08-02-2016 12:33 - En Mauritanie, des apatrides dans leur propre patrie !

 En Mauritanie, des apatrides dans leur propre patrie !

DuneVoices - Dans les textes, tous les Mauritaniens sont égaux en droits et en devoirs. Dans les faits, c’est hélas encore loin d’être le cas. Entre les mains des « blancs » (maures, Ndlr), l’administration refuse encore dans certaines localités d’enrôler les populations de race noire.

En somme, celle-ci n’ont pas le droit d’avoir des papiers d’identité biométriques. Cette pratique d’un autre âge à conduit, à la longue, à construire une société à deux vitesses. Une société dans laquelle certains jouissent de tous les droits alors que d’autres sont relégués au rang de citoyens de seconde zone juste bon à d’obéissants serviteurs.

C’est une ségrégation raciale qui ne dit pas son nom. Même les enfants sont victimes de ce racisme inique. «Le directeur de l’école primaire du quartier a refusé d’inscrire notre fils de 7 ans. Pourquoi? Tout bonnement parce que le petit n’avait pas de papiers d’enrôlement», témoigne Hawa Mamadou.

Assise sous un hangar près de son époux et de ses trois enfants, la vielle femme ne comprend pas comment un directeur d’école peut interdire à un gamin de s’instruire, de surcroit lorsque ce gamin est aussi mauritanien que lui.

El Hadj Mamadou Thiam, né en 1976 à Kiffa, possède un acte de naissance portant le N°030011580570. Il est Mauritanien mais ne parvient toutefois pas à se faire enrôler dans le fichier biométrique. Sa sœur, Aîssata Mamadou, et son demi frère, Sileymani Sow, cherchent aussi à se faire enrôler depuis 4 ans mais en vain.

Pourtant, les actes d’état civil de El Hadj Mamadou Thiam, de ses frères et de ses sœurs ont été signés par l’actuel ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation, Ahmedou O Abdallah qui avait servi comme préfet à Kiffa. C’est à ne rien comprendre.

Ce traitement à deux vitesses touche également les plus fidèles serviteurs de l’Etat comme c’est le cas de Bâ Amadou Samba, un ancien militaire. A 59 ans, l’ex-sergent qui a combattu dans l’armée Mauritanienne contre le Sahara occidental durant 4 longues années ne comprend pas le traitement qui lui est réservé après tous les sacrifices qu’il a consentis pour défendre la partie. Ses enfants : Marième, Samba et leur grande sœur aînée Souadou âgée de 21 ans, mariée et mère d’un garçon, n’arrivent également pas à se faire enrôler.

Les cas de Mauritaniens que l’administration mauritanienne refuse de reconnaitre comme citoyens, car c’est de cela dont il s’agit, sont très nombreux. Et souvent ces refus provoquent des drames et brisent des carrières ou des vies.

Halima Alassane N’Gaîdé, ancienne élève du Lycée de Boghé s’est elle aussi vue interdire de passer son examen du baccalauréat en juin 2013 par la Direction des examens et des concours relevant du ministère de l’Education nationale.

La raison ? Elle n’avait pas été enrôlée. Et pourtant, elle était l’une des plus brillantes de son lycée. Son acte de naissance a été établit en 1994 au centre d’état civil de Téyarett à Nouakchott. «C’est avec le même document que je me suis présentée au concours d’entrée au collège en 2006 et à l’examen du Brevet d’Etudes en 2010.

Et j’ai été admise»,
déclare Halima avant de renchérir la mort dans l’âme : «Je ne comprends pas qu’on m’interdise de me présenter au Bac avec le même document d’état civil. C’est scandaleux et injuste !». Convaincue que l’administration ne veut pas de gens comme elle à l’université, Halima a décidé de ranger ses cahiers et de…se marier.

S.L. est une jeune femme originaire de la localité de Bababé. Désemparée, elle a tenu à conserver l’anonymat. Elle peine à enrôler son enfant né d’une relation hors mariage à l’état civil bien qu’elle ait une existence tout ce qu’il y a de «légale». «Mon fils est né suite à une relation hors mariage.

Il s’appelle Ali et a 10 ans. Il a été enregistré à l’état civil de la mairie à sa naissance en 2005. Lorsque j’ai voulu l’enrôler, on m’a exigé le certificat de mariage avec son père. J’ai dit que je n’en avais pas. On m’a dit d’aller l’établir au tribunal du Cadi. Hélas, comment peut-on établir un document pour un mariage qui n’a jamais existé»
, se lamente-t-elle.

Aîchetou, Oumnasri et Toutou sont trois sœurs. Elles sont aussi arrivées dans une impasse. Une impasse appelée administration. Elles habitent le quartier de Talha, derrière le lycée Technique de Boghé. Aucune d’elles ne dispose d’un extrait du registre national des populations.

L’aînée, Aîchettou, est âgée de 23 ans. Son acte de naissance porte le numéro 130202219921745. Elle est aujourd’hui mère de trois enfants : Mohamedou, Khadjettou et Wouratou. Mohamed, leur père, n’est toujours pas enregistré dans le fichier biométrique, ce qui risque de compromettre la scolarité de Oumnasri qui est au collège et de Toutou qui prépare son CEPE.

Que pense l’administration de ce que la population qualifie d’«injustice» ? Le sous-préfet du département de Boghé tient d’abord à minimiser le problème. Pour lui, le nombre de personnes n’ayant pas été enrôlées n’est pas élevé. «La grande majorité des Mauritaniens a été enrôlée.

Ceux qui ne le sont pas ne réunissent pas les conditions requises »
, tranche-t-il sans toutefois dire ce qu’il adviendra des gens qui n’ont pas pu se faire inscrire dans le fichier biométrique. «Ce n’est pas par manque de considération qu’ils ont été laissés en rade mais cela relève de la responsabilité des intéressés et pas de l’Agence Nationale du Registre des Populations et des Titres Sécurisés (ANRPTS) et encore moins des pouvoirs publics», prévient-il.

L’attitude de l’administration révolte Samba Fall, expert-consultant en développement, président du Réseau de la Promotion de la Citoyenneté et de la Bonne Gouvernance (RPCB) et responsable de l’ONG New Vision.

Il soutient que l’inscription sur les registres de l’état civil est un «droit fondamental » et un «principe universel des droits de l’homme». «Les mesures imposées aux citoyens doivent être simplifiées. Tous reconnaissent qu’il y’a dans cette opération d’enrôlement des citoyens deux poids et deux mesures.

Il s’agit d’une discrimination qui se fait au grand jour. Il est inconcevable dans un pays de voir certains citoyens disposer de leur état civil et d’autres pas du fait des procédures d’enrôlement illégales»
, s’insurge-t-il. M. Fall prévient que «l’injustice engendre la révolte qui est source de répression qui à son tour génère la guerre et la destruction».



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Commentaires (14)

  • lass77 (H) 09/02/2016 14:15 X

    @Ibiliss@ Arrêtez de fuir la vérité , est ce que la situation des Noirs en Mauritanie est normale. Destruction ou guerre comme vous le dites sont les conséquences des injustices. Les Mauritaniens dans leur ensemble sont pacifiques et patients mais comme le savez mefiez-vous des injustices . Tous ces chaos que vous vous voyez dans les pays musulmans (Irak , Syrie , Libye , Afghanistan etc... ) sont les conséquences des injustices , des frustrations , d'exclusion etc... Vous trouvez normale que des citoyens soient privés de leur nationalité dans leur propre pays. Tout le monde se tait alors comme je le dis tout le temps des Sahrouis , des maghrébins , des touaregs , des libanais sont enrôlés sans problèmes. Moi aussi j’attends un dementi.

  • Ibiliss (H) 09/02/2016 01:38 X

    "la guerre et la destruction», vous??? Qu'est-ce qu'on n'entendra pas de nos jours! Un agneau qui menacerait son maître: que Dieu m'accorde longue vie pour voir ça! Les négros subissent un traitement à la hauteur de leur mentalité! J'attends patiemment d'être démenti!

  • Moutalli (H) 08/02/2016 23:25 X

    Le cas de cette jeune femme originaire de Bababé est intéressant en ce sens que c'est un péché de fornication qui mérite punition.

  • codiallo (H) 08/02/2016 22:29 X

    Les droits ne se donnent pas ils s'acquièrent. Tant que les communautés marginalisées du pays ne seront pas unies, rien ne changera.Certes est naif celui qui croit que l'échec de son frère fera sa réussite personnelle. Tout cela n'augure rien de bon. J'espère que les mauritaniens arriveront à rectifier le tir sinon le futur de notre pays sera la Libye ou la Somalie. Alors là ce sera sauve qui peut. Mais les fauteurs de trouble ou les cancres qui nous dirigent, Aziz et compagnie se seront envolés depuis longtemps après avoir saigné le peuple et vidé l'état de ses derniers deniers.

  • lass77 (H) 08/02/2016 21:34 X

    @YEHESS @ Arreter de nier l'évidence. il existe une politique d'exclusion des Noirs en Mauritanie. Vous le savez trés bien. A votre que seront tous ses gens dans leur proppre pays et patrie. Je souhaite avoir une réponse pourquoi il est facile d'octroyer des papiers d'etat civil à des Sahrouis , des maghrebins , des Syriens alors que des Autochtones sont refusés. Continuer à cautionner et à semer des bombes à retardement ne ce reste avec des telles injustices. Vous savez quand je fais le bilan des injustices à travers les pays musulmans , je pleure tout le temps. Pourquoi les Hommes sont devenus si injustes surtout dans les pays musulmans ???? A chaque fois j'ai conclu que c'est par ce que on est dans la fin des temps. il n'ya pas d'autres explications.

  • alaska (H) 08/02/2016 15:23 X

    La Mauritanie est dirigée par des bandits (***). Ils ont subi le modernisme sans étre éduqués. Ils se croient musulmans, mais ignorent parfaitement l'Islam

  • leguignolm (H) 08/02/2016 15:13 X

    Il n’y a pas pareil de bureau d’enroulement que celui de Sebkha, je vous assure c’est matin même, il a fallu intervention de la police pour empêcher les patients d’envahir les locaux ! J’ai bien tiré une leçon, le pourquoi ses personnelles à chaque fois cogner !

  • YEHESS (H) 08/02/2016 15:08 X

    Il y a beaucoup de faux dans ce que relate cette soi-disant ONG. D’abord la photo qui accompagne le document n’a rien avoir avec la Mauritanie. Ensuite pourquoi vouloir prendre un problème de recensement pour un problème d’Apartheid si l’on n’est pas animé de mauvaises intentions. Les plaignants peuvent avoir raison ou pas, pourquoi ne pas s’adresser à la justice. Tout le reste est à imputé aux très divers et très nombreux maux dont souffre l’Administration mauritanienne : corruption, népotisme…Et j’en passe. Enfin sachez qu’à force de jouer le pyromane on finit par se carboniser inéluctablement.

  • lumiere (H) 08/02/2016 15:00 X

    «Je crois en la fraternité des hommes, tous les hommes, mais je ne crois pas que dans la fraternité avec tous ceux qui ne veulent pas la fraternité avec moi. Je crois que dans le traitement de bonnes personnes, mais je ne vais pas perdre mon temps à essayer de traiter droite quelqu'un qui ne sait pas comment retourner le traitement. "

  • lumiere (H) 08/02/2016 14:59 X

    «Nos gens ont fait l'erreur de confondre les méthodes avec les objectifs. Tant que nous sommes d'accord sur les objectifs, nous ne devons jamais tomber les uns avec les autres simplement parce que nous croyons à des méthodes différentes, ou de tactique, ou une stratégie. Nous devons garder à l' l'esprit en tout temps que nous ne combattons pas pour la séparation. Nous luttons pour la reconnaissance en tant qu'êtres humains libres dans cette société. "

  • lumiere (H) 08/02/2016 14:58 X

    Liberté, la mort, et les opprimés ... "Pouvoir dans la défense de la liberté est plus grande que le pouvoir en faveur de la tyrannie et l'oppression." -------------------------------------------------- - «La vérité se trouve du côté des opprimés." -------------------------------------------------- - "Vous ne pouvez pas séparer la paix de la liberté parce que personne ne peut être en paix à moins qu'il ait sa liberté." -------------------------------------------------- - "Vous n'avez pas à être un homme à se battre pour la liberté. Tous vous avez à faire est d'être un être humain intelligent." -------------------------------------------------- - "Si vous n'êtes pas prêt à mourir pour elle, mettre le mot« liberté » hors de votre vocabulaire." -------------------------------------------------- - "Le prix de la liberté, c'est la mort." -------------------------------------------------- - «Respectez-moi, ou me mettre à mort."

  • lumiere (H) 08/02/2016 14:29 X

    «Je ne favorisent pas la violence. Si nous pouvions parvenir à la reconnaissance et le respect de notre peuple par des moyens pacifiques, très bien. Tout le monde souhaite atteindre ses objectifs pacifiques. Mais je suis aussi réaliste. Les seules personnes dans ce pays qui a demandé à être non-violente sont des noirs. "

  • lumiere (H) 08/02/2016 14:26 X

    «Nous déclarons notre droit sur cette terre ... à un être humain, d'être respecté comme un être humain, à donner les droits d'un être humain dans cette société, sur cette terre, en ce jour, que nous entendons apporter à l'existence par tous les moyens nécessaires. " -------------------------------------------------- - «Notre objectif est une complète liberté, la justice et l'égalité par tous les moyens nécessaires."

  • cherifal10 (H) 08/02/2016 12:59 X

    La Situation de la mauritanie actuelle est comparee a celle de afrique de sud des annees 80. se sont les Noires qui ont seulement le Probleme enrollement ,les beydanes ne sintressent meme pas a ce enrollement. nos parents souffrent voir meme en europe ont enrollent un Noir par mois,ils ont le pouvoir et ils nous considerent comme des etranges ce trisste.dans un pays ou ont na vecu Ensemble depuis indepandance. les Noirs de afrique du sud ont vecu ce Probleme et maintenat?????????????????????.