11-04-2017 19:30 - Journée de commémoration du 9 avril : Déclaration
Coordination des organisations des réfugiés mauritaniens - La Mauritanie pays multiracial, multiethnique et multiculturel accède à sa souveraineté nationale le 28 novembre 1960. Cette Diversité qui la caractérise fera l’objet d’une remise en question fondamentale dès le lendemain de son indépendance.
En effet, elle n’a jamais cessé d'être l'objet de crispation identitaire et de cohabitation difficile entre arabo-berbères et négros africains. Le manifeste des 19 en 1966 et un début de guerre civile qui s'en est suivi, la naissance du mouvement abolitionniste El HOR en 1978, la naissance des FLAM en mars 1983, le manifeste des négro-mauritaniens opprimés en 1986, la présumée tentative de putsch d’officiers noirs en 1987 et l'exécution de trois d’entre eux par une justice expéditive, constituent des préludes aux malheureux événements de 1989.
Ces événements sont survenus suite à un banal conflit frontalier entre agriculteurs sénégalais et bergers mauritaniens dans le village sénégalais de Diawara, situé dans le département de Bakel.
A l'issue de ce petit incident, plus de 120000 ressortissants mauritaniens exclusivement noirs (wolof, pulaar, soninké, bambara), ont été expulsés Manu militari au Sénégal et au Mali. Ces derniers ont été victimes de violations graves et massives de droit de l’homme. Des paysans de la vallée, des pasteurs nomades, des fonctionnaires, des éléments des forces armées et de sécurité etc...
Tous ont fait l’objet d’atteintes graves des droits de l’homme:
– Arrestations arbitraires,
– Confiscations des pièces d’état civil,
– Torture,
– Rapt d'enfants,
– Viols,
– Expropriation des terres agricoles et pastorales,
– Déportations.
– Exécutions extrajudiciaires,
Toutes ces exactions ont été planifiées, programmées et exécutées sous le règne de l’ancien président Ould Taya, exilé au Qatar. Celles-ci ont été soutenues et légitimées par le Système Beydane raciste, féodal et tribal. Un système qui se traduit par l’accaparement de tous les leviers de commande du pouvoir par la seule communauté maure. Ces crimes commis sous son autorité sont restés impunis et n’ont pas fait l’objet d’enquêtes dignes de ce nom, pour établir les responsabilités, afin que justice et réparations soient rendues aux ayants droit et à la nation entière dans le respect des normes internationales.
Par ailleurs, une frange importante de la population noire harratine, est victime de l’esclavage et de ses séquelles. Cet esclavage est aussi le fait du Système Beydane en dépit des lois abolissant et criminalisant cette pratique. De par leur manque d'effectivité, ces lois, sont purement formelles et réservées à l’opinion publique internationale.
Toutes ces violations de droit de l’homme ici mentionnées ont été confirmées par deux organisations :
– CRAN : Conseil Représentatifs des Associations Noires de France (23-26 septembre 2013),
– ONU : Rapport sur la torture des nations unies (02 mars 2016),
– ONU : Philip Alstom rapporteur spécial des nations unies (11 mai 2016 sur la situation de la pauvreté en République Islamique de Mauritanie)
Ce drame, que constituent l’esclavage et ses séquelles, ajouté à cette campagne de terreur des années 1989-90 que nous avons pudiquement appelé « Passif humanitaire », ont largement porté atteinte à l’unité nationale.
Cette logique de discrimination non institutionnalisée menée par le « système beydane» avec l’appui des nationalistes arabes prônant une Mauritanie exclusivement arabe atteindra son paroxysme par la pendaison de 28 noirs en 1990, lors de la commémoration de notre trentième anniversaire d’indépendance. Les autorités de notre pays ont choisi ce jour hautement symbolique qui devait être un jour d’amnistie, de grâce, de décoration et de récompense, un jour de consolidation de l’unité nationale, pour offenser et humilier une communauté. Léguant ainsi à la Mauritanie cet héritage profondément douloureux.
Par ailleurs, l’adhésion de la Mauritanie à la ligue arabe en 1973, son entrée dans le Maghreb arabe en 1989 et sa sortie de la CEDEAO en 2000, témoignent de cette volonté du système beydane de séparer les noirs mauritaniens de leur espace socioculturel et économique africain et d’ancrer exclusivement la Mauritanie dans le monde arabe. Ceci trahit la volonté de la Mauritanie d’être un trait d’union entre le Maghreb et l’Afrique noire.
L’espoir créé par la chute d’Ould Taya et l’élection d’un président démocratiquement élu en la personne de Sidi Ould Cheikh Abdallahi en 2007 ont favorisé les conditions idéales d’un retour volontaire et organisé dans la dignité et la paix, des réfugiés mauritaniens du Sénégal. C'est dans ce contexte, qu’un accord tripartite signé le 12 novembre 2007 entre le gouvernement mauritanien, le gouvernement du Sénégal et le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés, et que le rapatriement a démarré en janvier 2008.
Malheureusement, le coup d’État inattendu du 6 août 2008 exécuté par l'actuel Président, chef du bataillon de sécurité présidentielle sous le régime de Taya et celui de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, a mis fin à cet espoir.
La mauvaise gestion de ces rapatriements et le processus d’enrôlement discriminatoire en cours ont mis plus de 25000 rapatriés du Sénégal dans une situation d'apatridie dans leur propre pays.
Cette situation explique encore la présence de milliers de réfugiés mauritaniens au Sénégal. Ces derniers, vivent dans des conditions très précaires et souffrent d’un manque crucial de documents d’identification valables.
De ce qui précède, nous organisation de réfugiés mauritaniens au Sénégal, avons déjà entamé une communication pour mettre fin à cette impunité.
Les récents événements politiques n’augurent pas d’un lendemain paisible dans une Mauritanie meurtrie.
LA COORDINATION DES ORGANISATIONS DES RÉFUGIÉS MAURITANIENS, Les FLAM et l'IRA alertent sur cette situation explosive de la Mauritanie.
SOYONS VIGILANTS
