21-01-2016 14:30 - Les villes, dernier refuge des victimes de l’esclavage en Mauritanie

Les villes, dernier refuge des victimes de l’esclavage en Mauritanie

DuneVoices - « Personnellement, je n’ai pas été victime d’esclavage. Mais ma famille vivait chez les Beidhanes (communauté Maure) dans la campagne et était à leur service. Moi, j’ai préféré partir en ville pour y vivre. J’ai des enfants de pères différents, puisque mon premier mari m’a répudiée en me laissant les enfants.

J’ai ensuite épousé un autre homme qui est au chômage, ce qui m’a obligée à exercer certains métiers et à me procurer une carriole pour que mon fils aîné travaille dessus et m’aide à gagner notre vie ».


C’est ainsi qu’Ambout résume sa nouvelle vie, maintenant qu’elle s’est établie dans une modeste chaumière dans la banlieue est de la ville d’Aleg, capitale de la province d’El Brakna au centre de la Mauritanie.

Car, après avoir décidé de quitter la campagne où vivent ses anciens maîtres pour s’installer en ville, le but de cette femme a été de trouver une source de revenu qui lui permette à elle et à ses enfants de vivre dignement sans avoir à tendre la main aux autres, même si les revenus en questions ne viennent jusque-là que de la vente de quelques gâteaux et de ce que le fils aîné peut récolter en transportant, à bord de sa carriole, des bagages et des marchandises au marché de la ville.

La situation d’Ambout semble toutefois meilleure que celle de sa voisine « Lakhila Ment Lekhdam », venue il y a quelques années de la région de Boufekrine au nord de la province pour s’installer à son tour dans les banlieues nord d’Aleg. Elle affirme avoir, elle aussi, vécu avec ses maîtres à la campagne avant qu’une vague de froid glacial ne provoque la mort massive du bétail, ce qui l’a poussée à partir vers la capitale de la province.

Lakhila a choisi de travailler comme servante pour le compte de quelques familles relativement aisées. Son travail consiste à préparer pour le dîner le fameux repas local connu sous le nom de « couscous », en échange de sommes d’argent qui lui permettent de subvenir aux besoins de ses enfants que leur père a quittés il y a quelques années, les laissant sans soutien.

Elle est parvenue à se construire une chambre en argile et à dresser une tente juste à côté. Mais des douleurs aiguës à la jambe droite, et pour lesquelles elle n’a pas consulté de médecin, faute d’argent, l’ont obligée à cesser de travailler.

Elle a donc fait sortir sa fille de l’école pour qu’elle travaille à sa place, décision qu’elle a étendue par la suite à toute la fratrie pour être sûre de préserver les sources de subsistance.

La situation d’Ambout et de Lakhila est la même que celle de nombreuses femmes de cette catégorie qui ont quitté la campagne et qui, étant en dessous du seuil de la pauvreté, ont relativement trouvé leur bonheur dans les quartiers de fortune construits aux extrémités des villes.

Malgré la réalité impitoyable, la cherté et les exigences de plus en plus nombreuses de la vie, elles vivent pour la première fois l’expérience de compter sur elles-mêmes et de subvenir par leurs propres moyens aux besoins de leurs familles.

El Mehdi Ouelt Sidi Mhammed, un ancien esclave affirme que la principale cause qui fait que les stigmates de la traite perdurent encore, bien que quatre décennies se soient écoulées depuis que l’Etat mauritanien l’a officiellement abandonnée, demeure la généralisation de la pauvreté et de l’ignorance.

Aussi appelle-t-il les organisations des droits de l’homme à concentrer leurs efforts sur ces aspects du problème, au lieu de faire en sorte que les personnes appartenant à cette catégorie perdent leurs places d’employées de maisons, sous prétexte que l’on craint qu’elles n’y soient victimes d’esclavage.

L’activiste des droits de l’homme au sein de l’organisation « SOS Esclaves », Khadjane Mint Mohamed qui s’est finalement installée dans le quartier de Mîifissa au nord-ouest de la ville d’Aleg, trouve que les lois promulguées afin de mettre fin à la traite des esclaves, manquent de modalités d’application et de mise en pratique.

Cela est dû à l’absence d’une volonté réelle et sérieuse de la part de la société, du pouvoir et de l’élite scientifique et religieuse du pays pour résoudre le problème social chronique qu’est l’esclavage, ce qui garantit une couverture religieuse et sociale aux adeptes de cette pratique.

Assurant avoir été témoin de plusieurs cas de traite n’ayant pas été dénoncés car bénéficiant de complicité sociale et de négligence de la part des autorités concernées, Khadjane s’interroge enfin sur le rôle que les Conseils Régionaux peuvent jouer dans le but d’éradiquer ce fléau et de soutenir les victimes.



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