24-01-2016 09:54 - Safietou Kane, directrice générale de "Maaro Njawaan" : " Nous voulons montrer qu'un riz de qualité est disponible chez nous, et que sa commercialisation est possible"

Safietou Kane, directrice générale de

Mozaikrim - Au moment où l'effort national peine à soutenir le riz local, et à lui assurer des débouchés, des initiatives privées, comme celle de "Maaro Njawaan", émergent pour au moins soulager les agriculteurs du Trarza, en leur offrant des perspectives de commercialisation de leur riz, à un juste prix, immédiatement disponible. Entretien avec sa directrice générale Safietou Kane.

Pourquoi avoir développé en particulier ce projet agroalimentaire?

Mon père nous a habitué depuis tout petit à l'environnement rural et agricole de Tékane. J'y suis viscéralement liée. J'y ai régulièrement entendu les plaintes des agriculteurs, sur la baisse des prix du riz, et le manque de débouchés qui leur sont offerts. Pour la communauté qui vit essentiellement de cette agriculture, c'est un problème grave.

Du coup, c'est un problème devenu une opportunité, qu'on a saisi. Venait le processus de comprendre intégralement le processus de culture du riz, l'usinage, la vente, le marché, et la logistique. Enfin il fallait juste se lancer.

La Mauritanie consomme 120.000 tonnes de riz par an, et la production locale ne couvre pas la moitié des besoins. Il y a donc des enjeux de sécurité et d'autosuffisance alimentaire pour un pays qui peut légitimement et objectivement y aspirer.

En rencontrant les agriculteurs, quelles difficultés avez vous rencontré ?

(Pensive). Aucune en particulier. Je pense cependant que toutes les activités d'entreprise, en dehors de la vente de vêtements, la coiffure, et la restauration, sont traditionnellement pensées hors de portée du genre féminin. Malgré de notables progrès dans la tolérance à ce sujet, avec des cas de femmes émergentes. Par exemple, quand je vais à la rencontre des camionneurs pour réceptionner le riz en provenance de Rosso où il est traité, ils manifestent leur surprise de voir une jeune femme dans ce domaine, a priori réservé aux hommes ici. J'ai souvent eu ce genre de remarques : "tu vas faire tes études aux USA (Bachelor en International Business and Management- ndlr), et tu reviens travailler dans le riz!?" (rires).

Où achetez-vous le riz? Comment le traitez-vous?

Le riz est acheté dans le Trarza, avec tous les agriculteurs sans distinction. Seule la qualité prime. Nous nous imposons une certaine qualité. Ainsi nous avons une grille de prix en fonction de la qualité du paddy. Un bon paddy contient au moins 50% de riz blanc, le reste étant transformé en aliment de bétail. Le riz est transformé à Rosso par un prestataire externe auquel nous précisons la production d'un riz le plus blanc possible. Nous y avons fixé un contrôleur qualité pour nous en assurer.

C'est un débouché potentiellement important pour les producteurs de riz mauritanien...

Absolument ! L'agriculture offre des opportunités de travail incroyables dans un pays où la quasi-totalité de ce que nous consommons vient de l'extérieur. Développer le circuit économique de l'activité agricole revient donc d'abord à offrir des débouchés directs aux agriculteurs qui peuvent ainsi écouler leur production, et pérenniser la régularité de leurs campagnes de riz. Ce serait aussi assurer des emplois ouvriers dans le monde rural qui a besoin de fixer une partie de sa jeune population.

Un mot particulier ?

Ce genre de structure est un soulagement pour les agriculteurs, qui ont l'opportunité d'être payés immédiatement en cash à la vente, ou 90 jours plus tard pour un forfait plus important de 10% que la somme à la vente directe. Un gros problème est résolu pour ces agriculteurs qui disponibilisent ainsi le pécule, ou tout au moins une part importante du pécule dont ils auront besoin pour leur prochaine campagne de riz.

Nous voulons montrer qu'un riz de qualité est disponible chez nous, et que sa commercialisation est possible. C'est vraiment un des objectifs spécifiques de cette entreprise. Chez Maaro Njawaan nous voulons redorer le blason des produits agricoles mauritaniens assimilés faussement à la "mauvaise qualité" et au "bas prix". Une très grande partie des clients déjà passés dans nos boutiques, ont confondu le riz local avec le riz importé ! C'est une fierté.



Les articles, commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité


Commentaires : 4
Lus : 2869

Postez un commentaire

Charte des commentaires

A lire avant de commenter! Quelques dispositions pour rendre les débats passionnants sur Cridem :

Commentez pour enrichir : Le but des commentaires est d'instaurer des échanges enrichissants à partir des articles publiés sur Cridem.

Respectez vos interlocuteurs : Pour assurer des débats de qualité, un maître-mot: le respect des participants. Donnez à chacun le droit d'être en désaccord avec vous. Appuyez vos réponses sur des faits et des arguments, non sur des invectives.

Contenus illicites : Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes ou antisémites, diffamatoires ou injurieux, divulguant des informations relatives à la vie privée d'une personne, utilisant des oeuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).

Cridem se réserve le droit de ne pas valider tout commentaire susceptible de contrevenir à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, promotionnel ou grossier. Merci pour votre participation à Cridem!

Les commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité.

Identification

Pour poster un commentaire il faut être membre .

Si vous avez déjà un accès membre .
Veuillez vous identifier sur la page d'accueil en haut à droite dans la partie IDENTIFICATION ou bien Cliquez ICI .

Vous n'êtes pas membre . Vous pouvez vous enregistrer gratuitement en Cliquant ICI .

En étant membre vous accèderez à TOUS les espaces de CRIDEM sans aucune restriction .

Commentaires (4)

  • Gorkovitch (H) 25/01/2016 11:38 X

    "Maaro Njawaan" ou "le Riz de la rivière Njawaan"; Njawaan cette rivière qui longe Tékane. Le riz de la Vallée a des valeurs nutritives exceptionnelles. Même à l'état "sauvage" ce riz était apprécié par nos grands-parents. Donc tout faire pour mieux la vulgariser. Du courage Madame Kane!

  • NDIOURBEL (H) 24/01/2016 14:13 X

    Merci de votre courage, les issus de commercialisation du riz local est ouf de soulagement pour les agriculteurs de la région.

  • Ould Yarg (H) 24/01/2016 13:12 X

    Falicitation Voila une Mauritanie innovative et participative au developpement. il faut encourager des initiatives pareilles, produire et consommer localement. sortir du dicktat des commercants verreux qui ont mis ce peuple a genoux. a la place des boutique EMEL voila un systeme qui va permettre a l etat d'economiser des fonds mais aussi encourager les cultivateurs locaux.

  • Walowalo2016 (H) 24/01/2016 10:59 X

    A, Diarama seeydi kane, je viens juste il y’a moins de 24 heures de consommer ce riz de qualité accompagner de beaucoup d’hommes politiques dans les journée de réflexion d’un grand parti politique de la place, du courage, seul le travail paye et merci d’avoir mis ta connaissance au service de ton peuple, la réussite et la victoire sont au bout. Merci seeydi Kane et bonne continuation, A Diarama