travers de petites distributions de postes. La solution définitive de leur situation d'exilés dans leur propre pays, réside dans une prise de conscience réelle d'une nécessaire dynamique de solidarité. Sinon, il est interdit de se plaindre sur leurs sorts.

  • ngaari aalam (H) 07/01/2016 23:26 X

    Le titre me fait vomir.Le contenu n a pas d utilite. L emancipation n est pas pour demain. Un lavage du cerveau pour tous s'impose. L auteur de ce torchon seme plus de divion.

  • Symaodo (H) 07/01/2016 22:44 X

    QUELLES marteaux? QUELLES enclumes? cessez de dresser les communautés entre elles.

  • Ibiliss (H) 07/01/2016 22:28 X

    Quel amateurisme! Quand on n'a rien à moufter, il vaut mieux la boucler que de moufter! 1. "ils se seront compris, dans la transparence, la bonne foi et la maturité": voilà ce qu'est causer dans le vide! Dites-nous, quelle communauté ici "se comprend dans la transparence, la bonne foi et la maturité"??? 2. Et vous, vous causez en tant que qui? Pourquoi ce ton détaché qu'affiche votre article??? Ne vous sentiriez-vous pas concerné??? Ne comptez-vous, renégat, pas parmi l'élite de cette communauté??? Si les américains ont pu se réinventer loin des british, je ne vois pas pourquoi les hratines n'arriveraient pas non plus à s'émanciper loin des négro-africains et des arabo-berbères! La démocratie n'interdit nullement la réflexion, monsieur le journaleux! Et puis collez la paix aux hratines!

  • Dabalaye2015 (H) 07/01/2016 21:18 X

    Tous les Mauritaniens sont concernés par la situation difficile de la communauté Haratine en Mauritanie, voila une communauté qui a souffert toute son existence et qui continu de souffrir, donc elle a besoin du concours des autres communautés pour s’en sortir, aucune communauté ne peut aller sans les autres, seulement il y’a des discours tenus par certains soit disant intellectuels qui agissent au nom des ONG reconnues où non reconnues qui doivent être bannit sur le fond comme sur la forme.

    Nous avons suivit avec beaucoup d’attention la rencontre organisée le vendredi par monsieur Samory Ould BEYE du mouvement El Horr, où et c’est le lieu de le dire un intervenant à beaucoup fustiger les autres communautés, il a déversé sa sébile sur les autres en minimisant leur présence à coté de leur frère haratine, je pense qu’il a une mission de diviser les communautés pour mieux régner comme le système qui existe actuellement dans le pays et qui continue de diviser ses fils et frères, nous appelons Monsieur Samory Ould BEYE de ne pas céder à ce genre de discours qui ont pour but de plaire au pouvoir en place. Personne n’est éternel.

  • habouss (H) 07/01/2016 18:41 X

    Mohamed, tu as été en d'autres temps, beaucoup plus inspiré ! Ce titre na rien à avoir avec le corps de l'article. Les négros et les haratines partagent l'exclusion et le déni de reconnaissance, c'est à dire deux entités ignorées et utilisées. C'est tout, vouloir instaurer une dichotomie entre les deux dans le sens oppresseur est une vue de l'esprit sans , tu t'en rencontres par le raccourci de ".....Et, d’autre part, les Négro-africains qui ne désespèrent pas de rallier à leur cause des supposés cousins lointains......."

  • Symaodo (H) 07/01/2016 18:41 X

    Y'a pas de titre aussi nul et idiot que ce pamphlet; les négros africains,terme plus que péjoratif d'ailleurs ne cherchent pas a recuperer les haratines c'est de la désinformation a deux ouguiyas,les harratines même s'ils baragouinent le hassania sont des négros de souche qu'on le veuille ou non.dans la Mauritanie toute entière,du nord au sud il n'y a pas un seul hartani qui peut affirmer que son aïeul vient du Yémen ou d’Arabie saoudite,il faut cesser de mettre a dos les communautés de ce pays,les haratines sont de souches;wolof,mandingue,peul,sereres,on ne peut refaire l'histoire,ils sont tous conscients de cela

  • medmedelmaouloud (H) 07/01/2016 18:35 X

    Luttons pour les droits fondamentaux des pauvres en général et des ignorants en général, quelque soit leur race, ethnie, tribu et caste. Quand tout le monde mangera à sa faim et pourra écrire ses articles et commentaires, lui-même, et lire tout ce que les autres écrivent pour ou contre lui, il n y aura plus de hartani ni bidhani, ni torodo ni methiouda. D'autres nations ont passé par le stade où nous sommes et l'on dépassé à tel point qu'on ne sait plus qui était quoi. Travaillons dans ce sens et ne perdons pas le temps dans des considérations qui ne nous avancent en rien.