12-04-2016 21:00 - Mouvement Yontii : Commémoration 27eme anniversaire du conflit sénégalo mauritanien
Mouvement Yontii - Voila vingt sept (27) longues années que les réfugiés mauritaniens vivent au Sénégal. Cette commémoration est, encore une fois, une occasion de nous rappeler de nos martyrs cruellement assassinés par le régime raciste et barbare de la Mauritanie et de tous ceux qui ont perdu la vie dévorés par le chagrin et le désespoir.
En cette date nous renouvelons nos prières pour le repos de leurs âmes (amen).
Depuis quelques années le gouvernement du Sénégal s’est engagé a doté les réfugiés de la carte d’identité de réfugiés.
Par contre, il faut le noter les réfugiés mauritaniens ne disposaient jusque là que du récépissé communément appelé « carte verte » alors que ce dernier, sensé durer trois mois, a fini par être le seul document officiel dont ils ont eu pendant plus de vingt (20) ans. La grande majorité ne dispose encore que de ce document caduque.
Considérant l’insécurité liée au terrorisme en Mauritanie, le passé militaire de certains réfugiés et l’avènement très prochain de l’harmonisation des dossiers d’identification dans l’espace CEDEAO avec la mise en circulation des cartes d’identité biométriques, auxquelles les réfugiés ne peuvent prétendre. Ainsi, le mouvement Yontii attire l’attention sur la vulnérabilité sécuritaire du réfugié dans un contexte aussi particulier que celui que nous vivons.
Dans sa mission de sensibilisation pour le profilage, le HCR demandait aux réfugiés mauritaniens de choisir entre les trois propositions que sont : la naturalisation, le rapatriement et le permis de séjour.
►La naturalisation sénégalaise : La mission proposait aux réfugiés qui le voulaient de prendre la nationalité sénégalaise.
Pour cette proposition, le mouvement Yontii note la violation du droit à la nationalité. Certes par cette proposition, on cherche à faire acquérir aux réfugiés une nouvelle nationalité ; mais cette proposition pose en soi un problème dans la mesure où c’est un appel à la renonciation à la nationalité mauritanienne au profit d’une nationalité sénégalaise, ce qui du reste réconforterait la thèse officielle de l’Etat mauritanien consistant à dire que « tous les réfugiés sont des sénégalais.»
►Le rapatriement : La deuxième proposition du HCR est le rapatriement des réfugiés vers la Mauritanie.
Si l’on considère le passé récent, c'est-à -dire, en 2007, sous un accord tripartite entre le Sénégal, le HCR et la Mauritanie, près de 24 000 réfugiés, selon HCR furent rapatriés en Mauritanie avec des conditions d’accueil prédéfinies par les différentes parties. Par contre, arrivés sur place, ils furent parqués dans des ghettos, sans les services sociaux de base, sans documents officiels (jusque là seul 2% en disposent) avec un fort risque de stigmatisation.
D’ailleurs bon nombre parmi eux sont revenus au Sénégal depuis, préférant leur apatridie (car ayant déjà perdu leur statut de réfugiés et n’ayant pas pu régulariser leur dossiers mauritaniens), à la servitude et la misère sans lendemain qu’ils vivaient en Mauritanie.
►Le permis de séjour : La troisième alternative consistait à demander aux réfugiés qui le désirent de prendre le permis de séjour au Sénégal. Paradoxalement le principe directeur du système des nations unies défend le droit de chacun, non seulement d’avoir une nationalité, mais aussi de la garder tant qu’il y tient.
Par contre, le permis de séjour comme son nom l’indique est un permis qui permet à un étranger de vivre au Sénégal. Il est limité dans le temps, payant et se renouvelle régulièrement selon la seule volonté des autorités sénégalaises qui ont le droit exclusif de le renouveler ou pas.
Après analyse de la situation et du contexte, le mouvement Yontii sonne l’alerte à une potentielle apatridie de masse organisée et orchestrée par le HCR, le Sénégal et la Mauritanie sur le dos des réfugiés d’autant plus que les cartes d’identité déjà éditées expirent en Décembre, sans compter celles qui ne l’ont jamais été.
Le mouvement Yontii prévient et dénonce cette démarche, qui en vérité ne tient que de la volonté du HCR d’aller vers une clause de cessation avec les réfugiés en les jetant en pâture.
Fait à Saint-Louis, le 9 avril 2016
Le Président
Abdoulaye Diop
