06-02-2016 15:10 - Secteur de l’agriculture : La désillusion des producteurs

Secteur de l’agriculture : La désillusion des producteurs

L'Authentique - Le président de la République, Mohamed Abdel Aziz, avait soulevé un immense espoir lors de la sa dernière visite au Trarza quand il avait promis que l’Etat allait acheter la totalité de la production rizicole.

Il aurait parlé, selon certaines sources, sans mesurer les capacités financières disponibles au niveau du Trésor public. L’erreur sera par la suite relevée d’abord par le ministre des Finances qui nia formellement une telle déclaration pourtant immortalisée par enregistrement en son et image.

Le Premier ministre vient de confirmer ce désistement en expliquant devant les députés, lors de la présentation du programme de politique général de son gouvernement, que l’Etat n’achètera que 40.000 tonnes sur les 120.000 tonnes de la production nationale de riz, indiquant que ce sont ces quantités qui correspondent à ses besoins.

N’empêche, la Chamama et ses habitants vivent ces temps-ci la désolation. Leurs champs sont livrés aux essaims d’oiseaux granivores, souffrant en silence, de l’absence de toute aide publique. Même les engrais que l’Etat livrait gratuitement n’ont pas été fournis, réduisant à néant les efforts publics pour le développement agricole, comme si la Mauritanie officielle avait déclaré une guerre tacite à l’une de ses principales ressources. Certains agriculteurs vont même jusqu’à entrevoir un complot ourdi contre l’agriculture, se demandant « à qui profite le crime ? »

Pourtant, le nombre d’ouvriers agricoles est estimé à plus de 35.000 individus, selon les chiffres fournis par la Fédération nationale des agricultures. Les chiffres officiels de la Mauritanie indiquent quant à eux que plus de 60% de la population mauritanienne vivent de l’agriculture. Les 35.000 paysans répartis sur l’ensemble du territoire se sont constitués en coopératives rurales ou familiales, en réseaux plus ou moins importants, d’autres évoluent seuls, et d’autres encore se sont spécialisés dans la vente des aliments de bétail, dans l’élevage…

Le secteur agricole avait connu dans les années 90 un boom sans précédent en termes de détournement et de gabegie, au moment où un flux massif de financements extérieurs et d’investissements privés sur prêts bancaires nourrissaient le secteur. C’était l’époque où l’agriculture avait connu le plus grand appui international, mais les milliards de dollars qui lui étaient destinés n’ont jamais profité au secteur. Le népotisme, la malversation et la mauvaise gestion financière avaient empêché à l’agriculture de décoller et de donner les fruits qui ont profité à d’autres pays qui ont construit leur développement économique et social sur leur révolution agricole.

Pourtant, toute cette masse d’argent destinée à l’agriculture n’a profité qu’à une minorité d’hommes d’affaires influents, quelques notables traditionnels, des officiers de l’armée et des élus, qui se sont partagés la manne financière mobilisée sous le long règne de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya.
Le feu de la corruption avait embrasé tous ces immenses financements ainsi que tous les budgets nationaux annuellement destinés au secteur de l’agriculture. L’action des prédateurs des fonds publics n’a ainsi jamais cessé avec la bénédiction des différents régimes qui se sont succédé dans ce pays. Leurs méfaits ont été toujours judicieusement couverts, sans contrôle ni poursuites administratives ou judiciaires.

Seule lueur d’espoir dans ce tableau apocalyptique, les observateurs relèvent le bref passage de l’ancien président déchu Sidi Ould Cheikh Abdallahi. C’est le seul Chef d’Etat mauritanien qui se serait, selon cette thèse, conformé aux normes de gestion établies par les bailleurs internationaux, lesquels ne lui ont exigé que ce qu’ils ont toujours exigé à ses prédécesseurs, à savoir le développement du secteur agricole en contrepartie de prêts financiers consistants.

Les démarches entreprises sous la présidence de Sidi Ould Cheikh Abdallahi dans ce domaine sont considérées comme exemplaires. Il aurait commencé à redonner vie à un secteur moribond et détruit. Sont cités dans ce cadre les campagnes d’aménagement gratuit de milliers d’hectares avec l’appui de la BAD à travers la Société nationale d’aménagement du territoire (SNAT). En plus, l’homme avait initié un système de subvention au profit des agriculteurs, à hauteur de 57.000 UM pour chaque hectare cultivé. Assez suffisant pour que des milliers de Mauritaniens s’orientent vers l’agriculture. En plus, l’Etat mettait l’engrais gratuitement à la disposition des coopératives agricoles, cédant la moitié de leur prix aux privés. Toutes ces mesures ont été annulées après sa chute. A l’époque de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, les tronçonneuses étaient louées 22.000 UM à l’hectare. Le même service a été revu à la hausse pour atteindre 100.000 UM à l’hectare, créant une poussée de colère tout le long de la Vallée.

La fédération nationale des agricultures n’avait face à ces mesures draconiennes que faiblement réagi malgré le recul constaté au niveau de la commercialisation des produits de la terre et malgré la perte de tous les acquis. Mais les réactions purement formelles de la fédération ont été supplantées par le tollé des agricultures qui sont allés jusqu’à brandir une grève générale, sous la forme d’une année blanche sans agriculture.

Résultat de la morosité qui gagne le secteur agricole, la présence de plusieurs milliers de tonnes de riz, emmagasinés sans décorticage. En plus de cela, le financement extérieur en faveur de l’agriculture a beaucoup baissé tout comme le flux financier interne. Le plus grand signe du délaissement du secteur de l’agriculture par les autorités, se manifeste par la démission de l’Etat dans la protection aérienne des champs contre les prédateurs des cultures.

Ainsi, les milliers d’oiseaux granivores qui ont dévasté près de 30% des cultures à la Chamama n’ont trouvé devant eux aucune résistance aérienne. L’Etat n’a déployé le moindre avion pour les combattre.

L’actuel ministre de l’Agriculture avait promis aux paysans, lors de sa dernière tournée qu’elle va en mobiliser pour chasser les oiseaux, mais rien n’a été fait, selon les agriculteurs.

Pire, la caisse d’épargne et de crédit agricole se serait elle aussi délaissé de sa mission. Elle ne reconnaît plus aux titres de propriété agricole la moindre garantie et semble également ne donner aucune importance aux garanties données par l’Etat aux coopératives et aux diplômés chômeurs.

De telles mesures auraient entraîné un recul de la production à 2 tonnes par hectare, pesant lourdement sur la capacité des agriculteurs à honorer leurs dettes et solder leurs dépenses. Le plus grand malheur qui est venu s’ajouter à tous les maux cités, le désistement de l’Etat à acheter la production rizicole, alors que tous les espoirs y étaient fondés.

Face à l’incapacité des délégations régionales de l’agriculture à répondre aux attentes du monde rural, certains l’accusant d’être des nids de corruption et de népotisme, beaucoup d’opérateurs ont passé des contrats tacites avec des conducteurs d’engins de pulvérisation pour les dépouiller de leurs parasites.

Le paradoxe serait l’arrestation d’une vingtaine de jeunes diplômés-chômeurs qui n’ont pas pu, sous ces conditions draconiennes de l’agriculture, payer leurs dettes à la Caisse de dépôt (CDD) alors qu’aucune possibilité ne leur a été offerte. Certains de relever que la masse financière qu’ils doivent à la caisse ne représente pourtant que 10% des dettes contractées par un puissant homme d’affaires dont l’ardoise a été purement et simplement effacée.

C.A



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Commentaires (4)

  • cccom (H) 07/02/2016 08:07 X

    Monsieur le Premier Ministre, dans le début des années 90, l’Etat permettait sous ce même prétexte de protection des agriculteurs) aux importateurs d’importer le riz au prix CAF Port de Nouakchott de 40 UM/kg pour le revendre à 120 UM/kg aux consommateurs en contrepartie le pool devait acheter le paddy à 34UM/kg au moment où son coût de production était de 44 UM/kg. Les importateurs avaient réalisé un bénéfice sur le dos des consommateurs prés de 8 milliards d’UM sur l’importation des 106.000 tonnes et ruinés les agriculteurs de 10 UM/kg sur chaque Kg produit. J’avais demandé, sur la table de négociation à la CGEM que ces 8 milliards soient réceptionnés par l’Etat pour subventionner l’agriculteur. Mais Niet. Va-ton répéter le même scénario des années 90? SVP,portez secours à Madame la Ministre, aux consommateurs, aux agriculteurs en barrant la route à l’arnaque des importateurs et de leurs agents dans le systéme fossoyeurs des agriculteurs et consommateurs. cheikhany_ouldsidina@yahoo.fr.

  • citoyendupays (H) 06/02/2016 23:53 X

    Je suis désolé de le dire mais le gouvernement actuel joue avec l'avenir du pays.Mme la ministre,allez vous financer la campagne de contre saison chaude qui apparemment le démarrage a été donne par tous gourvenement soucieux du bien être de leur population sauf chez nous.et avec votre programme d'insertion de diplômées chômeurs qui devait leur disponibiliser le financement.encore une fois mr votre programme pour l'agriculture est un echec programme

  • alhagh (H) 06/02/2016 22:28 X

    le president est un grand farceur: nommé une femme qui ne distingue pas entre une graine de riz et une graine de mil et qui passe le plus clair de son temps à faire attention à son teint, pour faire progresser un secteur qui demande connaissance du secteur, volontarisme et energie (tout ce qui manque à notre respectable ministre!) est un sabotage! La dame, dont on dit qu'elle a déjà engragé une fortune, a probablement l'esprit ailleurs que le developpement agricole. Quel pays Al Hagh

  • cccom (H) 06/02/2016 17:36 X

    Madame la Ministre de l’Agriculture, chére soeur ? Etant donné que les importateurs du riz, SONIMEX inclue, ont importé et disposent en stock de 3 fois fois ,au moins, les besoins annuels de consommation en riz ( prés de 120.000 tonnes/an) http://knoema.fr/atlas/Mauritanie/topics/Agriculture/Commerce-Quantit%C3%A9-dimportation/Rizdûment importés de 2008 à 2015 bien avant l’augmentation de la taxe douanière qu’ils vendront à 200% plus chers que leur prix réels de revient en argant de la surtaxation douanière. Il te rievient soit d’intervenir avec tenacité pour: 1-soit démontrer ( hélas tu n’as pas de personnel compétent et militant dans ton cabinet) en collaboration avec les Ministéres du commerce (protection des consommateurs) et des finances (douanes) au Présidenrt de la République le double complots des importateurs préparés depuis quelques années contre les consommateurs , les agriculteurs et l’Etat pour des prises de décisions protectrices des consommateurs et producteurs aux agriculteurs d’engager deux années blanches sans ag:riculture jusqu’à la vente des 300.000 à 400.000 tonnes des importateurs qui vont s’enrichir au détriment des consommateurs ou d’engager un bras de fer avec ceux-ci san soutien des agriculteurs étant sans syndicat compétent et combatif. 2- Soit de rester spectatrice de l’enrichissement rapide et illicite des importateurs sur le dos des consommateurs et la ruine des agriculteurs.. cheikhany_ouldsidina@yahoo.fr fondateur en 1988 de la FAEM de la CGEM. spécialiste de la filère riz de 1984 à 2002.