25-11-2017 09:12 - Esclavage moderne : «On est tous responsables de la situation»

Esclavage moderne : «On est tous responsables de la situation»

Le Parisien - Cécile Coudriou, vice-présidente d’Amnesty International France, dénonce le double discours des Etats qui dénoncent l’esclavage mais l’alimentent par le biais de leurs politiques migratoires.

La récente révélation de ventes de migrants africains à Tripoli n’est pas un cas isolé : plus de 40 millions de personnes dans le monde, dont un quart d’enfants, sont actuellement réduites en esclavage, selon une étude menée en 2016.

La notion d’esclavage moderne regroupe le travail forcé, qui concerne 25 millions de personnes et le mariage contraint (15 millions). Mais ces chiffres sont sans doute en deçà de la réalité, soulignent l’Organisation mondiale du travail (OIT), l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et le groupe de défense des droits de l’homme Walk free Foundation qui ont conjointement mené l’étude.

Le Parisien a interviewé Cécile Coudriou, vice-présidente d’Amnesty International France, pour qui la lutte pour les droits humains quel que soit le continent devrait être une priorité des Etats.

Comment réagissez-vous aux images d’esclaves vendus en Libye ?

Pour notre organisation, l’esclavage ne constitue rien moins qu’un crime contre l’humanité, comme l’a dit Emmanuel Macron. L’impunité sur cette question est intolérable. Notre préconisation est toujours de demander une enquête, quel que soit le pays, pour établir les faits. Mais bien sûr, une enquête sous l’égide de l’ONU, et non une enquête du pays lui-même. L’esclavage est lié à la corruption et à l’immunité organisée. C’est systémique. Donc il faudra des enquêtes indépendantes pour faire traduire les esclavagistes en justice. Notre recommandation, c’est de faire appel à la Cour pénale internationale qui peut s’autosaisir.

Vous avez pourtant tiré la sonnette d’alarme dès juin dernier…

Nous n’avons pas attendu CNN pour en parler. Le rapport que nous avons publié à l’époque décrivait le lien direct entre politiques migratoires de l’Europe et la situation des migrants en Libye. Ils sont pris au piège, bloqués sur place, puis placés en détention et souvent torturés. Ces violences sont souvent redoublées par la revente à d’autres passeurs. C’est un système extrêmement lucratif. Les gardes-côtes libyens, qui arrêtent les migrants, le font avec extrêmement de violence. Nos témoignages croisés ont permis de faire ressortir une collusion entre gardes-côtes et passeurs.

Quelle est la part de responsabilité de l’Europe ?

Pour Amnesty, l’esclavage est la conséquence indirecte de ses politiques migratoires. On ne peut pas se focaliser sur l’indignation, comme le fait Emmanuel Macron. Si on ne révise pas nos politiques migratoires, l’esclavage va perdurer. On ne peut plus l’ignorer. Surtout parce que dans beaucoup de pays d’Afrique notamment, les droits humains ne sont pas garantis. On soutient la position de la France mais pas sa politique migratoire.

Et la responsabilité des Etats africains eux-mêmes ?

En Mauritanie par exemple, l’esclavage existe encore mais c’est moins un phénomène migratoire. Amnesty a défendu des défenseurs des droits humains qui cherchent à lutter contre l’esclavagisme. Le gouvernement, lui, lutte contre les militants… Ce n’est pas nouveau, malheureusement.

La question de l’esclavagisme va sûrement être abordée au sommet Union Européenne/Union Africaine des 29 et 30 novembre. Que peut-il en sortir ?

Il y a des doubles discours et pas seulement en Europe. Les Etats eux-mêmes sont auteurs de violation, comme en Mauritanie. Dans le cas d’un sommet, il y a souvent un appel accru d’aide au développement de la part des pays les plus pauvres. Nous, nous dénonçons les deals entre l’Europe et les pays africains qui sont conditionnés au renvoi des migrants dans leur pays d’origine. Ils sont victimes de mauvais traitement chez eux, dans des pays où il n’y a pas de lutte réelle contre l’esclavage. Il y a un double discours inacceptable.

Y a-t-il des solutions concrètes dans la lutte contre l’esclavage ?

Aujourd’hui, il y a un coup de projecteur sur un phénomène qui n’est pas un épiphénomène. Il s’est généralisé parce qu’il est extrêmement rentable. Il est intimement lié à la migration. Pour les esclavagistes, c’est extrêmement facile de faire du trafic d’êtres humains. Il faut que les Etats encouragent la lutte contre les systèmes mafieux. Cesser d’emprisonner, de réprimer les militants et les activistes. On veut cacher ce fléau, car c’est incompatible avec les efforts de développement. Mais on ne peut pas dissocier l’esclavage de ses causes.

Nos recommandations sont simples : mieux respecter les droits humains et favoriser une meilleure politique de développement. Les pays riches ne soutiennent pas assez les camps de réfugiés dans les pays d’Afrique comme au Kenya. Les pays les plus riches devraient faire davantage d’efforts pour alléger le poids des réfugiés sur ces pays. Plus de 88 % des réfugiés qui sont accueillis dans le monde le sont par les pays les moins riches. C’est une forme de paradoxe. C’était tout l’objet de notre campagne « I welcome ».

Y a-t-il une forme d’hypocrisie généralisée sur la question ?

On est tous collectivement responsable de la situation. Si on veut changer les choses, l’accord entre l’Europe et la Libye doit être conditionné au respect des droits humains et non au renvoi des migrants. On leur donne de l’argent pour se débarrasser de la question.

Ronan Tésorière



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Commentaires (3)

  • Selmedine (H) 26/11/2017 01:20 X

    L'esclavage est né en Europe (pays slave) il s'est développé danw le vieux continent (traite négrière) à l'état actuel il se ressuscite en Europe Avec la nouvelle forme d'esclavage moderne (politique migratoire ,asservissement,travaux pénibles et sous payé) Qaunt à taxer de Pauvres payw africains ou arabes ou musulman de telles fausses besogne ,c'est prémédité pour detourner l'opinion internationale des crimes de l'occident.

  • Ana Hoor Finaf si (H) 25/11/2017 10:33 X

    En effet la responsabilité des européens est établit dans tous les domaines surtout sur le plan économique ou les états comme la Mauritanie ne tiennent pas seulement un double langage, mais des mensonges fraiches et à la portée de la communauté Internationale qui l’accepte et fait avec sans se soucier des hommes et femmes qui souffrent.

  • Bertrand (H) 25/11/2017 10:21 X

    "l’esclavage ne constitue rien moins qu’un crime contre l’humanité, comme l’a dit Emmanuel Macron". Pourquoi comme l'a dit Emanuel Marco. Il devait dire :Comme tous le monde le dit, les personnes réduites à l'esclavage, les prohpétes, les sages, la conscience humaine. Emanuel macro serait-il le seul à l'avoir dit et comment? Alors les personnes vendues sont des africains dont les pays ont été colonisés et détruits par la France et la Grande Bretagne qui ont migré vers la Libye un pays détruit par l France et ses alliés européens et américains ou il n'y a plus ni foi ni loi. Alors que les pays européens ferment hermétiquement leur frontières après avoir installés dans les pays des migrants des dictateurs à la solde qui se livre tous les jours au pillage des richesses. M. Cécile Coudriou, vice-présidente d’Amnesty International France, raisonne en esclave qui n'a pas été vendu en Libye, mais qui s'est vendu en France.Parce qu'il commence à livré l’étendard de la lutte contre la traite humaine à l'un des plus grands esclavagistes chef d'Etat parmi les plus esclavagistes et islamophobe. N'EST CE PAS, LA, RAISONNER EN ESCLAVE. Traduire les esclavagiste en justice serait traduire toutes les puissances impériale et le capitalisme mondiale qui sont les véritables responsable de cette situation et non pas quelques africains et libyens sauvages et incultes. CES ONG fantoches exploitent nos causes, les dénaturent, les pervertissent ,les prostituent au profit de celui paye plus. PAUVRE AFRIQUE! PAUVRE TIERS MONDE! PAUVRES CROYANTS DE TOUTES LES RELIGIONS! PAUVRES PAUVRES!