08-02-2017 18:16 - Courrier : «Ma plainte a été jugée impertinente, bizarre»

Courrier : «Ma plainte a été jugée impertinente, bizarre»

Le Quotidien de Nouakchott - L’Administration, les communes, les GGSR Misgharou, les tribunaux….sont au service des citoyens. « Nous allons le montrer tout à l’heure.» Il y a trois semaines, le chauffeur de mon tricycle chinois Waw m’appelle pendant que je suis à l’étranger.

Son problème : Les GGSR misgharou, chargés de la sécurité routière, après un contrôle au niveau du carrefour Aziz au premier arrondissement de Nouakchott, ont mis le tricycle en fourrière. La raison : il lui manque la licence pour transport.

Après vérification, les papiers sont au complet. L’agent Misgharou qui l’a conduit à la fourrière n’avait peut être pas fait attention. La licence était bien dans la pochette contenant les papiers. Comme il n’y avait plus aucune raison de maintenir la mise en fourrière, le chauffeur s’est dirigé vers la voiture pour la faire sortir.

Mais, une dernière formalité : un ticket de 4000 ouguiyas de la mairie. Le chauffeur n’a pas la somme demandée. L’agent de recouvrement de la Mairie de Teyarett sur place prend son permis comme garantie contre paiement ultérieur des 4000 ouguiyas.

De retour à Nouakchott, le mardi 07 février, je me rends à la fourrière pour récupérer le permis de mon chauffeur. J’explique que le paiement des 4000 ne peut être justifié car la voiture a été mise en fourrière par erreur.

Réponse de l’agent de la Mairie : « Toute voiture qui entre ici, pour sortir, doit payer. » je lui ai alors dit que d’ailleurs aucune loi ne lui donne droit de saisir des permis… la même réponse : ou vous payez ou vous n’aurez pas votre permis.

De la fourrière, je suis allé dans un commissariat au premier pour porter plainte. Je rentre dans le bureau du commissaire et lui explique ce qui s’est passé. Sa réponse : « pour la plainte, va chez le procureur ou tu vas à la mairie juste derrière notre bâtiment pour régler le problème. »

Du commissariat, je vais à la mairie. Dans le bureau du secrétaire général, j’expose le problème en insistant sur le fait que rien n’autorise son agent à prendre des permis en otage. Réponse du secrétaire général : « retourne à la fourrière et demande à l’agent de m’appeler. »

Retour donc au point de départ. Je transmets l’instruction à l’agent. Sa réponse : « je n’appelle personne. » j’appelle alors le SG pour l’informer du refus catégorique de son agent. « Passe-le-moi » me dit-il. Je le lui passe.

Surprise, l’agent renverse totalement l’affaire en improvisant la version suivante : « j’ai moi-même payé 4000 ouguiyas pour que leur voiture sorte. » le chauffeur, présent, dément sans hésiter. Je demande à l’agent de fournir alors la partie du reçu qui est resté sur son carnet. Il répond : il n’y a aucun reçu.

Je me rends ensuite au tribunal de Dar Naim où on m’indique le bureau de dépôt des plaintes. On m’explique aussi que la plainte doit être saisie à l’ordinateur sinon non recevable ! Je n’ai pu m’empêcher de dire pour que tout le monde entende : « et les citoyens qui ne savent ni lire ni écrire, qui n’ont jamais mis la main sur un ordinateur à plus forte raison en posséder ? » Réponse : « c’est la loi. »

Un policier dans les parages me propose ses services pour rédiger la plainte et comme par miracle un secrétariat public est en face du bureau du Procureur, Pour la saisie : 500 ouguiya la page. J’ai fait enregistrer la plainte et suis entré dans le bureau du procureur. J’expose les faits. Sa réponse : « c’est un problème administratif, ça ne nous regarde pas. » je retourne à la Mairie et essaye de régler ton problème là bas.

J’ai été victime de la légèreté et de l’incompétence d’un agent de la sécurité routière qui a jugé incomplets des papiers complets. J’ai été victime d’un agent de la mairie qui joue à l’homme de loi et n’a cure de sa hiérarchie.

Partout où je suis passé pendant cette journée, on m’a demandé de « régler le problème. » Régler le problème en fait, c’est ravaler sa colère et subir l’injustice, c’est participer aux petits et grands « arrangements illicites. » J’ai refusé et, entre les courses fourrière, tribunal, commissariat, mairie, les frais de saisie de la plainte…ça m’a couté plus que 4000 ouguiyas. Ma plainte n’a pas été classée sans suite. Elle a en fait, été jugée impertinente, bizarre…

Je ne suis ni noir, ni blanc, ni opposant ni pouvoir…je suis un des ces millions de citoyens mauritaniens quotidiennement écrasés, étouffés, humiliés… par une Administration… à leur service.

Alors, pour 2019, je me prépare. Je vais voter pour le porteur du slogan : «Le président des opprimés».

ABB




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Commentaires (3)

  • Reymy1234 (H) 09/02/2017 12:12 X

    Vous avez décrit exactement le parcours de tout citoyen ordinaire ayant eu affaire à cette "police" qui ne dit pas son nom. La complicité entre le gestionnaire de la fourrière et les agents de Misgharou saute aux yeux, et il n'y a point de solution que celle qu'ils vous diront.LE RECOURS ! n'en parlons pas. Alors pour ne perdre du temps et de l'énergie acquittez vous du montant qu'ils exigent, avec le sourire, et vaquez à vos affaires.

  • emancipation (H) 09/02/2017 09:36 X

    Mon frere tout en comprenant votre frustration par rapport a cette experience que vous venez de vivre et decrire et qui est le quotidien de millions de citoyens Lambda, je ne soutiendrais pas le candidat des opprimes, parce que la fois passee c'etait le President des pauvres et bizarrement, tout le monde est devenu pauvre, je ne veux pas que tout le monde soit opprime.

  • kalidou gueye (H) 08/02/2017 18:52 X

    Merci mon frère pour cet éclaircissement. J ai eu le même cas l année dernière êt au meme moi. Finalement, comme que le camion appartenait toujours à l anapej, je l ai laisse à la fourrière de sebkha après plusieurs tractations pendant 26 jours. Êt j en ai informé à l anapej pour leur dire qu ils n ont pas respecte l accord. Je devais paye journalierement 4000 UM pour la fourrière et j ai averti la mairie que même si le camion restait la bas pendant 1000 jours que je ne payerai un franc. 26 jours apres êt sachant que j étais categorique ils m ont appelés pour me dire de venir récupèrer mon camion gratuitement. Il faut toujours oser défier ces valent rien.