16-01-2018 08:00 - Mauritanie. Comment torturer un noir et s’en vanter : Note d’alerte

Mauritanie. Comment torturer un noir et s’en vanter : Note d’alerte

IRA-Mauritanie/CR - I. Les faits

1. Le 11 janvier, les réseaux sociaux mauritaniens, notamment les groupes de discussion WhatshApp et Facebook, diffusaient deux vidéo d’une séance de torture infligée, par des maures, aux voix jeunes, à un descendant d’esclave, un Hartani, prénommé Ethmane. Les circonstances, la cause, le lieu et la date restaient indéterminés.

L’échange verbal, entre les protagonistes, laisse entrevoir la probabilité d’une expédition punitive, suite à une tentative de larcin ; les tortionnaires, qui filment la scène et s’y expriment distinctement, non sans agonir la victime d’insultes et exigent l’identité de son complice.

Hamza, l’un des assaillants, réclame, en réparation du préjudice allégué, que le présumé voleur lui cède son épouse, pour une nuit. Ethmane, ensanglanté, y compris à l’entrejambe, supplie, demande pardon et sanglote ; des soufflets pleuvent sur sa tête, bandée au niveau des yeux.

Dans le second film, d’à peine quelques secondes, le visage tuméfié témoigne de coups et blessures portés en réunion. Tout le dialogue se déroule en Hassaniya, l’Arabe vernaculaire du Sahara.

2. La famille de Ethmane Ould Brahim prétend que ses assaillants l’ont interpellé, en soirée du dimanche 7 janvier, à proximité d’un restaurant de la commune de populaire de Dar Naïm, pour lui demander du feu, avant de se mettre à le ruer de coups. Dans l’enregistrement audio que Hamza envoie à son ami, le premier raconte plutôt l’histoire d’une intrusion chez lui, tard dans la nuit, à 3h30 mn.

Il aurait alors poursuivi et maîtrisé l’inconnu qui fuyait pour escalader le mur ; après une empoignade entre les deux, le présumé voleur, muni d’une épée, aurait été neutralisé, par une entaille de tournevis aux côtes. Des proches, appelés en renfort, accourent, grâce à appel téléphonique ; ils décident, ensemble, de le conduire, dans la malle arrière d’un véhicule, à la plage de Nouakchott, située 7 kilomètres plus loin. Là, toujours selon la voix, ils le molestent copieusement à plusieurs et éteignent des mégots de cigarettes dans son anus. Le témoin précise : « nous n’avons pas voulu filmer cette scène à cause d’éventuels ennuis ». Sur le ton de la moquerie et l’accent du sarcasme, des mots d’insultes à l’endroit des « nègres esclaves » ponctuent le récit.

3. L’ouvrage achevé, les exécutants jettent leur proie inanimée dans le Commissariat de police de Dar Naïm I, au lever du jour. Hamza dit être rentré chez lui pour s’endormir. Ismaël Ould Brahim, le frère de Ethmane, apprend l’évènement dès le 8 janvier mais ne parvient à le rencontrer que le lendemain. Le vendredi 12, il se rend au bureau du Procureur près le tribunal de Nouakchott-nord et lui montre la vidéo de la séance de torture ; ce dernier promet de diligenter une enquête. Parmi le groupe de tortionnaires, sont formellement reconnus un gendarme dénommé Cheikhna Ould Issaoui, Hamza Youssouf et, ironie du sort, un Saddam ; l’un d’eux exercerait le métier de médecin.

Le 14 janvier, Ethmane, présenté par une partie de la presse comme un délinquant multirécidiviste, poursuivait sa garde-à-vue ; à la même date, les lyncheurs jouissaient d’une entière liberté.

II. L’ENVIRONNEMENT

2. Le racisme, en Mauritanie, ne constitue en rien une nouveauté. Il relève d’une banalité sociale dont témoignent des siècles d’esclavage et deux décennies de persécution des ethnies négro-africaines du Sud. L’insolite, ici, réside, dans l’usage assumé de sévices, relevant de la privatisation de la justice, par des auteurs peu enclins à l’anonymat ; leur volonté de se donner en exemple, au travers de l’image, témoigne d’une certaine sérénité. Pour parvenir à un tel degré d’assurance, il fallait, aux apprentis suprématistes, la certitude de l’impunité.

3. Certes la Mauritanie dispose de lois exemplaires en matière de promotion de l’égalité et de répression des atteintes à l’intégrité du corps mais elles ne servent, in fine, qu’à occulter la permanence des crimes prétendument combattus. Une juridiction spécialisée dans les pratiques serviles et le trafic de personnes, une loi contre la stigmatisation, un mécanisme de pénalisation des traitements inhumains et dégradants se soldent, jusqu’ici, par l’absence de condamnation. Pourtant, comme l’attestent plusieurs rapports internationaux, le pays s’immerge dans la violation de la dignité des gens ; plus l’arsenal du droit s’enrichit, davantage s’aggravent les situations visées. Les partenaires extérieurs, quelquefois par naïveté, souvent en vertu du cynisme de la patience, misent sur « les engagements », le « renforcement des capacités », la ratification des conventions et traités et autres diversions à l’épreuve desquels les oligarchies du Tiers-monde excellent.

4. Déni officiel et complaisance extérieure se conjuguent, alors, au nom de la non-ingérence, pour perpétuer des pouvoirs de prédation et de brutalité. La Mauritanie confirme l’usage ; bien plus qu’ailleurs, l’étranger diplomate risque, assez vite, d’y succomber aux cadeaux et sirènes de l’hospitalité vicieuse ; en contrepartie d’un regard flou sur le présent et les perspectives d’un système de domination voué à se reproduire par la violence à la fois symbolique et physique, il recueillera bien des faveurs. Aujourd’hui, l’hégémonie ethno-tribale bénéficie d’une quasi-connivence dans le reste du monde. Or, évidence du paradoxe, l’essence « racialiste » de l’oppression s’appuie sur un potentiel d’extrémisme religieux en diffusion accélérée dans la sous-région. La République islamo-arabiste de Mauritanie, projet de Talibanie incrustée entre de l’Afrique de l’Ouest et le Maghreb, n’a pas encore épuisé ses ressources d’inhumanité. Le pire arrive.

III. QUE FAIRE ?

5. Il ne s’agit plus de dénoncer, encore moins d’argumenter, tant l’itération de telles bavures jalonne la lutte pour une Mauritanie émancipée des privilèges de naissance, sur le chemin de la rationalité et en adéquation au cours de l’histoire. L’effort de la non-violence, vers la rupture, suivra sa nature conflictuelle parce qu’aucune construction sociale ne consent d’elle-même à renier l’iniquité qui la fonde et en garantit la reproduction. Dans cet espace d’ignominie où torturer un noir, en 2018, tient de la distraction, il n’y a désormais de communauté de destin, non plus d’avenir en commun. L’immunité des uns produit la révolte des autres. Ainsi évolue le genre humain.

Nouakchott, le 15 janvier 2018

Conscience et Résistance (Cr, association social-démocrate, écologiste et laïque, non autorisée).

Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (Ira, association anti-esclavagiste, non autorisée).



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Commentaires (19)

  • STYLO123 (H) 16/01/2018 22:17 X

    Quoi de plus normal que de corriger un voleur,violeur et tueur recidiviste qui a semé la peur au sein d'une paisible famille constituée de femmes qu'il était sur le champ de violer .Il fallait le pendre devant le public pour servir d'exemples aux autres .....BIRAMA SI TU ES UN HOMME ESSAIES AU MOINS DE FAIRE LA MEME CHOSE QUE TON VOYOU DE VOLEUR ET TU VERRAS QUELLE TRAITEMENT TE SERA RESERVE .(***)

  • bleil (H) 16/01/2018 14:50 X

    Que faire dit-on quand on est au pouvoir ? Cette missive ou fiction produite par deux organisation clandestines et extrémistes est assez légére pour aboutir à quelque conclusion ... les journalistes doivent prendre la peine d'informer convenablement les citoyens meurtris par tant d’anachronismes de la mal gouvernance qui sévit dans ce pays ...

  • Buwuelm (H) 16/01/2018 13:18 X

    Dans tout cela, un certificat médical a-t-il été délivré ?

  • almady (H) 16/01/2018 11:42 X

    Beaucoup trop d`incoherences dans le recit , notamment au chapitre 3

  • Medabdi (H) 16/01/2018 11:32 X

    (comment torturer un VOLEUR au lieu de d'un noir). l'acte de torturer un être humain noir ou blanc est condamnable , mais défendre aussi un VOLEUR à cause de sa couleur de peau est un acte d’ignominie.

  • KANTAKI (H) 16/01/2018 11:12 X

    trop, c'est trop et cet article dit "note d'alerte" est composé de manière intentionnelle, allez voir pourquoi faire ! Un maure contre un noir et vice versa, cette scène est purement fictive ( la victime, torturée est allée dormir chez elle tout simplement !) et je demande à Cridem de faire attention car le site est lu par des gens sérieux parmi tous mes lecteurs !

  • samboy (H) 16/01/2018 11:03 X

    s'il s'est introduit dans un domicile privé pour voler il mérite un châtiment plus fort que celui infligé. Dans le cas ou il ne s'est pas introduit dans le domicile d'autrui,sa famille doit (***) infligé la même punition a ses tortionnaires. cette histoire n'a rien de noir ou esclave ne sautons pas sur n'importe quoi pour chercher à confronter les citoyens.

  • foutatoro (H) 16/01/2018 10:48 X

    Il fera jour inchallah. Ce sentiment d'invulnérabilité cédera place un jour à la panique et au retour d'exil vers la terre d'origine.

  • villageois81 (H) 16/01/2018 10:09 X

    Du n'importe quoi; ils n'ont rien à dire qu'inventer. Arreter de faire la polémique, et essayer de forget la cohesion sociale au lieu de faire la diffusion. merci

  • unitéRIM (H) 16/01/2018 10:00 X

    Je suis contre le traitement qui a été réservé à ce monsieur, qui a tenté de violer la fille de cette famille. Il y a aussi une autre vidéo qui circule sur FaceBook d'un autre voleur qui a subit un traitement similaire de la part d'une famille Haratine. On voit que dans notre culture les voleurs subissent le même sort et de la part de tous. Donc IRA veut tout simplement profiter de ce petit incident et le vendre à l'étranger et à l'intérieur. Heureusement que les Haratines ( qui ont la même culture que leurs autres frères Hassanaphones) sont très pacifiques et patriotes et vont comprendre l'arrière pensée de ce communiqué, qui le rejettent comme tous les mauritaniens. Je ne suis pas un adepte aveugle du régime actuel, et je sais qu'il y a des problèmes sociaux criants et des séquelles historiques à résoudre, mais il y a des stratégies adoptées pour ça et nous devons tous encourager l'Etat à renforcer l'unité nationale et à continuer la démocratisation de de la vie politique et sociale du pays.

  • mdmdlemine (H) 16/01/2018 09:57 X

    Un état des lieux véridique, une vision objective, des propositions à prendre au sérieux C'est cela le paradoxe de la Mauritanie qui continue d'alimenter la survivance de pratiques primitives et fatales pour l'avenir de la Nation, toujours assise sur des charbons ardents, malgré la pléthore des optimistes, qui crient haut et fort, "il n y a pas péril dans la demeure" Ces ONGs signataires du présent rapport doivent être invitées afin d'apporter leur contribution à l'avenement d'une socièté égalitaire, justice, une et indivisible Agir comme Hamza et consorts est inhumain, et bestial, horrible, mais, mais pronez l'impunité, déjà érigée en ssystème par la sureté et la socièté, ne résout pas la problèmatique fortement posée de la sécurité des biens et des personnes

  • Belphegor (H) 16/01/2018 09:40 X

    Pure récupération politique, mêmes les dangereux récidivistes sont érigés en martyrs pour peu qu'ils soient noirs ou considérés comme tels....Quand vous et/ou vos proches seront victimes de cette racaille sans foi ni loi j’espère que vous ferez preuve du même type d'humanisme dans vos communiqués si il est noir et relâché après avoir purgé une peine ridicule où il pourra récidiver à souhait sur vous ou sur d’autres.

  • mohamed w.l (H) 16/01/2018 09:38 X

    chaque jour un voleur arrêté et battu dans tout les coin de Nouakchott et personne n a jamais bronche mais le faite que des jeunes que ira afirme qu ils sont des maures l acte deviens raciste . s il rentre chez birame la nuit il sera bien entretenu et il sera conduit au commissariat dans une limousine . C.R ne mérite pas un mot

  • haballah (H) 16/01/2018 09:33 X

    arrêter de parler de noirs ou de blancs torturés nous condamnons tous ce crime qu'il soit commis par des rouges ou des verts. il est temps que vous arrêter de jouer a ce jeux minable

  • sraghaa (H) 16/01/2018 09:27 X

    L'état doit prendre des mesures contre les elements racistes d'IRA qui essaient constamment d'amener nos communautés à s'entretuer .En tout cas ,un état responsable doit agir de la sorte et non laisser des vermines racistes agir à leurs guise

  • Cheikh Aly 2007 (H) 16/01/2018 09:27 X

    Oh, c'est dommage. Il s'agit d'esclavagiste en face d'un agneau qui partait, à la mosquée, pour la prière du matin. Vous défendez le diable. Un voleur, criminal, multirecidiviste, laché dans la nature et armé d'une épée. Ils auraient du le tuer. Vous faites l'avocat du diable. Cet individu n'a pas les qualificatifs d'une personne et doit être mis hors de portée de nuire comme tous ceux qui le défendent. Je souhaite seulement qu'il aurait fait une visite nuitement chez vous, violer une de de vos soeurs, votre épouse et tuer un ou deux de vos enfants.

  • sraghaa (H) 16/01/2018 09:24 X

    voici encore ces racistes d'IRA qui recuperent un fait divers pour l'ethnitiser et en faire un problème de communauté :Un voleur qui s'introduit dans une maison pour voler,violer voire même tuer est indefendable dans toute les sociétés du monde ,en AFRIQUE ,parfois c'est toute une horde qui les lynchent ou les brulent .Toutefois ,un voleur pris en flagrant délit doit être remis à la justice ,c'est tout ,le frapper ou le torturer n'est pas du tout civilisé

  • Bertrand (H) 16/01/2018 09:20 X

    "Le racisme, en Mauritanie, ne constitue en rien une nouveauté". Oui votre racisme et votre fausseté ne sont pas nouveaux. Car il s'agit de délinquants qui ont commis des violence contre une victime. Ils sont 1000 fois condamnables et doivent être jugées et emprisonnés pour plusieurs années. Comme les membres d'IRA qui véhiculent un langage de haine et veulent vilipender toute une communauté doivent être jugés et condamnés suivant les dispositions du code pénal. Combien de foi les gens ont assisté à des groupe de hartanis tabasser un maure blanc en le taxant de toutes les épithète. Chaque jour vous perdrez y compris vos parrains à l'étranger et vous n'aurez plus que décupler votre haine. Et finalement quand les gens ne pourront plus supporter vos agressions vous serez enterrés vifs : légitime défense.

  • Kominenteyii (H) 16/01/2018 08:51 X

    Dans cette audio largement diffusé dans les réseaux sociaux, les noires de la Mauritanie sont copieusement insultés, maltraités et traités de tous les sales mots qu’une personne perfide et abjecte peut faire sortir de sa bouche, cela ne va pas l’agrandir, ces jeunes maures et beïdanes d’obédience raciste et notoirement reconnu, peuvent savoir et comprendre que les noires de ce pays leur rendent autant d’insultes et d’injures qu’ils peuvent pensés, lui et à sa famille, sa tribu, toutes les pires insultes de la terre qui pourront réveiller les morts, bande de voyous. Le commissariat de Dar Naïm 1 ne fera rien pour retrouver ces délinquants de basse famille et de mauvais comportement humain comme au temps des nazis, ils ont insultés les négros-mauritaniens sans aucune liaison de ce qui s’est passé avec le jeune larcin et pourquoi, donc nous comprenons qu’il y’a de la haine dans l’air, véhiculé par les autorités sécuritaires et la police en tête, mais ce qui est sûr les insultes sur une communauté n’ont jamais été la bonne réponse dans une situation de faite, nous lui rendons cette mauvaise honneur de basse classe et de peureux, un homme doit avoir le courage de ne pas se cacher pour faire mal.