18-12-2016 22:00 - Déclaration à l'occasion de la Journée internationale des migrants du 18 décembre 2016
ATED - A l’instar de monde entier, nous célébrons aujourd’hui la Journée Internationale des Migrants.
Dans ce cadre, nous rappelons que la Mauritanie est à la fois un pays de passage et de destination pour des milliers de migrants, en particulier ouest-africains.
Cependant et malgré la ratification par la Mauritanie (le 22 janvier 2007) de la Convention Internationale sur la Protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille adoptée par la résolution 45/1581 du 18 décembre 1990 à la 45e session de l'Assemblée générale de l'Organisation des Nations Unies, la plupart des acteurs en contact avec les migrants ignorent encore les droits des migrants et les mauritaniens font généralement le lien entre migration et crime, perte d’emploi, migration, drogue, prostitution, etc..
L’ignorance des droits des travailleurs migrants et cette image négative n’aident pas les migrants à jouir de leurs droits humains (économiques, politiques, culturels et sociaux) pourtant garantis par la dite convention.
La Convention vise à empêcher l'exploitation des travailleurs migrants et impose aux États un ensemble de normes internationales pour protéger les travailleurs migrants en situation régulière ou non. La Convention s'applique à tous les travailleurs migrants et aux membres de leur famille. La finalité de ces normes est de promouvoir des «conditions saines, équitables, dignes et légales» en ce qui concerne les migrations internationales.
A cet effet et aux fins d'examiner l'application de la Convention internationale, il a été institué un Comité pour la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille. Les États parties sont tenus de présenter au Comité des rapports sur la mise en œuvre des droits consacrés par la Convention.
Le Comité a examiné au cours de sa 24e session tenue à Genève du 11 au 22 avril 2016, la situation des migrants en Mauritanie. La Mauritanie a présenté un rapport national et plusieurs autres acteurs ont présenté des rapports alternatifs conformément aux dispositions de la Convention.
Cependant, malgré des réponses et des mesures de bons sens (dont la ratification de la Convention et l’adoption de la Stratégie nationale sur la migration) nous constatons que les droits des travailleurs migrants et des membres de leur famille sont les moins connus en Mauritanie, les plus violés et les moins suivis par les parties prenantes, notamment les ONG de défense des droits humains, les autorités et les partenaires au développement.
La rapporteuse du Comité pour l'examen du rapport de la Mauritanie, a affirmé que 80% des travailleurs immigrés en Mauritanie ne disposaient pas de titre de séjour en raison de son coût, équivalant à environ 75 euros, ce qui permet aux employeurs de ne pas respecter le droit du travail. Le rapport (de la Mauritanie) méconnaît la réalité de la diaspora, a-t-elle ajouté. On estime que 900 femmes mauritaniennes travaillent dans les pays du Golfe, victimes de la traite, a-t-elle précisé.
Il y a aussi un problème de coordination entre les hôpitaux et l'état civil pour ce qui concerne les enregistrements à l'état civil. Or, l'absence de papiers d'identité favorise l'exploitation, a rappelé la rapporteuse. Elle s'est en outre interrogée sur l'étendue du travail domestique et sur le respect de la dignité humaine dans ce secteur, évoquant des cas semble-t-il très nombreux d'abus contre les femmes dans ce contexte.
Le corapporteur du Comité pour l'examen du rapport de la Mauritanie, s'est notamment inquiété de témoignages faisant état de harcèlements, de la part de membres de forces de l'ordre, à l'égard des migrants lorsqu'il leur est demandé de produire leur titre de séjour. Les migrants en situation irrégulière sont incarcérés avec des prisonniers de droit commun, alors que les textes en vigueur en Mauritanie l'interdisent, a-t-il déploré. La Commission nationale des droits de l'homme ne semble pas être indépendante et il semblerait qu'elle ne soutienne pas les défenseurs des droits de l'homme, ni les travailleurs migrants, a-t-il ajouté.
L’ONG ATED, qui suit la problématique des Droits humains et de la Bonne gouvernance en général, et les droits des groupes vulnérables dont les migrants en particulier depuis plusieurs années, a constaté que la violation de ces droits provient souvent de leur ignorance par les parties prenantes et acteurs impliqués (juges, avocats, services de police, services sanitaires autorités d’état-civil, associations d’employeurs, organisations de migrants, organisations de la société civile, médias, etc.).
C’est pourquoi l’ONG ATED a mis en place un projet qui bénéficie de l’appui financier du Royaume des Pays Bas pour améliorer la connaissance des droits des migrants dans notre pays et leur image en valorisant leur apport économique, social et culturel.
Ce projet vise à atteindre ce but à travers la vulgarisation de la Convention Internationale et l’amélioration de l’image des migrants par la démonstration (par des techniques d’information, de formation, de communication, de sensibilisation et de plaidoyer) que les migrants sont des hommes et des femmes comme tout le monde que des contraintes (crises économiques, conflits armés, recherche d’une vie meilleure…) ont obligé de quitter leur pays, leur culture, et parfois leur famille, pour préserver leur vie et retrouver un peu ou beaucoup de dignité. Chacun de nous peut être lui-même ou l’un de ses proches, un jour ou l’autre victime de cette situation. Chacun de nous est un migrant en puissance et lorsqu’il devient migrant, émigré ou immigré, il a alors en ce moment là , un besoin vital de voir ses droits protégés, son potentiel et son apport positifs reconnus et son humanité respectée.
Aussi, à l’occasion de cette journée, nous appelons :
- Au respect des droits des migrants, notamment ceux stipulés par la Convention internationale des droits des travailleurs migrants et leur famille, ainsi que les dispositions pertinentes des lois nationales dans ce domaine, en particulier le Code du travail ;
- A faciliter aux immigrés dans notre pays l’acquisition de la carte de séjour, des papiers d’état-civil et l’inscription de leurs enfants à l’école ;
- A la mise à disposition des immigrés (et des candidats à l’immigration dans notre pays) des informations nécessaires et utiles pour connaitre leurs droits et leurs devoirs.
L’Association remercie les forces de sécurité, en particulier la Police Nationale, ainsi que les acteurs de la justice pour leur bonne coopération dans l’exécution du projet de promotion des droits des migrants et de leur image et appelle l’ensemble des acteurs en contact ou concernés par la migration dans notre pays à respecter la légalité dans leur relations avec les migrants et à traiter avec humanité et empathie les situations dramatiques dont ils peuvent être victimes malgré eux.
Fait à Nouakchott, le 18 Décembre 2016.
Le Bureau Exécutif de l’ONG ATED
