21-04-2016 14:30 - Me Luna Orikat, première du concours internationale de plaidoiries de Nouakchott [PhotoReportage]

Me Luna Orikat, première du concours internationale de plaidoiries de Nouakchott [PhotoReportage]

«Mon affaire commence par les souffrances de Souad, une femme dans la trentaine, mariée de force à un homme que sa famille connaissait, alors qu’elle n’était encore qu’une enfant, car elle n’avait pas atteint l’âge de 16 ans…»

« Egalité sans réserve »
de Me Luna Orikat, avocate palestinienne, a convaincu le jury de la quatrième édition du concours international de plaidoiries pour les droits de l’Homme, organisé par l’Ordre National des Avocats de Mauritanie (ONA) et l’Institut international des droits de l’Homme et de la paix – avec le soutien de l’Ambassade de France en Mauritanie et de la représentation locale de l’Union Européenne.

Double oppression

Pour la séance des plaidoiries des neuf avocats, mercredi 20 avril, la grande salle du palais de justice de Nouakchott a affiché complet. Le public, composé d’étudiants, de représentants de la société civile, d’avocats, comme le jury, a été sensible à l’histoire de cette palestinienne (Souad) qui, derrière les affres de l’occupation qu’elle partage avec les hommes, subit aussi « la répression de la société » avec son mari « qui a porté atteinte à la pudeur de Nada, sa fille ainée âgée de 11 ans…. »

Le drame des « enfants sorciers »

Le deuxième prix a été attribué à Me Teko Seyram Ameyinu pour « Maudite blessing : la tragédie des enfants-sorciers » Extrait : « le vieux Tsekrou lâcha la corde de son arc. La flèche atteignit le jeune homme au bas ventre. Les autres lui emboitèrent le pas. Tous allèrent de leurs armes.

Les projectiles pleuvaient telle une pluie de grêle sur le jeune homme. Une dizaine de minutes aura suffit. Yanko s’écroula enfin sous le poids de la douleur des armes réparatrices. Satisfaits de leur forfait, les villageois s’en retournèrent à leurs occupations, heureux d’avoir anéanti le mangeur d’âme ». Elles savent être cruelles les sympathiques sociétés africaines.

Le crime de Yando : « il est né par le siège », il a eu la malchance de sortir par les pieds…En Afrique, continue le plaideur, « il y a des milliers de Yando né avec des dents, surdoués, prématurés ou tout simplement fertile en imagination…. » Me Teko enchaine avec l’affaire Blessing, une petite fille du Togo, « rouée de coups mortels pour la délivrer des mauvais esprits. »

« La peine de mort ne vaut pas la peine »

Le troisième prix a été attribué à Me Adala Souna pour « plaidoirie contre la peine de mort : le cas Serge Atlaoui. ». « Madame la présidente, je n’ai pas été condamné à 1 an ni à 20 ans de prison, j’ai été condamné à mort, je ne demande pas qu’on me mette en liberté mais je demande que l’on épargne ma vie. ». Ce sont les dernier mots de Serge Atlaoui condamné à mort en Indonésie. « La peine de mort ne vaut pas la peine » c’est le refrain de la plaidoirie de l’avocate nigérienne.

Pour départager les neuf candidats, le jury s’est basé sur quatre critères : l’originalité des sujets, noté sur 06, la pertinence juridique, sur 04, la construction générale de la plaidoirie, sur 04 et la prestance de l’avocat, sur 06.

Résumé des plaidoiries des six autres candidats

Maître Abd Alrahman Mrar( Joprdanie) : « L’enfance sur un seul pied ». A travers l’histoire d’un enfant gazaoui blessé de guerre, cet avocat jordanien plaide la cause de sa famille dont le sort a été bouleversé par les bombardements sur Gaza durant l’été 2014.

Maître Melinda Ducret (France): « Le réveil de Karyenda »

Au printemps dernier, le Président burundais s’est lancé dans une course pour briguer un troisième mandat. La Cour constitutionnelle valida la candidature et le Président fut ainsi réélu. L’avocate dénonce ici les exactions commises par la police envers les opposants, dont les actions furent violemment réprimées.

Maître Mohamed Ould Abderrahmane Ould Moine: (Mauritanie) « L’affaire Saad Ould Ouleyd»

En Mauritanie, les tribus peuvent collectiviser les terres, empêchant l’accès à la propriété de ceux qui les cultivent. Cette forme de servage foncier est dénoncée par l’avocat. En soutenant la cause de l’initiative abolitionniste « IRA », il plaide pour un pays sans esclavage.

Maître Fekria Bedhief (Tunisie): « Mabrouk Soltani : martyr de l’enfance » Cette plaidoirie rapporte le sort tragique d’un jeune berger tunisien. Un groupe de bandits a voulu lui voler ses brebis. Le jeune adolescent a payé de sa vie le refus de céder une sixième brebis. L’avocate déplore l’impunité dont bénéficient ces bandits, dans un pays où l’Etat manque à son devoir de protéger ses citoyens et à son devoir de garantir leurs droits et libertés.

Maître Ahmed Bomba Ould Mokhtar (Mauritanie): « L’incarcération de l’enfant Ahmed, une violation des droits de l’Homme »

Cette plaidoirie aborde le cas d’Ahmed, huit ans, qui, au lendemain de l’attaque de Charlie Hebdo, s’est vu infligé le traitement d’un adulte pour avoir refusé de dire qu’il était Charlie.

Maître Ahmed Bomba Ould Mokhtar met en avant les conventions internationales spécifiques aux droits des enfants qui ont pour objectif, notamment, de protéger ces êtres encore en développement.

Maître Olivier Matter (France) : « La patrie des droits de l’homme (hors terroristes) »

La loi du 13 novembre 2014 a créé un article 421-2-5 dans le Code pénal, incriminant l’apologie du terrorisme. Un client de l’avocat fut condamné par la justice à 4 mois de prison ferme pour apologie du terrorisme. Dans sa plaidoirie, l’avocat met en doute l’efficacité de cette incrimination au regard du manque de précision de sa formulation.

Khalilou Diagana
©Cridem 2016



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