28-11-2016 21:16 - Contrepoint | La violence faite aux femmes, une sexuation anti-démocratique.

Contrepoint | La violence faite aux femmes, une sexuation anti-démocratique.

Selon Me Bezied, un avocat de la place, la constitution mauritanienne est la première à « garantir la parité entre l’homme et la femme ». Pourtant si l’on se base sur les conclusions des deux jours de la rencontre tenue au Centre Africain des Conférences la semaine dernière, dans une société où tous les citoyens naissent libres et égaux, du chemin reste à faire pour la brave mauritanienne.

L’appel du pied sur tous les fronts de l’importante masse de la gent féminine, reste un coup de pied dans l’eau face à un pouvoir qui est aussi responsable de cette injustice que l’opposition qui joue le jeu sans broncher. Ceux-ci qui avaleront la couleuvre, malgré son caractère handicapant. Quels sont les partis qui disposent de mécanismes permettant de confectionner une liste paritaire en leur sein ? C’est une question.

Pourtant devant la vague déferlante du féminisme aucun chef de parti ne veut prendre le risque de se mettre à dos l’importance démographique des femmes. Le silence de la constitution sur une égalité, loin de réparer une injustice, en introduit une autre.

Car elle exclut et prive à des hommes compétents des responsabilités sous le seul prétexte qu’ils appartiennent au sexe masculin. C’est une discrimination basée sur le sexe : une sexuation contraire aux valeurs démocratiques.

Or une société doit s’enraciner résolument dans l’égalité des chances entre tous les citoyens. « Ce qui est important dans le choix d’un dirigeant, ce n’est pas qu’il soit considéré comme un homme ou une femme, mais qu’on n’en tienne pas compte » pour paraphraser le philosophe Sylviane Agasenski.
Le mérite, la compétence, l’aptitude, doivent être les seuls critères qui président au choix d’une personnalité publique. Comme on a l’habitude de dire « Les personnes qu’il faut à la place qu’il faut ». Ce précepte est le seul gage d’une équité sociale.

Toutefois, il faut préciser que le sens de notre propos n’est pas de nier l’inégalité sociale entre hommes et femmes, palpable à travers le vécu quotidien. Mais c’est tocsin face aux politiques trompeuses. En réalité en Afrique, c’est une infime partie de la classe féminine qui se trouve favorisée. 70% de nos femmes dans le continent restent confinées dans la précarité économique, source de dépendance.

Pour pallier à cette injustice, il faut s’attaquer aux causes. En effet, nos sociétés modernes sont bâties sur la domination masculine dont les mécanismes de reproduction sont souvent ignorés par les victimes elles-mêmes. C’est ce que le sociologue Pierre Bourdieu nomme la « violence symbolique ».

Cette dernière désigne la situation par laquelle les dominés sont inconscients de leur état de domination puisqu’ils l’estime normale et naturelle. La violence symbolique est douce, insensible et se produit à travers l’arbitraire culturel inculqué par l’éducation et la socialisation. Donc pour combattre l’inégalité entre les deux sexes, il est fondamental de prendre conscience de cette domination qui s’exprime dans les lieux de lutte.

La famille est une instance fondamentale. Elle est le verrou de la subordination des femmes. « La famille conjugale moderne est fondée sur l’esclavage domestique, avoué ou voilé, de la femme, et la société moderne est une masse qui se compose exclusivement de familles conjugales, comme dans la grande majorité des cas, doit être le soutien de la famille et doit la nourrir, au moins dans les classes possédantes ; et ceci lui donne une autorité souveraine qu’aucun privilège juridique n’a besoin d’appuyer », soutien Friedrich Engels.

Selon l’auteur, l’origine de cette inégalité remonte à la genèse de la famille patriarcale et la division des droits qui en découle. Donc, il est clairement établi que l’affranchissement de la femme a pour condition première la rentrée de tout le sexe féminin dans l’industrie publique.

C’est-à-dire accès de la femme, à la propriété, aux, biens, à l’héritage au même titre que l’homme.

Une politique sur la question genre doit impérativement prendre en compte ces différentes variables. Sinon tout le reste n’est qu’un vernis pour mieux cacher la face hideuse d’une injustice sociale.

ADN

©Cridem 2016----



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