11-07-2016 15:51 - La Mauritanie, palme d’or de l’esclavagisme

La Mauritanie, palme d’or de l’esclavagisme

Mondafrique - La Mauritanie arrive en tête du classement des pays les plus « esclavagistes » selon un rapport de l’ONG australienne Walk Free. L’étude dresse un tableau de l’esclavage dans 162 pays sur la base de 3 critères : la prévalence estimée de l'esclavage moderne dans la population, le mariage des enfants, et le trafic de personnes.

Avec environ 150 000 esclaves pour 3,8 millions d’habitants, la Mauritanie présente la plus grande proportion d’esclavage moderne, loin devant le deuxième pays du classement, Haïti, qui en compte deux fois moins.

Sur place, l’une des principales ONG qui lutte contre l’esclavage, l’Initiative de Résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA), estime quant à elle que les esclaves représenteraient aujourd’hui jusqu’à 20% de la population Mauritanienne.

Selon le rapport de Walk Free, l’esclavage dans ce pays prend une forme essentiellement héréditaire et reste profondément ancré dans la société.

« La condition d’esclave s’est transmise à travers les générations. (…) Les esclaves peuvent être achetés, vendus, loués ou offerts comme cadeaux. (…) Ils n’ont le droit de rien posséder et sont eux-mêmes considérés comme des biens. »

La pratique concerne toutes les composantes ethniques du pays. « L’asservissement des populations noires-africaines – notamment les Haratins, « ceux qui ont été libérés » en dialecte arabe hassanya, c’est à dire les descendants d’esclaves — par les communautés arabo-berbères qui sont minoritaires est la forme la plus courante d’esclavage », explique Diko Hanoune, secrétaire général de l’Association des Haratins de Mauritanie en Europe (A.H.M.E). Elle se manifeste y compris au niveau politique. « Dans les années 1980, par exemple, le ministre noir de l’agriculuture Timera Boubou, a été destitué par le Président de l’époque Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya parce qu’il était descendant d’esclave.

Mais l’esclavage entre populations noires est également très important »
, note D. Hanoune. « Il s’articule autour d’un système de castes. Dans les communautés noires peuls ou soninkés, le pouvoir conféré à un chef de tribu ou à un marabout leur donne un statut de noble qui les autorise à avoir des esclaves. »

Le rapport précise que les femmes souffrent tout particulièrement de cette pratique, l’autorité et le contrôle des maîtres s’exerçant de manière plus forte dans la sphère domestique où elles mènent l’essentiel de leurs activités. Elles font souvent l’objet de violences sexuelles.

Officiellement pourtant, plusieurs lois interdisent la pratique de l’esclavage dans le pays, et ce depuis 1981. La dernière loi datant de 2007 criminalise cette pratique imposant des peines allant de 5 à 10 ans d’emprisonnement et des amendes. Mais leur application reste très difficile en pratique.

« Il est difficile pour les victimes d’avoir accès à la justice. La charge de la preuve leur incombe et aucune instruction ne peut être lancée tant qu’elles n’ont pas porté plainte. Les ONG ne peuvent par exemple porter plainte pour une victime. »

Ces conditions transforment souvent les démarches juridiques en un parcours du combattant pour les victimes, pour la plupart illettrées et ignorantes de la loi, qui doivent entreprendre les démarches administratives sans assistance.

« Les victimes n’ont souvent pas connaissance de leurs droits ou des possibles recours à la protection de la loi. Le gouvernement ne prévoit aucun programme de soutien destiné à aider les victimes à formuler leurs plaintes. »

De telles entraves expliquent en grande partie pourquoi des sanctions n’ont été appliquées qu’une seule fois depuis l’entrée en vigueur de la loi de 2007.

« C’est sans fin », explique D. Hanoune. « Les chefs de tribus qui ont des esclaves votent pour les esclavagistes et le gouvernement fait pression sur les juges et les victimes contre l’application des peines. »

A la préservation politique et sociale des intérêts des plus forts s’ajoute une légitimation religieuse de ces pratiques. Biram Ould Abeid, le président de l’IRA, précise que les autorités mauritaniennes appliquent les principes des « livres de Khalil », un texte de droit musulman datant des XIIème et XIIIème siècles justifiant l’esclavage. « Ce code est élevé au niveau constitutionnel comme principale source de loi dans le pays. Les juges, les gendarmes, les imams, les administrateurs, connaissent tous ce texte et l’appliquent textuellement. Il a valeur de loi divine, supérieure à toutes les autres. »

— Lire ici l’intégralité de l’entretien avec Biram Ould Abeid

Récemment, l’approche des élections législatives et municipales — retardées depuis 2 ans et annoncées pour le 23 Novembre – a ravivé les tensions autour de l’accès aux droits et à la représentation politiques pour les esclaves.

Ceux-ci, pas plus que les descendants d’affranchis, ne peuvent en effet présenter de candidats aux élections. Comme l’IRA, le parti des Radicaux pour une Action Globale (RAG) qui a fait de la lutte contre l’esclavage son cheval de bataille, s’est vu refusé toute reconnaissance officielle. En novembre 2012, le gouvernement a également interdit les candidatures indépendantes, supprimant ainsi définitivement toute possibilité pour les représentants des « abolitionnistes » d’accéder au scrutin.

La répression contre les activistes s’est aussi accélérée. Le 6 octobre, dans la ville de Boutilimit, à 164 km au sud est de la capitale Nouakchott, un sit-in organisé par des militants abolitionnistes devant un poste de police a également été violemment réprimé par les gendarmes. Au cours de cette manifestation, les activistes ont particulièrement mis en avant le cas de Noura Mint Aheimed. Cette jeune fille de 19 ans est devenu un véritable symbole de la lutte contre l’esclavage après avoir porté plainte contre ses maitres après 14 ans d’asservissement.

Dans ce contexte, les efforts du gouvernement en matière de lutte contre l’esclavage ressemblent à une vaste stratégie de communication. Le rapport note la mise en place en mars 2013 d’un organisme national chargé de lutter contre l’esclavage : l’agence pour la lutte contre les séquelles de l’esclavage, l’insertion et la pauvreté. Si l’objectif affiché de cette structure est de s’attaquer au problème de la pauvreté qui entretient l’esclavage, peu de précisions sont apportées quant à ses moyens d’actions pour lutter contre cette pratique, faisant d’elle pour le moment une coquille vide…





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Source : Mondafrique
Commentaires : 14
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Commentaires (14)

  • El Houssein (H) 12/07/2016 10:34 X

    Il faut se féliciter de ce rang. Enfin la Mauritanie arrive en tête de quelque chose même si c'est faut! Votre photo est mal choisie, elle montre que ce sont les noirs qui torturent les noirs. C'est aussi vrai. Votre méthode de lutte est peut être la même, car tous les profits ne vont que vers vos intérêts personnels pour collecter des médailles et se promener dans le monde. Vous n'avez jamais apporter un financement pour construire une école ou un centre de santé. Vous n'avez jamais sensibilisé les vôtres pour réduire leur ruée vers les prisons des voleurs et délinquants. Il faut regarder la partie du verre qui est vide et essayer de la remplir au lieu de chercher à vider ce qu'il contient déjà.

  • lass77 (H) 12/07/2016 09:15 X

    @kemet@ Si diko est un mytho , toi aussi tu as l'art du mensonge. Certes l'esclavagisme chez les soninkés n'est que des noms pas la même pratique réelle chez nos maures mais admets que l'exemple de diko sur ce ministre limogé par taya sur demande des orgueilleux et égoïstes te fait quoi ? Au finish quelle est la différence entre cet esclavagisme réel chez les maures et l'esclavagisme en coulisse et dans la mentalité chez les negro ?

  • lathirihako (H) 11/07/2016 21:51 X

    Motalli ne soit pas trop oportuniste on a rien dis à Aziz c'est système esclavagiste maure,poular et soninkes qu'on dénonce il faut réaliste la vérité ne se cache pas et tu seras seul dans ta tombe ne soit pas emporte par tonهواء

  • ahmed12b (H) 11/07/2016 21:48 X

    Pour Mondafrique on était deja palme d'or de tous les maux . Il en rajoute avec cette nouvelle palme écrite dans le cadre d'une cabale connue et certainement sur commande. L'esclavage n'existe plus . Il n'ya que ses séquelles qui sont combattues vigoureusement par le Gouvernement à travers des programmes socio-economiques, la lutte contre la pauvreté et l'exclusion. Mais on ne montre pas le soleil à celui qui ne veut pas le voir! Certains sont figés dans des postures pathétiques. Ils ont le droit de rester minables. La Mauritanie avance...

  • Medabdi (H) 11/07/2016 21:27 X

    Mais pourquoi vous annulez chaque fois les interpellations

  • Le Maure (H) 11/07/2016 19:45 X

    On se fiche de ces ONG orienté par le sionisme international et l ennemi de l islam. Nous allons protégé notre pays des tous les traitres (***) et le chef de la machination contre ce pays a savoir AZIZ=BIRAM

  • Regenmacher (H) 11/07/2016 18:54 X

    vous les nafeghs internautes vous n'etes pas serieux! Vous voulez nier ce que nous vivons chaque jour dans ce pays?Si vous dites que les ONGs s'impliquent dans nos affaires suis d'accord mais commenter comme si cela n'existe pas est une HONTE:Vous devrez au moins accepter pour lutter contre ce fleau.N'oubliez pas que les haalpulaars, soninkes,wolofs,sarankholes et autres sont les composants de ces Esclaves Haratines...

  • Kemet-Seth88 (H) 11/07/2016 18:42 X

    Diko Hanoune est un mytho qui vie en banlieue parisienne autant qu'exilé politique et déverse sa haine parce qu'il est complexé de ses origines ses informations sont erronées...l'esclavage chez les soninkés n'a de pratique que le nom donc foutez nous la paix avec votre commerce pour des "médailles en chocolat"

  • sraghaa (H) 11/07/2016 17:21 X

    En tout cas ,nous autre de MAURITANIE savons bien qu'il n'existe aucun cas d'esclavage MAIS apparemment le gouvernement ne sait pas bien défendre la reputation du pays

  • mohamed w.l (H) 11/07/2016 17:15 X

    http://www.globalslaveryindex.org/country/mauritania/ visiter ce lien pour voir comment un journaliste qui se dit honnête 43,000ESTIMATE NUMBER LIVING IN MODERN SLAVERY1.06%ESTIMATE PERCENTAGE OF POPULATION LIVING IN MODERN SLAVERY46.77/100VULNERABILITY TO MODERN SLAVERYCCGOVERNMENT RESPONSE RATING4,068,000POPULATION$3,912GDP (PPP) PREVALENCE How many people are in modern slavery in Mauritania? The 2016 Global Slavery Index estimates 43,000 people or 1.06% of the total population live in conditions of modern and traditional slavery in Mauritania. This is based on a randomsample, nationally-representative survey undertaken in 2015, that sought to identify instances of both forced marriage and forced labour within the general population (surveys conducted in French, Hassanya, Poulaar, Wolof and Soninke languages

  • pericope (H) 11/07/2016 17:03 X

    La lecture de l'article indique qu'il a été publié en 2013, pourquoi cette reprise par Mondafrique aujourd'hui, curieux non?

  • doudou19 (H) 11/07/2016 16:47 X

    Le Walk Free que sait-il de la Mauritanie ? Il n’écrira que ce que cette MAFIA du lobbies juif lui dictera. Si réellemnt Walk Free connaissait la Mauritanie pourquoi n’a-t-il pas dénoncé l’esclavage dans les communauté peuls, Soninké, Wolof et même à l’intérieur ds la communauté haratine. Mais IRA, SOS esclaves, l’AHME ne visent que la communauté maure comme si elle est la seule à pratiquer l’esclavage. En Mauritanie, l’esclavage en tant que prôné par cette MAFIA à la solde des puissances étrangères pour se remplir les instestion n’existe pas. On est tous esclave du quotidien. De son pain. On est tous, là où on se trouve asservi par son quotidien. Les pauvres il en existe et à grande échelle dans la communauté maure. N’y a-t-il pas des noirs toutes communautés confondues qui sont extrêment riches. Monsieur Diko Hanoune n’est pas un Hartani de souche. C’est un menteur lorsqu’il dit que les maures sont minoritaires et que la forme de l’esclavage est plus répandue en leur milieu que dans les autres communautés. Aussi depuis quand Monsieur Timera Boubou, a été destitué par le Président de l’époque Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya parce qu’il était descendant d’esclave. Pourquoi tous nos braves défenseurs, je prefere défonseur, des droits de l’homme ne traitent-ils pas ce problème dans sa globalité au lieu de le limité à la seule communauté maure. Par ailleurs, cette image n’est pas filmée en Mauritanie même au temps du port Hedy (Port Dendi). Le port a existé pour la vente de la gomme arabique. Il était situé entre Nouakchott et Nouadhibou. La photo est fimée peut être à l’Ile de Gorée ou ailleurs.

  • Moutalli (H) 11/07/2016 16:38 X

    Article comportant beaucoup d’inexactitudes parce que publié par Mondafrique qui ne roule pas pour le Président Mohamed Ould Abdel Aziz comme chacun le sait et pour les raisons que l’on sait et sur lesquelles il serait inutile de revenir ! Boutilimit d’abord n’est pas à 164 km de Nouakchott. Ensuite, vous laissez entendre que Boubou Timéra est hartani alors qu’il est soninké ! Dans le gouvernement de Mohamed Ould Abdel Aziz qui compte au moins quatre ministres haratine, aucun ministre hartani n’a été limogé parce qu’il appartient aux Haratine ! La communauté bidhane ne possède plus aucun esclave à notre connaissance ! Biram Dah Abeid a été autorisé à se présenter aux dernières élections présidentielles et a affirmé lui-même vouloir se présenter aux prochaines. Rappelons qu’il avait obtenu à ces élections un taux peu enviable de 8% et qui aurait pu diminuer si le scrutin n’avait pas été boycotté par des partis importants !

  • Mbarecksy (H) 11/07/2016 16:06 X

    De qui se moque t-on? Walk free publie ce que IRA et ses compères lui transmettent, appartenant toutes les deux au même lobby dominant. Ce rapport ne fait que révéler les liens occultes entre IRA, nébuleuse violente et raciste et ceux qui veulent dominer le monde.