30-09-2016 13:51 - Mauritanie : ma révolte contre le système esclavagiste

 Mauritanie : ma révolte contre le système esclavagiste

Jeune Afrique - L’image est archaïque et semble venue d’une époque révolue. Des hommes appelés à servir d’autres sans avoir le droit de partager le repas de ceux qui se prétendent leurs maîtres.

Cette image persiste pourtant dans un pays, la Mauritanie, où la liberté nécessaire à chaque citoyen pour exercer pleinement ses droits fait encore trop souvent défaut. Dans ce pays, le mien, où l’esclavage est aboli depuis 35 ans, des citoyens continuent d’être victimes d’esclavage et de discrimination.

Cette réalité révoltante a motivé et nourri mon envie de me lever pour dire non à une pratique discriminatoire d’un autre âge, dans une société pourtant égalitaire dans sa Constitution. J’ai dédié ma vie, aux côtés d’autres hommes et femmes, à la lutte contre l’esclavage et contribuer à rendre leur dignité à ceux qui sont péjorativement appelés harratines ou descendants d’esclaves en Mauritanie.

A travers l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA Mauritanie), une organisation anti-esclavagiste, j’ai trouvé l’espace nécessaire pour exprimer librement ma révolte. Mais cet engagement demande des sacrifices et, dans un pays comme la Mauritanie, vous expose à la répression et aux arrestations arbitraires. J’en ai récemment fait l’amère expérience.

Aujourd’hui, je vous écris de la prison de Dar Naïm, une commune située à 30 km de Nouakchott, la capitale mauritanienne, où je suis détenu depuis trois mois jour pour jour aujourd’hui, avec 12 autres militants anti-esclavagistes injustement condamnés à des peines de 3, 5 et 15 ans de prison ferme. Notre seul crime : lutter contre l’esclavage. Qui aurait pu s’attendre à des condamnations aussi lourdes ?

Le 30 juin 2016, j’ai été tiré de mon lit à 8h du matin par quatre policiers et des agents des services de renseignements généraux. Ils ont saisi mes appareils téléphoniques et fouillé mon domicile. J’ai passé 12 jours sans pouvoir communiquer avec aucun membre de ma famille ou même un avocat. Durant les jours qui ont suivi mon arrestation, 12 autres camarades ont été arrêtés à leurs domiciles et lieux de travail.

Lors de notre garde à vue, nous avons appris que notre arrestation était liée à une manifestation spontanée le 29 juin dernier par des habitants à majorité harratine (descendants d’esclaves) de Bouamatou, un bidonville de Nouakchott, menacés d’expulsion à la veille du sommet de la Ligue arabe qui devait se tenir en juillet.

Malgré les perquisitions dans nos bureaux et domiciles, la saisie de nos ordinateurs et, téléphones portables, la vérification des appels reçus et émis, et l’ouverture de nos courriers électroniques, et comptes Facebook, la police mauritanienne n’est jamais parvenue à établir le moindre lien entre mes camarades et moi-même, et les événements de Bouamatou.

Insultés et longuement torturés pieds et poings liés

Mes camarades Abdellahi Matallah Seck, Balla Touré, Khatri Rahel Mbareck, Jemal Beylil et Moussa Biram ont par ailleurs été victimes de torture lors de leur garde à vue. Leurs mains et pieds ont été liés dans des positions douloureuses pendant plusieurs heures. Ils ont été interrogés sur la présumée planification et participation à la manifestation du 29 juin. J’ai pour ma part été insulté et menacé de mort au cours de mon interrogatoire et contraint de manger des repas contenant du sable, sans possibilité de boire de l’eau.

Cette manifestation n’a pourtant pas été organisée par l’IRA et ses membres n’y ont pas pris part, ce qui a d’ailleurs été confirmé par les habitants du bidonville. L’absurdité était d’ailleurs de voir mon camarade Mohamed Jarroulah, condamné par le tribunal à trois ans de prison ferme alors qu’il se trouvait en mission à Bousteille, à 1200 km du lieu de la manifestation !

Cette condamnation et celles dont j’ai été témoin visant des membres de l’IRA au cours des procès de 2010, 2011, 2012, 2013, 2014 ,2015 et aujourd’hui 2016, me conforte dans l’idée que désormais, tous les militants anti-esclavagistes sont des condamnés en sursis.

Sous la pression intérieure et extérieure, l’État cède parfois en adoptant des lois criminalisant l’esclavage. Mais, dans le même temps, des militants anti-esclavagistes continuent d’être persécutés. Les autorités doivent mettre fin au règne de la peur et cesser de réprimer les militants anti-esclavagistes et les défenseurs des droits humains de manière plus générale.

Notre organisation a déposé sa demande de reconnaissance en 2008 et n’est à ce jour ni reconnue ni autorisée par les autorités mauritaniennes. Chaque militant de l’IRA court le risque à tout moment d’être condamné pour « appartenance à une organisation non reconnue ».

Cependant, faisant écho aux voix de mes camarades détenus, je réaffirme que ni les tentatives d’intimidation, ni la répression, ni la détention, ni même les condamnations à de lourdes peines ne pourront entraver l’engagement et la détermination de notre organisation à poursuivre ses actions, tant que séviront en Mauritanie le système de domination esclavagiste et le racisme. Aussi longtemps qu’il sera nécessaire, nous maintiendrons nos protestations pacifiques.

Pour les militants anti-esclavagistes que nous sommes, il importe peu que la personne qui dirige la Mauritanie soit négro-africaine, harratine, maure, ou métisse ! Qu’elle vienne du Nord, des hauteurs de l’Adrar, ou des confins du fleuve nourricier.

Cela importe peu. Pourvu qu’elle soit capable de construire une Mauritanie sans esclavage et dépourvue de toute forme de discrimination. Une Mauritanie où les défenseurs des droits humains ne seront pas persécutés ni condamnés pour des crimes qu’ils n’ont pas commis.

Par Amadou Tidjane Diop

Amadou Tidjane Diop est vice-président de l'organisation anti-esclavagiste IRA-Mauritanie (Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste en Mauritanie). Condamné à 15 ans de réclusion, il écrit de la prison de Dar Naïm.

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Source : Jeune Afrique
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Commentaires (5)

  • Humanitaire (H) 30/09/2016 20:19 X

    @a.bennan (H), @ahmed12b (H), @hallaj (H), vous traiter de racistes c’est insultant pour les racistes car vous avez dépassé ce stade de haine pour la peau noire. Vous polluez la toile avec vos commentaires de trouillards…. Vous soulagez vos peurs et craintes du retour de baton en diffamant tous ceux qui ne partagent pas vos points de vue.

  • hallaj (H) 30/09/2016 17:46 X

    C’est vrai que votre récit n’est pas tout à fait exact pour ne pas dire que vous êtes de mauvaise foi ! Il n’y a finalement que les étrangers qui ne sont jamais venus en Mauritanie ou les gens peu au fait de ce qui se passe chez nous qui pourraient vous croire ! Et puis, c’est VOTRE récit des événements qui ne peut être que forcément partial, il faut bien le reconnaître ! Dire par exemple que la commune de Dair Ennaim est à 30 km de…Nouakchott n’est pas sérieux pour qui connaît la ville de Nouakchott ! Vous nous prenez aussi pour des andouilles quand vous écrivez : « Lors de notre garde à vue, nous avons appris que notre arrestation était liée à une manifestation spontanée le 29 juin dernier par des habitants à majorité harratine » alors que les squatteurs ont affirmé au moment du procès que vous aviez pris contact avec eux la veille du déguerpissement légal pour les inciter à la révolte. Vos éléments se sont fait aussi photographier fièrement auprès de leurs victimes comme des chasseurs à côté de leur gibier abattu comme a pu le montrer la vidéo visionnée au procès !

  • ahmed12b (H) 30/09/2016 17:26 X

    Bonne envolée lyrique présentant l'auteur et son organisation comme victimes alors qu'il a planifié et coordonné les evenements du 29 juin 2016 à travers les membres d’IRA venus sur le terrain filmés en plein action .Qu'on nous explique donc pourqpui il y avait autant de membres d'IRA durant les violences dont: Alassane Sow président de la section IRA Ksar Abdellahi Maatala Saleck president de la section IRA de Sebkha Souleimane Ould Hmeimed dit Souleymane Max vice president de la section IRA de Nouadhibou Samba Ould Mohamed président de la section IRA Teyarett Moussa Biram Bilal vice president de la section IRA Sebkhba Bounass Ould Ahmed president de la section IRA de Dar El Beida Abou Diop membre d’IRA beau frère de Biram Dah Abeid Ousmane Lô membre d’IRA Malick Sy membre du comité de la paix d’IRA (en fait un comité de la guerre) Hacen Ould Mahmoud membre du comité de la paix d’IRA Mokhtar Ould Abeid membre du comité de la paix d’IRA auteur du posting raciste sur facebook Hanana Ould Mboirik activiste d’IRA Et bien d’autres …

  • YAWARE (F) 30/09/2016 16:40 X

    Ce qui est incroyable c'est votre entétement de faire face à votre ignominie et votre barbarisme par rapmport à vos semblable et de surcroit vos voisins naturels qui peinent à comprendre votre sens de croyance or la vie ici bas n'est que éphémére

  • a.bennan (H) 30/09/2016 15:51 X

    Ton recit est incroyablement ourle d'inexactitudes et de mensoges gratuits.Mais bon,a l'issue de 15 ans de tole,tu ouvrira grand les euix et peut etre meme le coeur.