22-10-2016 14:30 - ESCLAVAGE toujours présent en Mauritanie, mais pas seulement là...

ESCLAVAGE toujours présent en Mauritanie, mais pas seulement là...

Médiapart - Hier matin, alors que j'entendais en bruit de fond l'édition matinale de France Inter, mon attention a été brusquement accrochée par quelques paroles prononcées avec conviction par une voix de femme :

« En Mauritanie, l'esclavage traditionnel existe encore. Un esclavage où l'on peut "vendre, on peut donner" des esclaves, "où l'on peut en faire ce qu'on veut, on a droit de vie et de mort sur eux ».

Cette voix était celle de Madame Fatimata Mbaye, avocate mauritanienne, distinguées par de nombreuses récompenses internationales pour son combat contre l'esclavage, entre autres.

Donc, en Mauritanie, un être humain peut appartenir à un autre être humain. On peut le vendre, le donner, l'échanger, le louer, le prêter ; il a une valeur marchande ; il a une côte tarifaire. Comme un meuble, comme une voiture, comme un chameau, comme une chèvre. Ahurissant mais vrai si l'on en croit cette dame. Bien sûr ce n'est pas légal et c'est même sévèrement (en principe) réprimé par les lois de ce pays, mais c'est dans la réalité des faits. Mais ce n'est pas une spécialité mauritanienne : l'esclavage est pratique courante chez nos « amis » du Qatar, d'Arabie saoudite et ailleurs, en terres d'islam ou ailleurs...

Mme Mbaye continue: « On vit un paradoxe assez extraordinaire dans ce qui se passe en Mauritanie. L'esclavage a été inscrit dans la Constitution comme un crime, mais aujourd'hui il y a très peu de condamnations et quand il y en a, les peines ne sont pas exécutées. Si nous regardons autour de nous, nous voyons des femmes (et des enfants !) qui sont victimes de la traite, qui sont violentées et qui doivent être protégées. »

Alors j'ai un peu creusé la question et je suis tombé sur un entretien de M. Biram Dah Abeid avec Rémi Carayol, journaliste à l'excellent magazine Jeune Afrique.

Président de l'Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), Biram Dah Abeid dénonce la subsistance de pratiques esclavagistes en Mauritanie. Militant anti-esclavagiste subversif, Biram Dah Abeid, lui-même descendant d’esclaves, est la bête noire du régime mauritanien depuis qu’il a, en 2008, fondé l'IRA. En 2012, il a été détenu plusieurs mois (sans avoir été jugé) pour avoir brûlé des écrits considérés par certains comme sacrés mais qu’il qualifie pour sa part d’esclavagistes et d’anti-islamiques. Ce passage par la case prison ne l’a pas dissuadé de poursuivre son combat. Biram Dah Abeid, qui a reçu le prix des droits de l’homme des Nations unies en 2013, a été candidat à l’élection présidentielle de juin 2014 largement gagnée (??!!) une nouvelle fois par Mohamed Ould Abdel Aziz, arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en 2008 avant d'être élu en 2009. Biram Dah Abeid a créé la surprise en arrivant à la deuxième place malgré un recensement électoral discriminatoire et l'accaparement de tous les moyens de l’État par le président sortant.

Jeune Afrique : Un Noir a-t-il les mêmes droits qu’un Maure aujourd’hui en Mauritanie ?

Biram Dah Abeid : Tout le monde sait très bien que non. Les Maures sont largement minoritaires, mais ils s’accaparent tous les leviers du pouvoir : politiques, économiques et administratifs. Ils représentent 90 % des membres du gouvernement, 100 % des hommes affaires, 95 % des officiers supérieurs… La discrimination est en contradiction avec les lois en vigueur, mais celles-ci sont faites seulement pour tromper les Occidentaux, qui se satisfont des apparences. La loi qui criminalise l’esclavage n’a jamais été appliquée : les Haratines, qui représentent 20 % de la population, sont toujours des esclaves par ascendance et, à ce titre, considérés comme la propriété des Arabo-Berbères. Ce sont des objets. Ils n’ont pas droit à l’éducation, à la propriété, à l’état civil…

Peut-on parler de racisme ?

Bien sûr ! Dans les discours comme dans les pratiques. Les Maures se considèrent comme des Blancs, des "beïdane", et nous appellent les "soudan", les Noirs. Pour eux, c’est synonyme d’esclave.

À quel âge avez-vous pris conscience de tout cela ?

J’avais 8 ans. Quand je suis né, on transhumait, mes parents et moi, derrière nos animaux, des deux côtés du fleuve Sénégal. Nous ne vivions pas avec les Maures. Mais avec la sécheresse, nous nous sommes installés dans un bourg à 35 km de Rosso. Il y avait là-bas cinq familles maures et 300 familles négro-mauritaniennes. Mais c’étaient les Maures qui dirigeaient tout. Quand on avait des problèmes avec les enfants maures, on nous corrigeait, mais les enfants maures, eux, n’étaient jamais corrigés. Et quand l’État distribuait quelque chose aux populations, il fallait toujours passer par les Maures. C’est là que j’ai commencé à poser des questions à mon père.

Comment faire évoluer les mentalités ?

Les mentalités ont déjà évolué. Mais nous devons continuer. Il faut que le pouvoir cesse d’être le fait d’une minorité qui fonde sa gouvernance sur la discrimination. Pour cela, il faut que l’élite noire accepte d’enfreindre les règles et dénonce le discours officiel qui présente, de façon très hypocrite, la Mauritanie comme une nation multiethnique.

Pourtant des lois existent en faveur de la répression de l'esclavage. Mais les autorités semblent toujours peu enclines à éradiquer cette pratique répandue. Et préfèrent souvent l'ignorer. En Mauritanie, ce sont les partisans de l'abolition de l'esclavage qui vont en prison, pas les esclavagistes ! Les abolitionnistes constatent qu’au cours des dernières années une seule condamnation pour esclavage a été prononcée par les tribunaux mauritaniens. Et l’homme a écopé de deux ans de prison seulement, alors que la peine plancher était théoriquement de cinq ans. Il a en outre bénéficié d’une remise en liberté au bout de quatre mois.

Entre autres innovations, la nouvelle loi double les peines maximales encourues par les esclavagistes, lesquelles passent de dix à vingt ans d’emprisonnement. Elle criminalise par ailleurs onze formes distinctes d’esclavage – dont le mariage forcé. La loi permet en outre aux ONG reconnues de se constituer partie civile. Voilà qui est positif, rassurant. Mouais...

« Cette loi est avant tout destinée à la communauté internationale », estime, sceptique, Aminetou Mint El Moctar, présidente de l’Association mauritanienne des femmes chefs de familles en Mauritanie (AMFCF), proposée pour le Prix Nobel de la Paix en 2015.

Il est vrai que le fait de voir accoler régulièrement l’étiquette de pays esclavagiste à la Mauritanie est de nature à perturber la stature diplomatique laborieusement acquise par son président. En 2014, l’ONG Walk Free classait la Mauritanie en première position mondiale par le taux d’esclavage – qu’elle estimait à 4 % de la population, soit plus de 150 000 personnes. Ce n’est sûrement pas un hasard si cette loi a été adoptée peu avant l’examen périodique universel du pays par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, prévu en novembre 2015.

La sociologue Amel Daddah a une analyse sans concession : « Si les différentes communautés mauritaniennes, beïdanes comme négro-africaines, ont en commun une subdivision en castes qui tend à priver les plus basses d’une citoyenneté pleine et entière, les Maures se distinguent par le « degré » auquel ils ont poussé l’institutionnalisation de cette pratique générale, comme on le constate à propos des Haratines, vaste population d’esclaves maures [noirs] « libérés » et de leur descendance ».

En fait, l’esclavage a d’abord une fonction économique, qu’il s’agisse de s’assurer les services d’une domestique ou d’une main-d’œuvre gratuite pour faire paître ou abreuver le bétail... Chez nous, quelques affaires d'esclavage « moderne » secouent de temps en temps la presse. Puis tout retombe dans le confortable oubli.

Merci à cette dame, Fatimata Mbaye, de nous avoir rappeler ces horreurs, à l'heure du petit-déjeuner.

Mondo cane...

Sources :

http://www.jeuneafrique.com/133756/politique/biram-dah-abeid-en-mauritanie-les-haratines-sont-trait-s-comme-des-objets/

http://www.jeuneafrique.com/257073/societe/mauritanie-lesclavage-devient-crime-contre-lhumanite/

http://www.jeuneafrique.com/174467/politique/lutte-contre-l-esclavage-en-mauritanie-biram-ould-abeid-sort-de-prison-le-coran-la-main/

http://www.jeuneafrique.com/mag/258768/societe/esclavage-en-mauritanie-les-chaines-de-la-honte/

http://www.monde-diplomatique.fr/1998/11/DADDAH/4131

http://www.jeuneafrique.com/15326/economie/esclavage-les-dix-pays-africains-les-plus-touch-s/



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Commentaires (5)

  • bleil (H) 22/10/2016 23:44 X

    Vaste programme, pour le bien etre de nos paisibles populations il faut impérativement combattre les tendances autoritaires actuelles, le libéralisme affairiste, l'impunité légale, la xénophobie, le tribalisme, la propagande raciste, l'apologie de la dictature, le mépris des minorités et les ardeurs guerrières (Beni Hassan) qui co-existent avec le monopole de l'information (TVM, chaines privés tribales), l'illégalité largement répandue, l'attaque aux acquis économiques et sociaux de la période de l'indépendance, la répression arbitraire et combattre la gouvernance actuelle du pays ...sans rancune aucune pour les égarés!

  • sraghaa (H) 22/10/2016 21:59 X

    Pourquoi Mme FATIMATA MBAYE ne vous montre pas un seul esclave ?car elle ne pourrait pas car il n'en existe plus .Il n y'a que des profiteurs de "l'esclavage" comme BIRAME,AMINETOU ,BOUBACAR MESSOUD,FATIMATA MABAYE

  • sallabarry (H) 22/10/2016 20:05 X

    tout ceci n'est que mensonge l'esclavage est un fond de commerce pour certain qui n'arrive pas à joindre les deux bouts

  • leguignolm (H) 22/10/2016 17:47 X

    He! qu'on nous laisse tranquille ces gents, il est arrivé à l'homme un certain niveau social, il te faut des esclaves, la réalité est ça!

  • Kemet-Seth88 (H) 22/10/2016 15:23 X

    les "esclaves" sont complices de leurs conditions d'esclavage, alors pourquoi tant de bruit pour des personnes qui ne veulent pas ou ne savent pas quoi faire de leur liberté ? c'est a eux seuls de briser leurs chaines